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Un blanc lumineux, un bleu orage, du vieux rose un peu prune, un jaune tendre... La joie retient son souffle dans cette chambre vide qui n'attend que toi, petite /
La maison toute entière, les chats, les pierres, les arbres et le ciel de Mandres-les-Roses, n'attendent que ton sourire /
Tu es là, lovée pour quelques mois
en moi
qui te love déjà /
et nos regards posés sur la peau tendue
de mon ventre dodu
te caressent de tout notre amour /
Le calme après la tempête
Ulysse boit son biberon avec vigueur, en véritable conquérant. Ses petites pognes saisissent l'objet pour mieux le retenir, s'assurer qu'il ne se décollera pas de sa bouche. Il me regarde fixement, intensément. Sérieux comme un pape. Il s'enfile son bib à la vitesse de la lumière, quelques minutes tout au plus. Lorsque la tétine ne contient plus que de l'air, la frustration et la colère grondent. Un instant seulement. Puis ses paupières chargées de sommeil se ferment, sa bouche mignonne continue de téter dans le vide, comme un doux archaïsme. Ses bras se détendent, sa lourde tête bascule sur le côté et son souffle se fait plus lent, Morphée n'est pas loin. Je contemple son visage de porcelaine, ses petits poings serrés, sa posture abandonnée et confiante, savourant le bonheur simple d'être maman.Sur le départ
Partir, enfin ! Charger la bagnole à bloc avec tout le bordel destiné à satisfaire les besoins de baby-chou pendant deux semaines... écouter Juliette, Renaud et Souchon, chanter comme des casseroles, mâcher des chouine-gommes et se passer la bouteille d'eau... faire des pauses pipi-changebaby-bib-sandwich-café sur l'autoroute, comme des beaufs, foutre des miettes partout, acheter le énième magazine spécial mamans, avec en cadeau un bavoir en plastique ou un pare-soleil pour la ouature... jouer au jeu "à quoi tu penses ?", regarder défiler les lignes blanches de l'autoroute, jusqu'à ne plus voir qu'une seule et même ligne, continue... ... observer le ciel, la forme des nuages (hélas pas d'ours ni de lapins comme dans Amélie Poulain), parler de tout, de rien, regarder les connards qui mettent pas leur clignotant et qui doublent par la droite. Râler. Dormir un peu, comme Poupinou, bercé par le ronron du moteur, se tordre le bras pour chercher la tétine coincée derrière son épaule, caresser son crâne duveteux, lui dire "t'inquiète pas mon bébé, on arrive bientôt" alors que c'est même pas vrai, on arrive dans longtemps... un jour il me demandera "C'est quand bientôt ?", je serai bien emmerdée. Quand j'étais gamine, lorsque ma mère me disait "Dans cinq minutes", je lui demandais toujours "C'est quoi cinq minutes ?" Ne sachant pas quoi répondre elle finissait par dire"C'est bientôt"...
Demain on boucle les valises, en route pour le sud, les retrouvailles familiales, le bonheur de partager du temps avec ceux qu'on aime...Grand-Père
Hier il eut un rire léger que je ne lui connaissais guère, ce même rire que j'avais entendu au téléphone deux mois auparavant, la nuit où je lui avais annoncé la naissance de son petit-fils. Je découvre en lui cette légèreté, ce bonheur simple et limpide de tenir Ulysse dans ses bras, de le regarder, de tenir dans sa grande paluche sa petite main potelée. Lui qui se vante toujours de ne pas aimer les bébés, le voilà pris au piège. Celui-là ne parle pas encore, mais il sourit, babille et s'endort volontiers dans les bras de celui qui l'a nourri de bon lait, mine satisfaite et repue. En fait, il n'est pas comme les autres, non, ce bébé là, il l'aime, sincèrement. C'est un joli petit bourgeon qui porte en lui la promesse de la continuité et de la transmission.Mon père, devenu Grand-Père doux et aimant, pose sur son petit-fils un regard protecteur. Ulysse quant à lui lève les yeux, s'agrippe au doigt de mon père, et se laisse aller à une farandole de sourires. Je les regarde avec émotion, je savoure la beauté de l'instant...
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Mon premier baiser se fit devant Picard Surgelés.
Mon premier bébé fut décidé chez Hippopotamus.
Mon premier bébé fut décidé chez Hippopotamus.
Nous avions tracé une ligne verticale. A droite la colonne contre. A gauche la colonne pour. Après quelques idées lancées sur la nappe en papier, nous avions été surpris de constater que les obstacles étaient bien maigres, et que les bonnes raisons de faire un enfant abondaient. Nous avions avalé nos frites et notre barbaque sauce roquefort pichet de Merlot sans même y prêter attention, souriant à l'envi, excités à l'idée que nous pouvions franchir le cap. Il suffisait de dire oui, on y va, plus rien ne nous retient. Nous étions ensuite allé au cinéma juste en face. Jamais je n'avais à ce point survolé un film ! Large sourire, yeux brillants d'émotion, nous étions déjà loin, sur notre nuage, à regarder ensemble se dessiner nos rêves.
Aujourd'hui nous sommes entrés chez Hippopotamus avec notre poussette orange, émus et heureux, Poupinou dormait profondément, loin de se douter qu'un an auparavant, papa et maman décidaient de son existence...
Ulysse ou le beau voyage
Midi. Le bal silencieux des contractions commence... Un, puis deux pas de danse, trois, quatre et ça recommence ! Eveil des sens : et si c'était vraiment ça ? Un peu comme attraper la lune ou toucher le soleil sur la ligne de l'horizon, après avoir des mois durant parcouru le globe, affronté vents et marées... Ulysse est-il enfin prêt ? Quinze heures - c'est maintenant une valse à mille temps ! Une petite bruine accompagne notre court et serein voyage - marcher en direction du bâtiment B, penser que nous en sortirons à trois... Assis sur les fauteuils bleus, nous nous regardons, longtemps, tendrement - et si c'était vraiment ça ? Une femme en blanc nous accueille, comme vous semblez sereins, comme votre ventre est gros ! Je m'allonge sur la table de travail dans la salle Mimosa - ma fleur et ma couleur préférée -, Frédéric me sourit, m'enveloppe de son regard de velours. La femme en rose arrive : orage ! - "encore un trou de mite !" dit-elle - déception - le col n'a quasiment pas bougé - je crains qu'ils ne nous renvoient à la maison compter les pas de valse... Mine de plomb. Un ange passe, puis deux, puis... un liquide chaud s'écoule tout naturellement, comme une évidence - le temps suspend alors sa course, et mon visage s'éclaire d'un large sourire, mes yeux pétillants d'espoir... Et si c'était vraiment ça ? Dans le couloir "je crois que ma femme est en train de perdre les eaux !" - la femme en rose connaît la chanson, point d'émotion - le fossé est bien grand qui nous sépare ! Comme une petite vieille on m'installe dans un misérable fauteuil roulant, nue sous mes linceuls blancs - d'un seul coup je comprends tous ces vieillards qu'on ballotte et qu'on fait rouler dans les corridors bleutés : comme on se sent impuissant ! Salle de pré-travail, les eaux continuent d'inonder le lit et nos esprits impatients de presque parents. Le bal des douleurs doucement s'installe, dans cette pièce aux stores mi-clos, et les heures, au rythme du goutte-à-goutte, passent... Navigant sur des vagues algiques toujours plus fortes, je serre la main de Frédéric, qui par sa douce présence et ses paroles rassurantes accompagne ma souffrance. Des larmes sillonnent ma joue, je repousse sans cesse mes limites mais... encore et toujours ce sommet de la vague qui revient comme un leitmotiv - ne plus sentir en son corps qu'un terrible étau qui broie la chair - et personne ne vient - nous portons seuls et à bouts de bras cette lancinante douleur depuis maintenant deux heures, et ma plainte semble se heurter aux murs sombres de la Maternité: vox clamens in deserto... Il est déjà vingt-trois heures. On entre. On me fait rouler jusqu'à une salle, bleue cette fois-ci, "Les lilas". Assise, ou devrais-je dire, effondrée sur le bord de la table de travail, posée là comme un paquet informe, mine déconfite, j'aperçois deux femmes, dont une en bleu qui ne se présente pas. Elle aussi connaît la chanson, elle fait ça tous les jours, peut-être comme un automatisme, comme Charlot qui visse ses boulons, inlassablement. Je fais le dos rond, elle me pique, me plante le cathéter entre les vertèbres, je ne suis plus à ça près, ça m'est absolument égal pourvu que cessent ces maudits tsunamis qui déferlent dans mon ventre... Quelques minutes - je ne sais plus - Enfin, un long silence, et le sentiment de voir se dissiper les sombres nues : les vagues au loin disparaissent. Mes jambes s'emplissent d'un sable lourd tandis que mon esprit las se détend... La courbe des contractions continue d'osciller, mais je ne sens plus rien, miracle de la fée bleue que je bénis aussitôt - elle s'appelle Bénédicte, drôle de dessein. Allongée sous les néons blafards, je sèche le coin de mes yeux, l'orage est passé, je pourrais aisément m'endormir, je préfère simplement m'assoupir, savourer mon bien-être. Minuit. Frédéric n'a rien mangé depuis hier. Les gâteaux que nous avions méticuleusement rangés dans le sac orange, nous les avons dévorés les derniers soirs de grossesse, lorsqu'à la nuit tombée nous partagions de petits délices sucrés... Je lui suggère de prendre l'air, d'aller se restaurer, après tout nous avons tout notre temps ! je ne souffre plus, je suis bien. Il part. Je ferme les yeux - je voyage un peu - nourrie par un sentiment de quiétude absolue. Dans le couloir, le bruit feutré des femmes en rose, les cris des nouveaux nés, la mouvance éphémère de la nuit. Je reste là, seule dans la salle des Lilas... je crois même ne penser à rien. Seuls mes sens continuent leur discret labeur dans mon corps amadoué... Christine entre - c'est la femme en rose -, m'ausculte, m'interroge. Non, je ne sens rien, lui dis-je, votre col est ouvert à neuf et demi, vous ne le sentez pas pousser ? Ah si, peut-être... ah oui maintenant que vous me le dites effectivement... Vous êtes en train d'accoucher, où est parti votre mari ? Il quitte à peine la maison, sa voix est détendue, il est repus. Une seconde plus tard il court, remonte la rue des Plantes à toute allure, il est 1h30. Eh bien, il n'est pas angoissé me dit-elle. Je souris, elle n'imagine pas la tête qu'il doit avoir, essoufflé, cheveux hirsutes, narines gonflées aux portes de la Maternité ! 1h45 mollets en appui sur les étriers, je dois maintenant rassembler toutes mes forces, Ulysse ne doit pas être loin... Frédéric n'a même pas eu le temps d'enfiler sa casaque, il porte sa belle chemise blanche à carreaux, celle qu'il portait lorsque nous nous sommes connus, ma préférée. Il est impatient et plus que jamais respire la beauté et la confiance. Une nouvelle vague arrive, indolore, transparente, Catherine, l'infirmière qui nous avait accueillis ce soir de juin aux urgences lorsque nous avions craint de perdre notre bébé, pose ses mains d'ébène sur mon ventre. Postée entre mes jambes, Christine, chef d'orchestre de la vie, donne le départ. Inspirer... expirer... inspirer... bloquer... Pousser ! Sa tête est déjà là, elle me fait toucher du bout du doigt le sommet de son crâne ! Mon Ulysse commence un nouveau voyage, sans doute le plus éprouvant. Chaque poussée mobilise en moi toute mon énergie, tant physique que psychique. Jamais je n'ai soupçonné pouvoir déployer autant de force... Tout est simple... jusqu'au moment où le monitoring s'emballe et se met à crier au danger - ça clignote, les chiffres rouges diminuent dangereusement : le rythme cardiaque ralentit - le spectre de la "souffrance fœtale" menace mon bébé. Je regarde Frédéric, nous sommes inquiets. Ca n'est pas facile pour lui, il faut pousser encore plus fort, me dit-elle. Les minutes défilent, deux, trois, quatre énormes vagues, cinq à six poussées et voilà que la tête et les épaules de mon fils sont dégagées. Christine me propose de le hisser hors de moi ! Je saisis Ulysse sous les bras, sa peau est extraordinairement douce et chaude, humide, presque sensuelle - je le pose sur ma poitrine : sa beauté m'émerveille - joue posée entre mes seins, grand yeux noirs éblouis par la lumière, petites narines mignonnes - mon bébé, mon Ulysse ! Comme je l'aime ! Il me semble le reconnaître aussitôt, il ne pouvait pas être autrement, mon Ulysse ! Je l'enveloppe immédiatement de tout mon amour... Frédéric coupe le cordon, notre fils est emmené en couveuse, il a souffert pendant le passage - étouffé par le fil de la vie -, il a besoin de soins et de surveillance... Nous restons là, dans la salle des Lilas, époustouflés par la puissance de l'événement, submergés par un flot d'émotions. Une femme en blanc nous annonce que le bébé va bien, que son papa peut venir le voir... Larmes de bonheur. Quelques grains de sable plus tard la porte s'ouvre sur le couloir. Frédéric est là, fier et superbe, portant dans ses bras notre fils Ulysse. Plus rien n'existe autour de nous. Nous sommes tous les trois seuls au monde, en route pour une nouvelle odyssée, la plus heureuse et la plus belle... l'odyssée de la vraie vie, la vie de famille...
Attente...

Nouvelle vague d'impatience, je n'en peux plus d'attendre. Ce dernier mois est interminable, le temps s'amuse à ralentir sa course - un sablier dans lequel tombent le plus lentement du monde chaque petit grain de sable, au ralenti - et moi qui reste plantée là toute la nuit, Morphée mon meilleur ennemi ! Un peu de sommeil par ci, un peu d'errance par là, des pensées en pagaille, des rêves emmêlés, des envies de tout ranger, de tout astiquer, le chat du haut de la bibliothèque observe le curieux spectacle de nos deux impatiences - je voudrais le serrer contre moi, mon fils, mon Ulysse, lui dire combien nous l'aimons... Encore combien à attendre, nul ne le sait, pour le moment la vie à deux, dans quelques jours le grand chambardement, ... soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien...
Dis, quand deviendras-tu ?
Voilà combien de jours, voilà combien de nuits,
Voilà combien de temps que tu es dans ton nid,
Tu m'as dit sûr de toi, c'est mon plus beau voyage,
Pour nos cœurs ennivrés, c'est un doux paysage,
Au printemps, tu verras, nous verrons les beaux jours,
Le printemps, c'est joli pour te parler d'amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris,
Dis, quand deviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu,
Que tout le temps qui passe,
Fait de nous mère et père,
Que tout ce temps ténu
Nous rend tous deux émus.
Mon petit garçon de l'hiver
Je n'ai envie d'écrire qu'à son sujet. Rien n'y fait, je sombre dans la monomanie, l'obsession maternelle. Les yeux rivés sur mon vaste ventre, nous le regardons vivre. Emerveillement. Béatitude. Impatience. Fierté. Un évantail d'émotions. Sa petite armoire est déjà pleine, le chat n'a plus le droit de pénétrer dans la chambre, il ne comprend pas, reste là, assis devant la porte, les pattes bien rangées, il doit se demander ce qui se passe dans cette pièce autrefois investie - il tente le tout pour le tout, fonce à vive allure cherche on ne sait quoi l'air affolé puis se fait engueuler comme il faut à coups de pssshhhh ! va t'en imbécile ! alors il dégage et s'installe sur le fauteuil, la mine déconfite, une vraie tronche de Chat Potté - il ne comprend décidément pas ce qui se trame.
On nous conseille de lui amener de la maternité un pyjama porté par le bébé pour qu'il s'habitue à son odeur, pour qu'il le "reconnaisse" le jour de la rencontre.
Je ne m'en fais pas, Léaud est un brave chat.
Demain, dernière écho. Demain, visite d'une maison.
J'adore demain.
On nous conseille de lui amener de la maternité un pyjama porté par le bébé pour qu'il s'habitue à son odeur, pour qu'il le "reconnaisse" le jour de la rencontre.
Je ne m'en fais pas, Léaud est un brave chat.
Demain, dernière écho. Demain, visite d'une maison.
J'adore demain.
L'instant
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. J'ai maintenant assez d'espace pour penser, pour laisser naviguer mes rêves, nos projets. Le chat accompagne chaque instant de sa douce présence, de son regard tendre. Sur une étagère de la bibliothèque, au beau milieu des livres, trône un petit ourson jaune qui fredonne Lullaby lorsqu'on tire sur l'anneau blanc - je le place sur mon ventre - mignonne berceuse -, il y a aussi le journal d'Ulysse et un livre sur la paternité.
Etendue sur le lit, je laisse se dérouler le fil du temps, l'esprit rivé sur cette petite lumière qui anime nos coeurs, et je m'étire félinement. La respiration de l'homme s'alourdit, le chat fait son rond et la nuit dépose discrètement son voile sur nous, l'instant est divin.
Etendue sur le lit, je laisse se dérouler le fil du temps, l'esprit rivé sur cette petite lumière qui anime nos coeurs, et je m'étire félinement. La respiration de l'homme s'alourdit, le chat fait son rond et la nuit dépose discrètement son voile sur nous, l'instant est divin.
Foule sentimentale
Il bouge, se déplace dans mon ventre, il est là ! Nous lui parlons et il semble nous répondre par de légers mouvements, ou par de grands déplacements qui déforment l'arrondi de mon ventre. Mon fils, notre fils ! La dernière fois que j'ai rêvé de lui, il avait quitté son apparence de nourrisson savant. Nu, joli petit poupon ne sachant rien du monde, il riait sous mes caresses, d'un rire limpide et innocent. Rêves et pensées sont pour moi le terreau du lien, lien aux disparus mais aussi aux êtres en devenir. Grand-Mère, Grand-Père, Geneviève, Jean-François, Ulysse, tous se rencontrent en ce temps qui n'existe pas, en cet espace impalpable de la psyché, qui donne vie aux êtres aimés - lieu de mémoire, d'amour, d'espoir, temple intérieur, arbre imaginaire ! -.
Danse tout ce petit monde autour de mon ventre prometteur, joyeuse farandole qui célèbre la vie !
Danse tout ce petit monde autour de mon ventre prometteur, joyeuse farandole qui célèbre la vie !
L'empreinte de l'ange
Je fais souvent le rêve d'un bébé omniscient, à qui on n'aurait pas ôté le secret du monde, un nourrisson qui n'aurait pas reçu l'empreinte de l'ange. Le langage, l'écriture, le savoir, lui sont innés. Il n'a pas besoin de mon lait, de mon amour ni de mes soins : il est autonome, indépendant, et se suffit à lui-même.
Je fais souvent le rêve d'un bébé tout-puissant, à qui je ne puis rien transmettre, rien offrir. Il se fraye un chemin tout seul, vaille que vaille. Il n'a pas besoin de moi.
Alors je reste là, interdite, il sait déjà tout - à quoi bon ? - je le regarde vivre, et je ne comprends pas.
Je fais souvent le rêve d'un bébé tout-puissant, à qui je ne puis rien transmettre, rien offrir. Il se fraye un chemin tout seul, vaille que vaille. Il n'a pas besoin de moi.
Alors je reste là, interdite, il sait déjà tout - à quoi bon ? - je le regarde vivre, et je ne comprends pas.
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" Du bout de son index, Andràs se met à dessiner son profil, commençant sur le front à la naissance des cheveux, puis descendant délicatement entre les sourcils, suivant la fine crête du nez et se glissant dans la fossette entre la racine du nez et les lèvres.
- C'est ici, dit-il, que l'ange pose un doigt sur les lèvres du bébé, juste avant la naissance -chut !- et l'enfant oublie tout. Tout ce qu'il a appris là-bas, avant, en paradis. Comme ça, il vient au monde innocent. "
Nancy Huston - L'empreinte de l'ange










