Sur la route

Des champs de blé à perte de vue, ceux-là même que décrivait Cioran lors de ses insomnies - un vaste champs de blé qui ne serait pas balayé par le vent -. Lumière dorée, ciel flamboyant - seule sur la route, je longe ce paysage de feu, délimité par de larges grilles. Glissent sur les blés aérolithes et éléphants, immenses et respectables symboles parentaux - entités, imago. J'admire le lent défilé - ils s'éloignent doucement -, je voudrais m'arrêter, inscrire cet instant à jamais dans ma mémoire, mais je sais combien le chemin est long qui mène à la vie, à la maternité. Plus que mes parents, c'est mon enfance, derrière cette grille, que je vois s'éloigner. Et moi qui vais à contre-courant, échappant au désir d'accompagner le mouvement du passé, je poursuis ma destinée, non pour accéder à la source de mon existence, mais pour en créer une nouvelle : un nouveau commencement, avec l'homme que j'aime, avec notre fils.

Je vous aime !

Le mot du frigo # 2

Le mot du frigo # 1

Peopolitique

Je n'arrive pas à m'en remettre. A peine Khadafi a-t-il tourné les talons que notre nain de président, le roi de l'entourloupe et du détournement d'attention, s'expose avec sa dernière pouffe, j'ai nommé la molle et cireuse Carla Bruni (physiquement proche de Cécilia, vous ne trouvez pas ?). Pas d'annonce officielle, non, une belle mise en scène à l'américaine : après le jogging à l'Elysée, les ballades cowboy et les jambes allongées sur la table, Sarko joue au vrai être humain qui s'amuse à Eurodisney avec sa nouvelle poupée. A vouloir jouer les monsieur tout le monde, le nain semble dériver de son axe et de sa mission première : gouverner la France et la représenter, avec respect, dignité et discrétion. Au lieu de ça nous nous enlisons dans une belle mascarade, on parle désormais de peopolitique, nous sommes entrés dans l'ère du vulgaire, du m'as-tu vu, du faux-semblant, du gouvernement Paris Match, de l'impudeur et surtout du manque de respect.
Au pays de Sarko la manipulation est de mise, la médiatisation est une arme, et la vulgarité un principe. Ses idéaux ne trouvent leur source que dans la quête effrenée du pouvoir : Sarko ne désire pas être un bon homme politique, mais un super président qui a des couilles (il court, tout lui est permis, il est partout, et maintenant il baise !!!).

Que veut-il prouver au monde ? Est-il à ce point complexé qu'il met un point d'honneur à prouver à la terre entière qu'il est un grand garçon (avec ses talonnettes, son palais doré et sa poupée barbie) ? Quelle blessure narcissique cherche-t-il à panser ? Jusqu'où ira-t-il ?

"Sarkozy se place dans la toute-puissance, non celle des grands hommes mais celle de l'enfants frustré de ne pas pouvoir dominer le monde."

A méditer...

Aa...aaa...doub doub doub doub...

Idée reçue

Dans les débats sur le sort des embryons lors des avortements ou du clonage, un des arguments est souvent : « La vie commence dès la fécondation ! ». Eh bien ! La vie ne commence pas. Elle est transmise.

Spermatozoïdes et ovules sont des cellules et sont donc vivantes. Leur fusion lors de la fécondation a simplement pour but de transférer et de mélanger leurs gênes. La vie se prolonge sans discontinuité. C’est un arbre aux ramifications sans fin.

D’ailleurs il serait difficile de dire le moment exact de la fécondation, puisque la fusion dure une trentaine d’heures et que les gènes paternels ne s’expriment, eux, que quelques jours plus tard.

Source : Tatoufaux.com

Une vie de chat

Mon petit garçon de l'hiver

Je n'ai envie d'écrire qu'à son sujet. Rien n'y fait, je sombre dans la monomanie, l'obsession maternelle. Les yeux rivés sur mon vaste ventre, nous le regardons vivre. Emerveillement. Béatitude. Impatience. Fierté. Un évantail d'émotions. Sa petite armoire est déjà pleine, le chat n'a plus le droit de pénétrer dans la chambre, il ne comprend pas, reste là, assis devant la porte, les pattes bien rangées, il doit se demander ce qui se passe dans cette pièce autrefois investie - il tente le tout pour le tout, fonce à vive allure cherche on ne sait quoi l'air affolé puis se fait engueuler comme il faut à coups de pssshhhh ! va t'en imbécile ! alors il dégage et s'installe sur le fauteuil, la mine déconfite, une vraie tronche de Chat Potté - il ne comprend décidément pas ce qui se trame.
On nous conseille de lui amener de la maternité un pyjama porté par le bébé pour qu'il s'habitue à son odeur, pour qu'il le "reconnaisse" le jour de la rencontre.
Je ne m'en fais pas, Léaud est un brave chat.
Demain, dernière écho. Demain, visite d'une maison.

J'adore demain.

Décision

- T'es sûr qu'on l'appelle Ulysse ?
- Mais ouiiii !!!

...

Private joke...

L'instant

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. J'ai maintenant assez d'espace pour penser, pour laisser naviguer mes rêves, nos projets. Le chat accompagne chaque instant de sa douce présence, de son regard tendre. Sur une étagère de la bibliothèque, au beau milieu des livres, trône un petit ourson jaune qui fredonne Lullaby lorsqu'on tire sur l'anneau blanc - je le place sur mon ventre - mignonne berceuse -, il y a aussi le journal d'Ulysse et un livre sur la paternité.
Etendue sur le lit, je laisse se dérouler le fil du temps, l'esprit rivé sur cette petite lumière qui anime nos coeurs, et je m'étire félinement. La respiration de l'homme s'alourdit, le chat fait son rond et la nuit dépose discrètement son voile sur nous, l'instant est divin.

My cat is a loque

Il y a des jours comme ça...

... où mon chat ressemble étrangement à un ratichon en pleine hibernation.

Foule sentimentale

Il bouge, se déplace dans mon ventre, il est là ! Nous lui parlons et il semble nous répondre par de légers mouvements, ou par de grands déplacements qui déforment l'arrondi de mon ventre. Mon fils, notre fils ! La dernière fois que j'ai rêvé de lui, il avait quitté son apparence de nourrisson savant. Nu, joli petit poupon ne sachant rien du monde, il riait sous mes caresses, d'un rire limpide et innocent. Rêves et pensées sont pour moi le terreau du lien, lien aux disparus mais aussi aux êtres en devenir. Grand-Mère, Grand-Père, Geneviève, Jean-François, Ulysse, tous se rencontrent en ce temps qui n'existe pas, en cet espace impalpable de la psyché, qui donne vie aux êtres aimés - lieu de mémoire, d'amour, d'espoir, temple intérieur, arbre imaginaire ! -.
Danse tout ce petit monde autour de mon ventre prometteur, joyeuse farandole qui célèbre la vie !

Une vie

Léa est morte ce matin.
Une page se tourne, le livre de sa vie se ferme enfin.

- Tu ne m'oublieras pas, hein ?
- Non, je ne vous oublierai pas.

Je vous le promets...

Homéostasie

- Ménilmontant, 18h47 -
Imaginez une grue entièrement couverte d'oiseaux
qui piaillent,
s'égosillent,
minuscules créatures qui s'imposent et se
posent
ça et là,
en des lieux
vertigineux,
parce qu'il faut bien que la nature persiste
en cette triste
cité.

L'empreinte de l'ange

Je fais souvent le rêve d'un bébé omniscient, à qui on n'aurait pas ôté le secret du monde, un nourrisson qui n'aurait pas reçu l'empreinte de l'ange. Le langage, l'écriture, le savoir, lui sont innés. Il n'a pas besoin de mon lait, de mon amour ni de mes soins : il est autonome, indépendant, et se suffit à lui-même.
Je fais souvent le rêve d'un bébé tout-puissant, à qui je ne puis rien transmettre, rien offrir. Il se fraye un chemin tout seul, vaille que vaille. Il n'a pas besoin de moi.
Alors je reste là, interdite, il sait déjà tout - à quoi bon ? - je le regarde vivre, et je ne comprends pas.
_____________________________________________

" Du bout de son index, Andràs se met à dessiner son profil, commençant sur le front à la naissance des cheveux, puis descendant délicatement entre les sourcils, suivant la fine crête du nez et se glissant dans la fossette entre la racine du nez et les lèvres.
- C'est ici, dit-il, que l'ange pose un doigt sur les lèvres du bébé, juste avant la naissance -chut !- et l'enfant oublie tout. Tout ce qu'il a appris là-bas, avant, en paradis. Comme ça, il vient au monde innocent. "

Nancy Huston - L'empreinte de l'ange

Un arbre...

Un arbre au jardin du Rayol
Un arbre pour Thomas
Un arbre pour nos racines,
pour la belle ramification à venir

Un arbre pour le temps qui passe
Un arbre pour l'avenir
Un arbre pour la vie
Et pour sa grande beauté.

Tripalium

Emplettes

ça y est, maintenant ils me prennent tous pour
une maniaque de la chaussette... :o/

Retour aux sources

Après de tendres et ardentes étreintes, volets fermés, temps suspendu, les amants enlacés dans une barque filaient sur une eau limpide, pour rejoindre une terre parsemée de chevaux paisibles, dont la fougue s'était dissipée dans les nues des nuits embrasées… Enfer ou paradis, ils contemplaient une vaste pièce dotée d'une cuisine et d'un jacuzzi - l'eau, le feu ! -. Enfin ils décidaient de se laver mutuellement, non de leur pêché mais de cette douce fatigue qui enveloppe les amants après l'amour…

Bruxelles...

Sur un fil

Que dit le funambule en abordant son fil
Ou qu'aimerait-il dire ou bien que pense-t-il
Il dit qu'il est fragile et que la terre est basse
Il pense que son fil faudrait pas qu'il se casse
Il a peut-être peur ou bien peut-être pas
Peut-être bien qu'il aime quelque part en bas
Mais il n'y pense pas car c'est une autre histoire
Il n'a plus de visage il n'a plus de mémoire

Mais il marche pourtant
Il marche lentement
Il ne veut pas penser
Qu'on le ferait tomber
Pour rien pour voir sans méchanceté
Ce n'est pas méchant de souffler
De s'amuser à balancer
Le fil de sa vie
Le fil de sa vie

Je suis le funambule et j'aborde mon fil
Je le connais par coeur mais ce n'est pas facile
Je suis toujours fragile et puis la terre est basse
Je pense que mon fil se pourrait bien qu'il casse
Que j'ai peut être peur ou bien peut être pas
Et puis que je vous aime vous qui êtes en bas
Que vous m'aimez peut être ou que je veux y croire
Qu'il me reste mon coeur et toute ma mémoire

Mais je marche pourtant
Je marche lentement
Je ne veux pas penser
Qu'on me ferait tomber
Pour rien pour voir sans méchanceté
Ce n'est pas méchant de souffler
De s'amuser à balancer

Le fil de ma vie
Le fil de ma vie

Anne Sylvestre

Comme ça...

J'ai fui le balbutiement des sirènes pour me plonger dans ton silence.

In utero

Depuis l'temps que j'te rêve, depuis l'temps que j't'invente...

Ca m'a pris comme une envie de dormir. J'ai du m'armer de courage et de pinceaux pour affronter cette image qui s'imposait à mon esprit - l'étendre sur la toile, lui donner consistance, insufler la couleur et la vie à ce doux fantasme, à cette belle épopée...


Tango


Tango de Zbigniew Rybczynski

William Utermohlen

"William Utermohlen, né aux États-Unis en 1933, a passé, à partir de 1957, la majeure partie de sa vie et de sa carrière d’artiste à Londres. Il y est de sa mort le 21 Mars 2007 des suites d’une maladie d’Alzheimer diagnostiquée 12 ans auparavant. [...]

Pour tenter d’assurer une continuité, une identité et aussi pour témoigner de son vécu dramatique, de son interrogation angoissée, l’artiste va réaliser une série d’autoportraits qui vont s’échelonner sur quatre ans, jusqu’à la perte totale de ses capacités praxiques et psycho-perceptives de représentation.[...]
L’autoportrait a ici valeur d’une recherche pour éprouver le sentiment de sa présence, de la réalité de l’existence, fut-elle tragique. Il s’agit aussi de témoigner de son vécu, et avec ce portrait, c’est toute la poignante vérité de l’artiste qui nous est donnée à partager : son monde s’est rétréci comme derrière les barreaux d’une prison. Il n’a plus pour voir la vie qu’une meurtrière en forme de couperet. Il ne lui reste plus qu’à attendre l’heure de sa condamnation."

"Le temps n’est plus qu’une suite d’instants. Le temps s’auto dévore et le dessin aussitôt tracé est gommé. L’image change et se défait au fur et à mesure qu’on essaye de la construire. Ni présent ni absent, l’objet ne consiste qu’en un évanescent passage à reconduire sans cesse. L’artiste assimile le dessin de son portrait à son destin : demeurer, tout en disparaissant. La perception garde sa valeur d’appel en raison du pouvoir originaire de l’objet. Mais ce qui revient reste hétérogène et menaçant pour son identité. Incorporation anéantissante : devenir sans relâche un objet qui en même temps qu’il surgit, disparaît. La figure infernale d’une peur devenue circulaire est avalée dans l’œil cyclonique de l’oubli."

Extraits du catalogue "WILLIAM UTERMOHLEN - PORTRAITS 1990–2000", publié à l'occasion d'une exposition-conférence à la Cité de la Science.

Liberté Oléron

Je songe à notre voyage, et à celui de notre petit garçon qui brave le temps et les saisons à l'ombre des plus doux paysages...



*Merci à Fabrice pour la découverte de cette jolie chanson...

Roxane...


Lorsque je suis entrée dans la buanderie plongée dans l'obscurité du soir, j'ai vite senti qu'un animal s'y était réfugié. Notre chat semblait curieux et intrigué, indiquant la présence de quelque créature enfouie dans la penderie. Pigeon déplumé ? Rat estropié ? Je me suis penchée, écartant les vestes et les manteaux, et j'ai vu deux billes lumineuses et apeurées. J'ai approché ma main, délicatement, et son regard s'est plongé dans le mien, débordant immédiatement d'amour et de reconnaissance : nous l'avions tous acceptée, cette maigre chatte venue des toits du quartier, avec ses yeux si doux et si séduisants. Nous la pensions vieille, à l'article de la mort, vieille toupie, éternelle increvable, râleuse et si belle, folledingue et fidèle... Elle ne devait pas être si âgée que ça. Elle nous a suivis dix ans, jusque dans la campagne quercynoise où elle a pu se livrer à de splendides parties de chasse, à des courses folles de jeune chatte délurée... Dix ans. Elle aimait plus que tout la viande bien fraîche, la liberté et les nids douillets sous les draps chauds du soir. Et puis elle est devenue vieille, vraiment, malade, et puis un jour, elle est devenue sourde. Et puis elle devait dormir profondément lorsque la voiture est arrivée. Et puis elle n'a rien entendu. Et puis elle a hurlé.
Ma pauvre vieille toupie,
Ma belle Roxane,
Je ne puis me résoudre à cette horreur qui vient de t'arriver
Puisses-tu retrouver le repos et la quiétude
En cette terre qui t'a nourrie
De nature et de liberté.
Ma belle Roxane,
Ma pauvre vieille toupie,
Tu vas nous manquer...

J'ouïs dire...

Une vieille peau tirée à quatre épingles à deux jeunes arabes assis sur un banc à Ménilmontant :
"La femme n'a pas besoin de sexualité à moins qu'elle en fasse son métier."

Essences

Une grande lyre ronde en bois vernis, un violon iranien, bombé comme un ventre de femme enceinte - son velouté, peau de mouton tendue sous le délicat chevalet -, une corne de gazelle aux belles ondulations, un fruit de cacao séché dont les graines secrètement révèlent la douceur des chants africains, le piano à pouces, si délicat, qui nous emmène aux confins de notre enfance… Happés, nous fermons les yeux et écoutons, bercés par les rêveries de terres lointaines et de danses traditionnelles. Libérés de nos incertitudes, nous effleurons l'essentiel.

Life shuffle

Trouvé sur divers blogs un petit questionnaire inutile et sympa. But du jeu : lancer iTunes sur le mode lecture aléatoire et répondre aux dix questions. (no triche !)

1. Comment vous sentez vous aujourd’hui?
Sweet dream – Jethro Tull

2. Comment les autres vous voient ?
Terre – Michel Jonasz

3. Quelle est l’histoire de votre vie ?
Cactus - Pixies

4. Quelle chanson pour votre enterrement ?
Fantaisie héroïque - Juliette

5. Comment allez-vous de l’avant dans la vie ?
Friday night saturday morning - Nouvelle Vague

6. Comment être encore plus heureux ?
Port Bail – Alain Souchon

7. Quelle est la meilleure chose qui vous soit arrivée dans la vie?
Adieu Princesse - Dick Annegarn

8. Pour décrire ce qui vous ravit ?
Mayfair - Nick Drake

9. Votre boulot pour vous c’est … ?
La mer – Charles Trenet

10. Que devriez-vous dire à votre boss ?
La chanson du loubard - Renaud

11. Pour vous l’amour c’est … ?
I've Been Tired - Pixies

12. Pour vous la sexualité doit être … ?
King Of Bongo - Mano Negra

13. Bloguer pour vous c’est … ?
Machins choses - Serge Gainsbourg

A vous !

It is moche

Mon blog was tout cassé
Out
Has been
Le sable s'en est allé
Août
At the benne.

Temps pis

Jethro Tull

Petit clin d'oeil à Clémence, avec le bouffon du rock progressif, le génie de la flûte traversière, le beau, déjanté, talentueux et incontournable Jethro Tull !
A écouter et voir :
>> Aqualung
>> Songs from the wood
>> Thick as a brick
>> Living in the past
>> Bourrée

Jethro Tull - Locomotive breath (1977)

Heureux qui comme Ulysse...

Pensée

[métro]

J'écoute la douce voix de Charlotte Gainsbourg, l'âme vagabonde. Moment de grâce, beauté d'un bonheur désormais ancré en moi.
"De toute mon existence, je n'ai jamais autant aimé la vie"



Charlotte Gainsbourg - Little monsters

Soir d'été

Espace

Blue train

Ephémère du temps, du mouvement, de l'espace, d'une gare dans laquelle se croisent les âmes les histoires et les vies. Ce moment que je vis est unique, le paysage défile et ne sera plus jamais tel que je l'ai vu à l'instant. Perpétuelle mouvance des choses. Chaque seconde vécue, chaque sensation, est essentielle. La valeur de la vie découle de son aspect éphémère, grain de sable dans le vent, un fragment de vérité, d'immédiat. La musique se mêle à l'essence de l'instant pour se révéler, percer le silence et l'espace, le temps d'une mélodie. Inscription, empreinte fugace et l'harmonie s'évapore aussitôt. Il fallait être là, témoin du déroulement du fil de la vie. Il faut être là, en vie, en avoir envie sans jamais être las.

Liberté

Dans quelques heures je serai libre ! La vie quotidienne, aussi riche et épanouissante soit-elle, me pèse. Je ne puis travailler convenablement, je papillonne dans la paperasse et dans les paroles des autres, mon écoute n’est plus flottante, elle est errante. Les yeux tournés vers l’intérieur. Comme disait Thom, je suis habitée, et ça n’est pas rien, je ne puis l’oublier : je le sais, je le sens, je l’attends.
Demain, escapade ! Les vignes à perte de vue, les longues soirées sur la terrasse, à parler de tout et de rien, l’atelier de mon père – caverne d’Ali-Baba -, la présence rassurante des cinq chats, des livres dans toutes les pièces - même sous le lit !, le bureau de ma mère – petit nid douillet -, la promenade du soleil couchant, les coléoptères qui traversent lentement le petit chemin, et les figues embryonnaires !, la ballade de la source, belle et mystérieuse, les longues nuit de sommeil, et les volets blancs qui grincent pour enfin laisser pénétrer dans la chambre l’éclat d’une belle journée, les fleurs – un pot sur chaque marche de l’escalier -, le panier de fruit, toujours plein, les journaux un peu partout, les transats au bord de l’eau limpide et douce comme une caresse, la chaleur du soleil sur ma peau, les nuits d’ébène bercées par le hululement de la chouette, le rire des filles qui jouent dans le jardin, le piano majestueux, le regard tendre de mon aimé sous le ciel bleu du Quercy blanc…
J’y suis déjà un peu, beaucoup, passionnément…

Chaos

Expérience surnaturelle, psychotique, ou simple simulation sensorielle, je me trouve dans une pièce a priori banale. Une voix rauque m'informe "Vous pensez être seule dans une pièce normale, eh bien ça n'est pas le cas"...la lumière s'éteint. Tous les repères se bousculent, le sol mouvant se penche, à droite, puis à gauche, des formes surgissent ça et là, des mains me frôlent, des paroles fusent, le chaos règne pour un temps. Puis tout revient à son état initial, chaque élément retrouve sa place.
...
Je ne dis rien.
Je ne pense rien.
Je n'existe pas.

Amertume

« Je suis contente pour toi Tatounette ! ». Elle a dix ans et un cœur débordant d’amour et de gentillesse. Mon frère en a 42 et il ne dit rien.

Jamais il ne s’est réjoui de mon bonheur.
Il y a quelques semaines, je regardais une émission à la télé sur la jalousie entre frères et sœurs. Curieusement je me sentais absolument étrangère à cette problématique, et pourtant j’y suis confrontée depuis bien longtemps. Quand je suis née, mon frère avait seize ans. Il n’a presque pas connu son père, j’ai été aimée et entourée par des parents heureux et amoureux. Il passait ses vacances au camping, je les passais dans un centre d’équitation, et ces Noël interminables où je croulais sous les cadeaux, alors qu’au même âge il n’en avait sans doute pas autant. Sentiments d’abandon, d’humiliation, de déséquilibre familial, manque de reconnaissance... mon frère se perd dans les dédales de la rancœur.

Amertume.

Pour mes 24 ans, il s’est dévoilé. « Oui j’ai toujours été jaloux de toi, tu as tout eu et moi rien ». Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que nous vivions un moment important, une étape qui nous permettrait de clarifier la situation, d’avancer sans œillères. Il avait réussi à verbaliser des sentiments rudes à mon égard, j’en étais plutôt soulagée.
Depuis, nous avons traversé des phases de bonheur fraternel mais aussi de désillusion. Par moments nous sommes complices et profondément heureux d’être frère et sœur, par moments je suis celle qui dérange, qui prend toute la place, toute la lumière.
Lorsque je lui ai annoncé que j’attendais un bébé, il m’a dit, d’un ton presque embarrassé « Alors… tu ne seras plus ma petite sœur… » comme s’il menaçait de perdre son statut de grand frère, modèle et protecteur, celui qui a une longueur d’avance, qui a une plus grande expérience de la vie, celui qui sait. Maintenant nous sommes deux adultes, et la comparaison est plus facile, ravivant inévitablement les blessures d’antan...

En route pour la joie !

Des trombes d’eau, puis, quelques minutes plus tard, l’éclat du soleil, le bleu au dessus de nos têtes. Aujourd’hui j’entame le troisième mois. Demain nous le verrons, notre futur bébé, et peut-être pourrons-nous écouter les battements rapides de son minuscule petit cœur. Tout est là, tout tient dans deux à trois centimètres, et les sept mois à venir lui permettront de se développer, de grandir, de pousser jusqu’à devenir un petit être humain, qui sent, qui voit, qui respire, qui découvre la vie !

Nous peinons à réaliser l'ampleur de l'évènement, mais savourons chaque jour ce bonheur qui nous anime et nous unit !

Paroles...

...de nos aïeux.

- Je veux aller au soleil et mourir.
- Je suis une poussière dans l'air.
- Cette nuit j'ai rêvé de mon sac !
- Ah celle-là, elle débloque complètement !
- De visage et de partout, vous êtes sentimentale !
- J'suis bien avec vous ! Je vois pas le temps passer.
- Je viens vous chercher pour vous emmener.
- Je vais bientôt partir, sur l'Île des Tartares, loin de ce monde. Je pense à vous tous les jours, je ne vous oublierai pas. Je vous garde avec moi.
- Je suis une bonne comédienne ! Dites à la patronne qu'elle m'appelle si elle a besoin d'acteurs.
- Vous êtes potelée, comme disait ma mère !
- Vous êtes mon sauveur.
- Je crois que ma tête va exploser.
- Viens, que je t'étrangle !
- Qu'est-ce-que je ferais sans vous ?
- Je suis une brebis égarée.
- Ma pauvre, tu enterres la beauté !
- Je ne sais pas quoi faire de moi.
- Je ne suis rien. Je me sens bête et moche.
- Mon cerveau ne s'arrête jamais, c'est comme une machine, mais détraquée.
- Je ne sais même plus de quoi j'ai envie.
- Mon avenir, il est derrière moi.
- Tirez-moi une balle dans la tête, je veux mourir !
- Aujourd'hui c'est le jour de mon enterrement.
- J'attends la faucheuse, qu'elle me coupe en petits morceaux.
- Je lis la messe toute la journée, et quand j'ai terminé je recommence.
- Je ne suis pas abandonnée.
- Allez vous-en avant que je ne me disperse !
- J'ai rêvé que j'allais conquérir le monde.
- Aujourd'hui tu as gagné ton paradis.
- Je suis plus près du tombeau que du berceau.
- Maman, maman... Je veux la voir avant de mourir.
- Tout est moche, c'est pour ça que je suis moche.
- Si vous saviez comme je suis défaite !
- Je suis toute embarbouillée.
- Dieu c'est mon mari, c'est mon amant, c'est mon père !
- Ma tête est difficile. Elle sature...
- Je suis une morte-vivante.
- Je suis dans un film noir.
- Je suis enceinte de mon père.
- Je vous embrasse parce que je vous aime. Je déteste me séparer de vous.
- Faut que j'aille chez moi, mais j'sais plus où j'l'ai mis.
- Personne ne pense à moi, alors je ne pense plus à rien.
- Je rejette les souvenirs pour en vivre d'autres.
- Je projette des larmes rien que d'y penser.
- Combien y a-t-il de chevaux en piste ?
- Je cherche à ranger les soucis, mais je ne trouve pas.
- On va rester amis toute la vie !
- J'ai l'accent de midi moins le quart.
- La vie c'est une tartine de merde, et on en bouffe un bout tous les matins.
- On rajeunit pas quand on vieillit.
- Les religions, c'est l'espoir.
- Le soleil m'égaye même en hiver.
- Tout ça c'est beau, mais ça vaut pas l'amour, comme disait l'autre.

Decroly

Alexandrin greffé

Définition :
“ Sur le vide papier sont les chants les plus beaux ” Mallurset.
Ce vers a été obtenu en greffant un hémistiche emprunté à un alexandrin de Mallarmé sur un hémistiche emprunté à un alexandrin de Musset, d’où le nom de Mallurset, affecté à son auteur supposé. Le procédé de la greffe permet de composer à foison des alexandrins parfaitement originaux et parfaitement classiques.

Exemple :
Greffe du sonnet de Pierre de Ronsard "Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi" (Sonnets pour Hélène) sur celui de Charles Baudelaire "Remords posthume" (Les fleurs du mal), et vice versa (sinon c'est pas drôle !).

"Remords, baise-moi, serre-moi" - Bausard

Lorsque tu dormiras, baise-moi, serre-moi,
Au fond d'un monument échauffe-moi la vie,
Et lorsque tu n'auras donne-moi je te prie,
Qu'un caveau pluvieux, amour n'a point de loi.

Quand la pierre, opprimant belle bouche pourquoi
Et tes flancs qu'assouplit quand tu seras blêmie,
Empêchera ton cœur ou la femme ou l'amie,
Et tes pieds de courir ni rien semblable à toi ?

Le tombeau, confident de tes lèvres de roses,
(Car le tombeau toujours à lèvres demi-closes
Durant ces grandes nuits mourant entre mes bras

Te dira : « Que vous sert, puis, toi ressuscitée,
De n'avoir pas connu allons ainsi là-bas,
─ Et le ver rongera vaut mieux que la nuitée.

"Maîtresse, embrasse-moi, posthume", Rondelaire

Maîtresse, embrasse-moi, ma belle ténébreuse,
Haleine contre haleine, construit en marbre noir,
Mille et mille baisers pour alcôve et manoir
Amour veut tout sans nombre, et qu'une fosse creuse ;

Baise et rebaise-moi ; ta poitrine peureuse
Te gardes-tu là-bas, un charmant nonchaloir,
A baiser (de Pluton de battre et de vouloir,
N'ayant plus ni couleur, leur course aventureuse,

En vivant presse-moi de mon rêve infini,
Bégaie, en me baisant, comprendra le poète,
Mille mots tronçonnés d'où le somme est banni,

Je mourrai dans les tiens, courtisane imparfaite,
Je ressusciterai ce que pleurent les morts
Le jour, tant soit-il court, ta peau comme un remords.

Acrostiche universel

Définition :
A partir d’un nom ou d’un mot donné, l’acrostiche est un poème qui compte autant de vers que ce mot compte de lettres, et dont le premier vers commence par la première lettre du mot, le deuxième par la deuxième, et ainsi de suite.Les variations classiques et oulipiennes sur l’acrostiche sont abondantes et toutes estimables : initial, final, interne, multiples, en croix, en large et en travers.Avec seulement vingt-six vers dont les initiales épuisent l’ordre alphabétique, l’acrostiche universel permet d’en composer pour toutes les occasions imaginables.

Exemple :
Avec tout son amour
Bercé d'éternité
Cette étoile d'un jour
De joie et de gaieté
Eblouissait toujours.
Femme-enfant amusée
Grandissait en un tour
Hier étant passé
Irradiant les cœurs lourds.
Je marchais tête baissée,
Klimt était de retour,
Le soleil de l'été,
Merveilleux troubadour,
Nous donnait sa bonté,
Ornait avec humour,
Parlait de la beauté
Qui règnait alentour.
Rayonnante dulcinée,
Salomé sans détours
Tardant à se donner,
Un regard de vautour,
Vigoureuse volupté...
Wagner et son tambour
Xylophage et ruiné
Y trônait, tout autour
Zinzinnant tel tsé-tsé

Ce qui peut également donner :

Femme-enfant amusée
Rayonnante dulcinée
Eblouissait toujours
De joie et de gaieté
Ornait avec humour
Un regard de vautour

Cette étoile d'un jour
Hier étant passé
Eblouissait toujours
Rayonnante dulcinée
Irradiant les cœurs lourds

Tardant à se donner
Un regard de vautour

Eblouissait toujours
Salomé sans détours

Cette étoile d'un jour
Eblouissait toujours
Le soleil de l'été
Un regard de vautour
Irradiant les cœurs lourds

Qui règnait alentour
Un regard de vautour
Irradiant les cœurs lourds

Irradiant les cœurs lourds.
Le soleil de l'été
Le soleil de l'été
Un regard de vautour
Merveilleux troubadour
Irradiant les cœurs lourds
Nous donnait sa bonté
Eblouissait toujours

Merveilleux troubadour
Avec tout son amour

Vigoureuse volupté
Irradiant les cœurs lourds
Eblouissait toujours

A vous.

Le bébé, de Marie Darrieussecq

Un livre tendre, juste et émouvant... un avant-goût de l'après ! Extraits.

Ces petits pieds qui gigotent, ils cognaient dans mon ventre.
Je ne peux pas croire qu'il soit sorti de moi.
Un jour un livreur a sonné à ma porte, j'avais un gros ventre, dans le colis il y avait le bébé, et je n'ai plus eu de gros ventre.

*
Le bébé voit les fantômes Ses yeux dérivent dans l'espace, il ignore nos sourires, il n'entend pas nos appels : il suit dans la maison le lent mouvement des spectres.
*
De toutes les solutions possibles pour que la vie advienne, c'est la plus insensée qui a été retenue Que les bébés surgissent du sexe des femmes, tout s'organise pour faire au mieux avec ce délire, pour qu'on l'oublie et le contienne, c'est une évidence.
*
Il s'efforce, il nous parle, il va nous le dire : d'où il vient, ce qu'il sait Il tente des syllabes, échoue, il s'exaspère, on ne comprend rien, il pleure.
Et quand il saura parler, il aura tout oublié.
Cette lenteur de l'apprentissage, c'est un fait exprès : le temps de l'amnésie. Ainsi s'invente le secret des limbes.
*
Le rire du bébé ne fait pas mon bonheur, il me met en joie : j'espère, par la nuance, lui laisser de l'eau pour naviguer.

Eté

Ensemble, c'est tout !

Minnie the moocher

Nous en parlions hier, voici le splendide épisode de Betty Boop dans lequel nous retrouvons le jazz langoureux du grand Cab Calloway, qui réapparaît plus tard sous la forme d'un morse dont la danse anthropomorphe est époustouflante, notamment grâce au procédé du rotoscope (créé par Max Fleisher), qui permet d'animer avec fluidité des dessins retranscrivant sur cellulos une action préalablement filmée avec des acteurs.

Le berceau de la vie

Comme une branche pliée par le poids du temps, je me courbe le soir venu, puis m'étends, lasse de ma journée. La nuit déroule son fil, délicatement, jusqu'au petit jour. Trois, quatre heures du matin. Je me tourne, cherche le sommeil, en vain. Mue par une force silencieuse, je peine à rester dans les bras de Morphée. Mon corps tout entier, et mon esprit, même, semblent m'annoncer leur fastidieux labeur. Une petite créature se développe de quelques centièmes de millimètres chaque jour, chaque nuit. Vaste révolution. Miracle de la vie !

Acronyme

Définition :
Groupe d’initiales abréviatives.

Exemple :
Bicéphal : Biennale de la Céramique Phallique.

A vous.

Patchwork

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Les fourmis

Je ne sais pas d’où me vient cet amour de l’orage, lorsque le ciel s’obscurcit et répand son voile sombre sur la ville. La lumière s’estompe alors, et devient gris-jaune ; les feuilles tourbillonnent - on entend simplement le souffle du vent - quelques oiseaux qui filent à travers ciel à la recherche d’un refuge. Comme le silence qui suit la musique est de la musique, le silence de l’avant-orage est déjà de l’orage.
Les gens, eux, continuent leur course effrénée, ignorant la tempête à venir. Pauvres petites créatures, en deux temps trois mouvements, les voilà secoués arrosés malmenés par la pluie et le vent, ils se mettent à courir, hirsutes, trempés, petites fourmis ridicules protégeant leurs têtes minuscules d’un journal ou d’un vieux sac plastique.
Du haut du métro aérien dans lequel je me trouve, bien à l’abri, j’observe la scène. En contrebas, le monde s’affole. Tout le reste n’est que flotte, ciel orageux, tout le reste est nature, Nature qui reprend ses droits, qui vomit la crasse amassée dans les nuages lourds de la capitale. Le tonnerre gronde, les fourmis affolées ont disparu : entassées devant les devantures des magasins, sous les stores des brasseries, engouffrées dans le métropolitain, alignées sous les abribus, comme des quilles bien sages, les bras le long du corps – silence de mort. La ville toute entière est nettoyée de ses habitants – exception faite de quelques récalcitrants trop pressés qui traversent à grandes foulées les boulevards désertés.
Dans les jardins municipaux, les fleurs et les feuilles des arbres sont rutilantes. La terre s'imprègne et se nourrit de l'eau de pluie. Les oiseaux vont pouvoir nettoyer leur plumage au détour d'une flaque, les insectes vont sortir de leurs galeries sous-terraines et reprendre le cours de leur existence...
Et les fourmis, elles, lorsque la pluie aura cessé, vont reprendre leur interminable course, tête baissée, gromelant que cette foutue pluie leur a fait perdre du temps - que diable ! le temps c'est de l'argent ! - elles fileront à tout allure et se répandront comme de la lave brûlante dans les artères parisiennes, sans avoir vu la beauté de l'instant, sans avoir savouré la splendeur de l'orage et d'une Nature encore un petit peu vivante...

Rassemblez les nuages et à mon signal
Larguez l'orage…
Éclair lumière descend sur terre !
C'est la victoire du blanc sur le noir !
Choeurs chantez
Alléluia, olé, hourra
Choeurs, chantez
Alléluia, olé hourra
Olé hosanna
Olé hourra !

[L'orage - Dick Annegarn]

Allez plus loin que vos rêves

J'ai retrouvé ce poème, écrit il y a dix-sept ans. Le dimanche, nous nous installions ma mère et moi dans son bureau, et nous découpions des bouts de phrases dans les journaux, des mots, des lettres, des photos... éparpillés un peu partout sur la belle moquette rouge - les chats roupillaient sur les piles de papiers déchirés, et nous passions des heures à réinventer les mots, à inventer un autre monde...

Allez plus loin que vos rêves
Pour l’avenir du poulet.
Plus près de toi
Un tout petit bruit très délicat
Marchait sur les draps
Fallait-il ouvrir les réalités ?
Surtout ne pas bouger
Surgir à la peur,
Retenir le ventre,
Oublier d’être vivant

26/11/1989

Abécédaire

La vie vous semble sereine, elle coule de source et vous vous la coulez douce ? Qu'à cela ne tienne ! Une lichette de contrainte vous ferait le plus grand bien. C'est ici que ça se passe. A chaque jour sa contrainte. Oulipo is back.

Abécédaire
Définition :
Texte où les initiales des mots successifs suivent l’ordre alphabétique.

Exemple :
A
dieu braves compagnons ! Déméter est faible, Gaïa hurle, implorant Junon ! Kabbale légendaire, miséricorde ou Nirvana perdu ? Quiconque rase sa Terre ultime vieillit wagnérien xénophobe, yakusa zoomorphe.

A vous.

Lusignan


Horizon

Elle était si jolie, cette enfant dont la joie étincelante illuminait notre vie !
Une petite fille brune au malicieux minois, cheveux longs et riant aux éclats.
Le rêve fut bref, et le bonheur, doux comme une caresse.
Et le bonheur,
doux
comme une promesse…



Colette Magny - Melocoton

Keywords analysis

Sous le sable, le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête
Les yeux dans l'eau, ma petite culotte mélodie du corps et de l'âme
Symbole rêve musulman imagine fleur
Hématome sur doigt de pied
Cioran douleur.
Seul sous le sable les yeux dans l'eau
Magritte quilles sur fond bleu
Horizon de sable.

[texte mêlant les mots clés des moteurs de recherche pointant sur mon blog - à compléter]

Tout va bien

Mon frère a soudainement pris un coup de vieux, mes nièces ont crié de joie, mon neveu coprophile a continué de rechercher des fiantes d'oiseaux dans le jardin, ma belle-soeur s'est rappelé notre première rencontre - j'avais six ans, mon père s'est sifflé une flûte de Champagne, ma mère a regretté de ne pas être là, ma chère vieille amie a déposé un cierge au Saint des Crétins, mon toubib m'a souri avec tendresse, ma directrice-mère-poule m'a donné de précieux conseils, ma collègue musicienne m'a enlacée, mon chat ne m'a pas lâchée depuis trois jours, mon homme non plus d'ailleurs, et notre petit embryon, lui, semble bien accroché à la vie...

Rengaine



Anne Sylvestre - T'en souviens-tu la Seine

La vie n'est pas un long fleuve tranquille

Nous risquons de voir s'envoler (pour un temps) notre rêve. Beaucoup de frayeurs depuis avant hier. Décollement du trophoblaste ou autre étiologie, la grossesse est pour le moment classée "à risque". Entre angoisse et tentative de réassurance mutuelle avec mon homme, je reste clouée au lit, en attendant que la Vie s'accroche et continue de croître doucement en moi...

Minuscule !

Moi qui me délecte des sombres récits d'angoisses et de rêves chaotiques, moi qui me plaît à projetter sur ce blog toute la noirceur de mon être, comment vais-je pouvoir maintenir une continuité, maintenant que ma vie toute entière se voit bouleversée par le plus heureux événement qui soit, l'attente d'un enfant ? Comment ne pas tomber dans la niaiserie de la future maman béate et impatiente, plus que jamais amoureuse de son homme et plus que jamais heureuse et confiante en l'avenir ?

Eh bien à vrai dire, je l'ignore, et, mieux : j'men fous.

C'est le plus beau jour de ma vie, c'est la vraie vie qui commence...


Vague à l'âme

Finalement, ne serions-nous pas entièrement soumis à notre psychisme ? Nous subissons, tel un bateau emporté par la tempête ou délicatement balancé par le calme des flots, les aléas de notre inconscient. Nous sommes tour à tour emportés par des tourbillons d'angoisse, happés par la menace d'anéantissement, figés dans la dépressivité glaciale, bercés par la quiétude et la douce lumière du monde, chavirés par des sentiments violents, engloutis dans les profondeurs de la mélancolie, perdus dans l'infini du Temps, sans ancre ni attache ou bien arrimés à notre passé, incapables de poursuivre notre route. Nous sommes en quête de sens - relier un point à un autre, garder le cap ! - mais le ciel est chargé de nuages et la mer peut se déchaîner, délier nos cordages éventrer nos voiles, et nous, pauvres petites barques de fortune ou grands navires extraordinaires, nous n'y pouvons rien, non, nous n'y pouvons rien.

La vie devant soi

A courir après son enfance on n'avance plus guère ; comme dans les rêves on l'on voudrait courir à grandes foulées mais le corps est trop lourd, plombé, enraciné dans notre histoire et nos angoisses. Je préfère voler librement au dessus des paysages de mon enfance, naviguer à ma guise, sans jamais toucher terre. Le réveil est plus doux, et l'âme plus légère.

Damoclès

Galerie sous-terraine aux néons bleutés, des kilomètres de tuyaux rouillés, usés par le temps - des chinois y travaillent, péniblement mais avec courage -, galerie ou abri de guerre, refuge de familles apeurées, les enfants qui braillent et qui ne comprennent pas, le grondement feutré des bombes, le silence de l'attente, et l'attente du silence pour enfin retrouver le jour, comme un lapin traqué sort timidement de son terrier.
Le ciel est orangé et le soleil couchant."Je ne redoute qu'une chose : c'est que notre pays entre en guerre", dis-je. Souvenir d'explosions, chutes de bombes, avions militaires volant à basse altitude - scarabées géants menaçants -, je scrute le ciel. L'Ennemi est là. Il ne frappe pas encore. Il domine le peuple. Un avion énorme survole la ville, comme une épée de Damoclès, et je vois à ma grande stupeur voler en éclats Météore, notre station de défense spatiale, notre fierté et le symbole de notre puissance, notre dernière chance de conquérir le monde.

Le chat et les livres

Nick Drake


"Tu peux prendre la route qui mène aux étoiles.
Moi, je prendrai celle qui me délivrera du mal."



Nick Drake - River Man

Logos

Le ventre est encore fécond...

Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester
Les yeux ronds. Agissez au lieu de bavarder.
Voilà ce qui aurait pour un peu dominé le monde !
Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut
Pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt :
Le ventre est encore fécond, d'où à surgi la bête immonde.

[ Bertold Brecht -
La résistible ascension d'Arturo Ui ]

Mektoub

54-46. Je commence à flipper sec. Au delà de la menace de mes parents de quitter la France en cas de victoire du Petit Teigneux, la situation actuelle m'angoisse complètement. Depuis mercredi soir mes démangeaisons ont repris, je peine à trouver le sommeil, je ne supporte plus de l'entendre vociférer à la tévé à la radio des discours pronant manichéisme et exclusion des plus démunis. Tout cela me fait vomir, et je m'efforce de penser qu'aujourd'hui et demain sont nos derniers jours de liberté.


Solocrâne

Bord de Seine. On extrait un crâne de l'eau. Un crâne bien nettoyé par les flots, bien lisse, avec une grande fente sur le pourtour : le haut de la boîte crânienne a été découpé, comme sur les squelettes en cours de biologie, comme Emile, le squelette titubant que maman avait offert à papa lorsqu'elle travaillait à la fac de médecine (la tête avait été un peu abîmée, les étudiants aimaient jouer au foot avec, et puis il manquait des phalanges, les vis des articulations ne tenaient plus qu'à un fil, mais papa avait été si heureux ce jour là... Son Emile, c'était un peu son meilleur copain.)
Une voix dit "C'est un solocrâne..." (il aurait pu dire que c'était un monocrâne, de toute façon ça veut dire la même chose : c'est une tête détachée du corps). "Il doit appartenir au flic qui a été balancé à la flotte vendredi dernier."
Que n'y ai-je pas pensé. C'est évident.
Les poulets ne savent pas nager.

Fragments

Cette musique me bouleverse.

La mise en scène est très belle : la lumière dorée sur les instruments met en valeur leurs contours, leur matière ; chaque instrument de musique est un objet d'art, un témoin des civilisations lointaines, un témoin du temps et de la mémoire des peuples. Instruments de rites ou créations fantaisistes, les matières et les sons s’entremêlent, dans leur singularité, leur originalité. Toi, véritable médium reliant l’auditeur au monde et aux cultures du monde, tu animes chaque objet de ton souffle, de ton rythme, tu insuffles à chaque instrument la mélodie et la vie, une âme venue d’ailleurs. Tu invites le spectateur au voyage, de sorte qu’il découvre, au delà des rythmes et des sonorités, différents horizons mais aussi une émotion qui elle, est universelle. Le spectateur en fermant les yeux, peut se détacher de l’esthétique des instruments pour accéder à une émotion pure, dénudée et dénuée de représentation matérielle (mélancolie, force de vie !). Ces fragments de musique « vivante » animent les âmes et ouvrent la voie de l’imaginaire. Platon avait raison : « La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée. »


Comme ça...

Humanité ?

Métro. Criterium. Agenda. Griffonner les pensées avant qu'elles ne s'évaporent :

"Un cadre, étriqué, où les petits marchands de domaines évident les fleurs".

Horizon(s)

Tant de mots, tant d'émotions et de rêves qui se muent en un réel désir enfin accessible, ouvert à l'horizon des possibles. Enfant j'avais deviné, je savais que mes 26 ans seraient l'âge de l'épanouissement, de l'accomplissement.
Hier nous avons fait du rêve un projet, une colonne + bien remplie, une colonne - assez maigre, l'évidence était là, devant nous, sur ce set de table en papier Hippopotamus qui nous souhaitait une heureuse année 2007 !
...
Un bébé
...
Une nouvelle vie qui commence
...
Et un amour plus fort que jamais.