"Vici dies"

Cette nuit, j'ai rêvé d'une fin du monde époustouflante. La nature reprenait ses droits, et la terre promettait de se muer en océan de braises. Deux mots cognaient dans ma tête : VICI DIES : "le jour où nous sommes vaincus". C'était une fatalité, et sans doute la dernière phrase inscrite sur le Grand Rouleau. Certains d'entre nous se rassemblaient dans la cour du lycée, conscients de l'imminence du chaos, d'autres continuaient leur vie, sans l'ombre d'un frisson ; après tout, puisque le monde touchait à sa fin, il leur semblait bien futile de s'arrêter pour mieux sentir l'horreur du moment.
Je cherchais papa et maman, pour mourir avec eux. C'était ce qu'il me restait de mieux à faire, puisque le bitume, perdant de son épaisseur, devenait transparent et laissait apparaître des volutes de lave avides d'air frais, prêtes à engloutir le monde des vivants.
Papa n'était pas là. Et je savais que je ne le reverrai plus jamais.