Eloge de la paresse

Le panda, étymologiquement "chat-ours", est un mammifère noir et blanc et "carnivore mais herbivore" (cf. définition du Larousse) : d'entrée de jeu l'on voit bien à quel point le panda est incapable de prendre des décisions.

Vous me direz : il faut être con pour être carnivore mais herbivore, et là je vous répondrai : vous avez raison, cependant, voici une explication : le panda est une espèce d'ours mal nourri : naturellement bouffeur de viande mais trop lent pour chasser, il serait devenu herbivore malgré lui. Si ça n'était que ça, me direz-vous, ça ne serait pas bien grave. Mais il y a un problème : son intestin de carnivore digère mal la verdure (fichtre !). Les bambous sont si peu caloriques qu'il doit en consommer pas moins de 30 kg par jour. Ca fait beaucoup. Et ça doit le déranger un max au moment de la digestion.
L'on pourrait aisément imaginer le désarroi du panda face à une proie animale : la faim, la frustration, la résignation, le désespoir !
Que nenni. Malgré sa dégaine de looser, le panda ne souffre pas de frustration. Car c'est un animal gentil qui sait se contenter de peu. Les montagnes chinoises regorgent de bambous, le panda s'en accommode, quitte à avoir la chiasse toute sa vie et à renoncer à la chair fraîche. L'important n'est-il pas d'avoir la panse bien remplie, fut-elle de plantes dégueulasses et indigestes ?
Lent, et, nous l'avons vu, pas pinailleur pour un sou, le panda n'en reste pas moins un animal doté d'une grande paresse.
Cela peut s'observer lors de la procréation (un bien grand mot pour un animal si paresseux qu'une simple partie de pattes en l'air l'emballe autant que d'escalader l'Hymalaya)
Avant d'aborder le sujet du comportement sexuel pandesque, il me semble nécessaire de préciser que la nature s'est décidément acharnée sur ce pauvre animal puisque la période de rut des mâles et les chaleurs des femelles ne coïncident pas toujours. De plus, la femelle n'est réceptive que deux jours par an. II faut donc une conjonction heureuse pour que la rencontre porte ses fruits.
Par conséquent, le panda, grand assisté qu'il est, n'a pas forcément les idées en place lors de la saison des chaleurs. Préférant se la couler douce et bouffer son bambou peinard, il est parfois nécessaire, pour perpétuer l'espèce, de stimuler l'animal pour le remettre sur le droit chemin, celui de la femelle ouverte à toute proposition (deux jours par an, souvenez-vous). Pour ce faire, l'utilisation de moyens modernes et typiquement humains est de mise, comme l'insémination artificielle ou …la projection de films pornographiques (mais ça n'est qu'un exemple et nous ne voulons pas savoir ce que font les soigneurs devant les cages des pandas pour leur donner des idées, ah ça non, nous nous y refusons.)
La paresse pandesque ne s'arrête pas là, chers lecteurs.
En effet, dame panda gravide (lorsque sieur panda a réussi son coup), lasse de se traîner une petite crotouille dans la panse, ne porte son petit que trois à cinq mois. A la naissance, le petit panda ne pèse pas plus de 100 grammes, soit le poids d'un steak haché tout plat de la cantine. L'on peut en conclure que dame panda ne se foule pas des masses et qu'elle est partisane du travail bâclé et du moindre effort, ce qui, tout compte fait, ne nous étonne pas tellement.
Les portées sont constituées de un à deux petits, dont la viabilité est fragile, il arrive souvent qu'ils trépassent dans les premiers instants de leur vie. Cependant, lorsque dame panda a plusieurs petits vivants, elle ne s'occupe que d'un seul et les autres meurent rapidement, sans doute parce que l'énergie nécessaire pour en élever plusieurs est trop élevée. On retrouve parfois au sol, écrasés par le poids de leur mère, les galettes des petits rejetons abandonnés à leur triste sort.
Enfin, dernier point, la durée de roupillage du panda confirme nos conclusions, puisque ce dernier dort 12 heures sur 24, soit la moitié du temps. Mais, manque de pot, il ne peut guère hiberner car le bambou ne fournit pas une nourriture suffisante pour cela.
Pour terminer, il faut savoir que le panda apprécie l'eau et aime s'abreuver au bord des rivières. Parfois il lui arrive de ne plus pouvoir marcher tant son ventre est lourd, il peut également s'affaler et piquer un somme avant même d'avoir quitté le point d'eau.
C'est dire s'il est flemmard.
La conclusion de cet exposé est sans appel : le panda est un animal qu'on se demande à quoi qu'il sert et comment qu'il fait pour exister encore à notre époque où la productivité, la rapidité, la vivacité d'esprit, l'efficacité, la rentabilité, la communication-à-tout-prix, la séduction et le cul sont de mise.
C'est ce qui me fait penser que le panda, dans son aspect absolument excentrique et inutile, représente dans notre société bien plus qu'un animal : c'est un symbole de résistance, un éloge de la paresse.

  • toute cette petite histoire m'a bien fait marrer !
    J'ai bien aimé le passage où tu parles du mâle panda qui préfère s'occuper tranquille de son bambou plutôt que d'escalader la femelle; je pense qu'on a là la raison principale du problème des pandas ;-)
    En tout cas, grâce à toi, nous serons incollables sur les "chats-ours" et rien que pour ça, je te remercie pour cet article plein de légèreté et de bonne humeur!

  • Et j'ai oublié de préciser que cet article scientifico-psycho-comportemental est basé sur des données réelles !! (bon... j'ai choisi d'évoquer le pire, il est certain que le panda doit, si l'on cherche bien, avoir des aspects plus glorieux.......................(quoique !)

    ;o)

  • on sent bien le travail de documentation derrière; félicitation pour ce travail de qualité !
    A quand une thèse de doctorat ? ;-)

  • J'aimais déjà le panda, mais apprendre que cela signifie "chat-ours", l'amateur de fromage que je suis s'en pourlèche les babines...

  • viendez à Troyes dans l'Aube ! ;-)

  • eh bien le panda est en train de s'éteindre car il n'arrive plus à se reproduire... ptetre que la civilisation humaine l'a vraiment rattrapé...