Conversation ordinaire

Jeanne :

Oh, mais je ne meurs pas dans mes rêves. Je doute d'ailleurs qu'on puisse mourir dans un rêve, ou alors le rêve s'arrête.

Melody :

Petite objection : on peut mourir dans un rêve.
J'en ai fait l'expérience une nuit, alors que je tombais du haut d'une tour. Je voyais défiler les étages, pas de retour possible pensais-je. Lorsque j'arrivais à vive allure à quelques mètres de sol (au moment où en général on se réveille), je me posais la question : on continue ou on arrête ? Ma conscience me murmurait à l'oreille : bon, c'est toujours pareil, on voit jamais la fin du rêve, alors pour une fois, allons jusqu'au bout !

Ok, alors... on continue.

Je voyais le sol s'approcher s'approcher s'approcher, quand...SCHLAFF !!! Ecrasée par terre comme une mouche sur un parebrise. Et là, silenzio... Plus un bruit. Plus rien. Le noir le vide le néant . "Alors je suis morte ?" pensais-je. Je vérifiais si chacun de mes sens avait bel et bien disparu, j'étais presque satisfaite "Si c''est ça la mort, nous devrions mourir tous les jours tant c'est agréable !"

Mais à ce moment précis, un fourmillement insupportable attaqua mes pieds, et remontai dans mes jambes, de telle sorte que tout mon corps fut peu à peu assailli par une douleur aigüe atroce, abominable, inhumaine. J'allais exploser tant c'était insupportable, mais à ce moment là je décidai de me réveiller.

J'avais des fourmis dans les jambes.

Jeanne :

Incroyable. Merci pour l'objection. Vraiment incroyable. Quel cran vous avez eu.

L'amour en fuite

Elle me raconte son rêve, péniblement. Essouflée même, essayant de se dépêtrer de cet amas d'images étouffantes, angoissantes.

[Dans son rêve, J'ai changé. A tel point que mon visage même s'est transformé : mon menton qui était si volontaire est devenu "fuyant". J'exposais à ma mère mon nouveau projet : m'installer dans l'appartement - que j'occupe et qui lui appartient - avec une bande de jeunes : la vie en communauté.
- Mais tu es folle, tu es folle...!
Une jeune homme arrive, il fait partie de la communauté "sectaire, satanique ou SM", "maléfique" en somme. Elle lui interdit d'habiter ici. "Je fais ce que je veux", lui rétorque-t-il.
Je lui parle d'un article qui stipule que j'ai le don d'être ici et ailleurs. Je souhaite la convaincre du bien fondé de ma nouvelle vie.
- Et ton mémoire ?
- Abandonné ! J'ai renoncé depuis bien longtemps !
Ma mère lutte contre tous ces gens qui veulent envahir l'appartement, lutte contre mes désirs, mes projets, mon évolution. Atmosphère digne de celle de Rosemary's baby. Découragée, ele demande de l'aide à mon père, qui arrive un tournevis à la main pour réparer la télé, il parle avec ma grand-mère, il se fout de tout ; en somme, il est impuissant et ne comprend rien, il ne sait que parler...]

Finalement, me dit-elle, tu croyais avoir trouvé la Vérité, la Vraie Vie... mais tu étais bien naïve...

_____________________________

L'amour en fuite, ou plutôt la fuite de l'amour.
Le menton fuyant, la vie en communauté...
Je fais des efforts considérables pour me dégager d'elle, elle parvient toujours à me retenir, à me replonger dans cette diade dépassée. Sortir du chemin tracé, dérailler, prendre ses jambes à son cou et courir, s'envoler, vivre pour soi, construire ses envies. Ne plus jamais penser "j'aimerais qu'elle soit à l'intérieur de moi pour qu'elle vive tout ce que je vis"... jamais... Je ne fuis pas je m'éloigne, je ne la suis plus, je n'ai plus besoin de ça, l'osmose l'harmonie je n'en veux plus, je n'en peux plus. Je coupe les ponts, le cordon et mes cheveux. Elle souffre ma fuite, elle souffre ma fuite...

C'est pas ça la vraie vie, la vraie vie c'est celle que j'ai rêvée pour toi, c'est celle avec moi, mais pas ça, c'est pas ce que tu crois. Suis moi, tiens-moi la main, je vais t'aider, viens...

Quand va-t-elle arrêter de penser si fort, quand va-t-elle cesser de dire-à-tout-prix, de vouloir être transparente avec moi ?

- On se dit tout, non ?
- Non, plus maintenant, maman.

Elle me raconte son rêve, elle se décharge sur moi, je l'ai laissée faire, pas la force de lui expliquer que je ne suis pas la bonne oreille, je ne suis pas apte à recevoir tout ces paquets d'angoisse, j'en ai plein le dos.

Pas de psy jusqu'en septembre, j'en aurai des choses à dire, en attendant l'écriture, l'écriture, et encore l'écriture...


Et surtout : vivre ma Vraie Vie...

Patti Smith

judith

quelques masques parmi beaucoup

judith. un joyau. que certains nomment judée judas judex
et que moi enfin d’une manière tendre :
juju la perle : mon petit sucre candi.

très probable qu’on me soupçonne simplement
de la convoiter. juteuse. pas ça. Je tiens à elle.
par tous les bouts. elle est la crème
glacée de mon gâteau. dessert des anges.
je l'aime comme les juifs aiment la terre.
je l'aime comme judas aimait jésus.
oh ne vous étonnez pas. son amour fou pour le seigneur.
et ça vous rend zinzin zinzin zinzin zinzin.
l'argent ne fut qu'un reflet dans son oeil. ce fut le
baiser de la mort son or son or très pur.
judas fut le vrai plongeur. il plonge dans les bras
du fils prédestiné de dieu. illustrant les inconvénients
de l'amour homosexuel.
et pourtant me voilà qui la mange des yeux. ah spansule.
pilule vide. que m'offres-tu. l'amour peut-être
de judy. judy judy judy. cogne cogne cogne.
je l'aime comme judex (ce magicien à son propre compte)
aimait la bonne. l'image parfaite de la jeune fille.
kodak. la fille d'eve avant d'avoir mangé
l'avocado.
pourtant elle n'a ni yeux verts ni cheveux d'or.
ni bébé ange. ni candidate à la
pantoufle de verre. ce n'est pas le genre de fille
qu'on trouve dans une pub pour le ricil.
pas une garce léchée.
mais la fille que j'aime toucher. nous avons partagé
un lit mais je n'ai pu la toucher. elle s'est tounée
sur le côté. Je ne pouvais la toucher. bruissement
des draps neufs. souvenir très humide. mais je
ne pouvais la toucher. non plus qu'elle ne m'aurait touché.
pri prier prière.
victimes de cette illusion selon quoi les femmes seraient
faites
pour les hommes. radium. J'éteinds la lumière. Je ne la
toucherai pas. au bout d'un temps le désir est vaincu.
se rétracte. se retire. puis dort et dort et
continue à dormir.

Patti Smith - Judith, in Babel, traduit de l'américain par Pierre Alien.

Ô rage




Agréable soirée. Quelques uns de ses amis sont venus. J'ai retrouvé avec plaisir C*, avec qui j'avais sympathisé lors de notre déménagement ; elle nous avait gentiment aidé, ses éclats de rire nous avaient donné une énergie féroce. C* est une femme adorable, sensible, joyeuse, intelligente, mais célibataire. Et je ne sais pourquoi, tout le monde s'affaire à lui trouver un jules. Je pense souvent à cette note de Jeanne qui râlait de ce même état de fait. Pourquoi les gens s'immiscent-ils dans la vie privée des autres ? La solitude les effraye-t-ils tant que ça ? Ou bien est-ce une question de norme ? : une femme célibataire est une femme perdue ? Alors qu'un parisien sur 2 vit seul, si'lon considère qu'il y a autant de femmes que d'hommes à Paris, on peut faire l'hypothèse qu'une femme sur deux se fait emmerder parcequ'elle n'a pas de jules et qu'elle est nulle de ne rien construire - une famille un foyer et tout le tralala - , ce qui fait un total de 536 964 parisiennes bouc-émissaire d'une mentalité machiste de merde putain faut pas déconner travail-famille-patrie on en est encore là c'est ça ? Enfilons nos oeillères camarades, avançons tous au pas, droit devant, pas d'écart, tous égaux non pas en droits mais en devoirs, camarade, tu dois être à l'image de ton pays, fier et digne, ne t'éloigne pas du bord, tu risquerais de sombrer dans ton identité et tes désirs propres merde quoi si c'est ça un pays libre pourquoi nous ligoter comme de vulgaires gigots, pouquoi répondre sans cesse à une norme établie par les plus puissants, pourquoi nier le sujet alors que... le tonnerre gronde au loin...


...tiens v'la la pluie...

Je végète, tu végètes, ...

Végéter [vezete] v.intr. <6> - 1375; bas lat. vegetare "croître", en lat. class. "vivifier". 1. vx Accomplir les fonctions communes au végétal et à l'animal. -> 1. vivre. "L'animal végète comme la plante" (Balz.). 2. (1530) vx ou poét. Accomplir les fonctions propres au végétal. -> pousser. "On setait sourdre, et vivre, et végéter déjà Tous les arbres futurs, pins, érables, yeuses." (Hugo). 3. fig. cour. Avoir une activité réduite, vivre dans une morne inaction, mener une existence insipide. -> s'encroûter, languir. "On ne vit qu'à Paris, et l'on végète ailleurs." (Gresset). # (1835) Rester dans une situation médiocre, dans la gêne, ou l'obscurité. -> vivoter.

Et moi, quand je végète, je fais quoi ?

• Je vis ?
• Je pousse ?
• Je m'encroûte ?
• Je vivote ?

Bon, puisqu'il faut choisir, je décide qu'aujourd'hui, je vis.

Trouble every day

Obnubilée par ce disque, inlassablement bercée par la perçante mélancolie qui s'en dégage, par le goût de sang qui exhale sa saveur à mes tempes sidérées, souvenir de cette scène cannibale aperçue lors d'une soirée, du rire sarcastique de S* qui jouissait de nous offrir tel spectacle, et D* qui cachait ses yeux derrière ses petites mains potelées, envie de vomir, non, moi mes yeux étaient ouverts et ma gorge nouée. Musique lancinante, la nuit s'est effondrée sur mon quartier, voile noir sur le chat qui s'est assoupi en quelques minutes au milieu du tapis, l'homme s'est retiré et pourtant dans mon crâne résonne ce refrain...

Killing theme in my head