J'aurais voulu...

J'aurais voulu vous témoigner mon émerveillement à la vue des vastes champs nappés de blanc. J'aurais voulu écrire au sujet de cette dame que tout le monde prend pour une folle, et qui me parle de rêves et de sa confiance retrouvée. J'aurais voulu dresser la liste de ces amis d'autrefois, qui ont chacun pris un chemin en lien avec leur caractère d'antan, leur histoire, leurs passions d'enfants. J'aurais voulu poser tout ça ici, mes valises de pensées et d'interrogations, là, dans cet espace qui n'en est pas un. Mais voilà, il y a des jours comme ça où tout va de travers. Où l'on tombe de son nuage. Où l'on se ramasse la gueule par terre, il n'y a pas d'autre mot.
Alors je dis
Aïe.
Alors je dis
Merde.
Et puis

je suis retournée ce matin dans mon quartier, mon enfance.J'ai traversé le square aux oiseaux, les yeux gorgés de larmes. C'était toute ma vie. J'aurais voulu tout balayer, ne jamais avoir à y retourner, fuir, fuir... lâchement. Sans lui faire mes adieux. Sans me retourner. Fermer les yeux et oublier, ranger les souvenirs dans les tiroirs, fermer à clé pour ne pas m'effondrer.
J'ai arpenté les rues comme on arpente un cimetière, et je sais que mes sanglots longs n'y pourront rien changer...

Ma banlieue

Pour moi la banlieue c'était toujours gris, comme un mur d'usine, comme un graffiti, les zones commerciales et industrielles sortaient de terre, mauvaises herbes de la production-consommation moderne, tandis que des jeunes à capuches erraient non loin des tours dortoirs toutes de ciment vêtues. Triste tropique en somme.
Ma banlieue. Il fait froid et gris - c'est l'hiver -, mais tout me semble familier et chaleureux. Dans le RER, il y a des tas de gens normaux : des adultes, des enfants, des hommes et des femmes qui sans doutent rentrent au bercail après une journée de labeur. On regarde défiler le paysage comme si on partait loin, comme si on fuyait la ville, la foule, le bruit, on se sentirait presque en vacances si les gens ne portaient pas sur leur visage le masque figé de la fatigue quotidienne. Le bus intercommunal entame ensuite sa course folle - certains chauffeurs sont incontestablement des pilotes de formule 1 nés. Secouée puis éjectée à ma station, je rentre à la maison en passant par l'école élémentaire, songeant à mon Ulysse lorsqu'il sera écolier. On remontera la rue ensemble. "Tu as passé une bonne journée ?" lui dirai-je. Sur mon trousseau, une grande clé, semblable à celle de l'appartement de mon enfance. Je l'introduis dans la porte en fer vert pistache, et me voilà chez moi. Chez moi. Je mets un disque, je froisse des feuilles de journal que je dépose dans la cheminée, je mets une bûche, craque une allumette et m'assois sur le siège africain. Le chat accourt en miaulant, avide de caresses et de boulettes fraîches, la vie me paraît alors d'une douceur enivrante...

Les dents de la mère

C’est un rêve récurent et insoutenable. Je sens d’abord une dent se déchausser, avec facilité. Elle s'échappe, je la garde dans ma bouche, l’air de rien puisque à ce moment là je me trouve bien évidemment en société. Impossible donc de m’en sortir autrement qu’en feignant l'indifférence. Puis, les molaires une à une se détachent de mes gencives, jusqu’à former un tas. Ca devient encombrant, je sens les dents se frôler se cogner les unes aux autres dans l’apesanteur salivaire de ma bouche, c’est absolument désagréable, d’autant plus que d’un point de vue purement pratique je me trouve dans l’incapacité chronique de m’en débarrasser, ce qui, par conséquent, m’embarrasse fortement. Le rêve s’achève bien souvent là, et à mon réveil je passe instinctivement ma langue sur mes dents de porcelaine, bien rangées, bien arrimées, soulagée de n’avoir en réalité pas perdu une once de mon identité.

Un rêve

Je me revois, à dos de grand dragon ailé aux mâchoires menaçantes et au doux pelage, survolant ma conscience. Un sentiment de puissance et de sécurité. Un petit goût d’Histoire sans fin


Rien(s) du tout


Le chat affamé miaule et saute partout. Le chat repu miaule et saute partout.
Note pour plus tard : prendre un hamster.
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Perpétuel hoquet qui nous agace la moitié du temps et nous laisse tranquille l'autre moitié, la vie est une succession de hic et de nunc.
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Une femme concentrée dans le métro lisait un livre. "Pourquoi j'ai épousé ce con".
Un instant j'ai cru que Carla en était l'auteur. Ca serait drôle me disais-je. Je n'étais pas si loin, c'était Laura Bush.
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Je voudrais près de mon bureau créer une salle calfeutrée où je pourrais méditer en écoutant les ondulations orientales de Bojan Z ou sauter dans tous les sens pour extirper ma colère.
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Il y a des matins où l'on ne rêve que d'une chose c'est d'arriver au soir mais on est loin de se douter que la soirée va être mortelle.
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Adieu Guillaume...

Je reste sans voix,
à écouter se mêler celles de Juliette et de Guillaume Depardieu
dans "Une lettre oubliée"...



Y a un truc !

Dans le creux de ma dent fleurit une légère douleur. Je quitte mon boulot. Il est dix-sept heures. Je descend la rue, heureuse comme tous les soirs de retrouver mon Ulysse - ça s'étend insidieusement... Je m'engouffre dans la bouche du métro, espérant lui laisser ma douleur, mais ça continue, elle enveloppe maintenant les dents alentour, puis attaque la gencive. Je visualise un fil infime reliant mes molaires à mon cerveau, ça commence à taper, des ondes algiques cognent dans mon crâne tandis que la ligne treize nous transporte, pauvres cloportes, à nos stations domiciles. Freud avait raison : ‘’L’existence du sujet se resserre autour du trou de la molaire’’. C'est ça. Dolor sum. Les portes s'ouvrent précisément en face de la sortie escalator, je file et m'envole jusqu'au niveau terre, ma putain de dent continue de lancer ses éclairs. J'entre dans le square, Michèle est là. Ulysse quant à lui regarde jouer les petits dans le bac à sable, il me voit, me sourit.
- Ca a été aujourd'hui ?
- Oui ! Votre petit a percé sa première dent !
- ... !!! ??? !!!

Eloge de la paresse

Le panda, étymologiquement "chat-ours", est un mammifère noir et blanc et "carnivore mais herbivore" (cf. définition du Larousse) : d'entrée de jeu l'on voit bien à quel point le panda est incapable de prendre des décisions.

Vous me direz : il faut être con pour être carnivore mais herbivore, et là je vous répondrai : vous avez raison, cependant, voici une explication : le panda est une espèce d'ours mal nourri : naturellement bouffeur de viande mais trop lent pour chasser, il serait devenu herbivore malgré lui. Si ça n'était que ça, me direz-vous, ça ne serait pas bien grave. Mais il y a un problème : son intestin de carnivore digère mal la verdure (fichtre !). Les bambous sont si peu caloriques qu'il doit en consommer pas moins de 30 kg par jour. Ca fait beaucoup. Et ça doit le déranger un max au moment de la digestion.
L'on pourrait aisément imaginer le désarroi du panda face à une proie animale : la faim, la frustration, la résignation, le désespoir !
Que nenni. Malgré sa dégaine de looser, le panda ne souffre pas de frustration. Car c'est un animal gentil qui sait se contenter de peu. Les montagnes chinoises regorgent de bambous, le panda s'en accommode, quitte à avoir la chiasse toute sa vie et à renoncer à la chair fraîche. L'important n'est-il pas d'avoir la panse bien remplie, fut-elle de plantes dégueulasses et indigestes ?
Lent, et, nous l'avons vu, pas pinailleur pour un sou, le panda n'en reste pas moins un animal doté d'une grande paresse.
Cela peut s'observer lors de la procréation (un bien grand mot pour un animal si paresseux qu'une simple partie de pattes en l'air l'emballe autant que d'escalader l'Hymalaya)
Avant d'aborder le sujet du comportement sexuel pandesque, il me semble nécessaire de préciser que la nature s'est décidément acharnée sur ce pauvre animal puisque la période de rut des mâles et les chaleurs des femelles ne coïncident pas toujours. De plus, la femelle n'est réceptive que deux jours par an. II faut donc une conjonction heureuse pour que la rencontre porte ses fruits.
Par conséquent, le panda, grand assisté qu'il est, n'a pas forcément les idées en place lors de la saison des chaleurs. Préférant se la couler douce et bouffer son bambou peinard, il est parfois nécessaire, pour perpétuer l'espèce, de stimuler l'animal pour le remettre sur le droit chemin, celui de la femelle ouverte à toute proposition (deux jours par an, souvenez-vous). Pour ce faire, l'utilisation de moyens modernes et typiquement humains est de mise, comme l'insémination artificielle ou …la projection de films pornographiques (mais ça n'est qu'un exemple et nous ne voulons pas savoir ce que font les soigneurs devant les cages des pandas pour leur donner des idées, ah ça non, nous nous y refusons.)
La paresse pandesque ne s'arrête pas là, chers lecteurs.
En effet, dame panda gravide (lorsque sieur panda a réussi son coup), lasse de se traîner une petite crotouille dans la panse, ne porte son petit que trois à cinq mois. A la naissance, le petit panda ne pèse pas plus de 100 grammes, soit le poids d'un steak haché tout plat de la cantine. L'on peut en conclure que dame panda ne se foule pas des masses et qu'elle est partisane du travail bâclé et du moindre effort, ce qui, tout compte fait, ne nous étonne pas tellement.
Les portées sont constituées de un à deux petits, dont la viabilité est fragile, il arrive souvent qu'ils trépassent dans les premiers instants de leur vie. Cependant, lorsque dame panda a plusieurs petits vivants, elle ne s'occupe que d'un seul et les autres meurent rapidement, sans doute parce que l'énergie nécessaire pour en élever plusieurs est trop élevée. On retrouve parfois au sol, écrasés par le poids de leur mère, les galettes des petits rejetons abandonnés à leur triste sort.
Enfin, dernier point, la durée de roupillage du panda confirme nos conclusions, puisque ce dernier dort 12 heures sur 24, soit la moitié du temps. Mais, manque de pot, il ne peut guère hiberner car le bambou ne fournit pas une nourriture suffisante pour cela.
Pour terminer, il faut savoir que le panda apprécie l'eau et aime s'abreuver au bord des rivières. Parfois il lui arrive de ne plus pouvoir marcher tant son ventre est lourd, il peut également s'affaler et piquer un somme avant même d'avoir quitté le point d'eau.
C'est dire s'il est flemmard.
La conclusion de cet exposé est sans appel : le panda est un animal qu'on se demande à quoi qu'il sert et comment qu'il fait pour exister encore à notre époque où la productivité, la rapidité, la vivacité d'esprit, l'efficacité, la rentabilité, la communication-à-tout-prix, la séduction et le cul sont de mise.
C'est ce qui me fait penser que le panda, dans son aspect absolument excentrique et inutile, représente dans notre société bien plus qu'un animal : c'est un symbole de résistance, un éloge de la paresse.

Song of love

L'appartement

Cette nuit, j'ai rêvé de la pluie. Des trombes d'eau s'abattaient sur le jardin de mon enfance. La porte de la cuisine était ouverte, et, craignant que l'eau ne pénètre dans l'appartement et emporte tout sur son passage, je fermais le petit loquet - puisque la poignée depuis toujours était hors d'usage. C'était une vieille porte vitrée que Brahim avait installée provisoirement. Elle était restée comme ça, des années durant. Le loquet était arrimé à un petit pan de mur habillé d'un fin radiateur. J'aimais m'y adosser pour me réchauffer tout en observant les bambous par la vitre, les chats qui partent en vadrouille sur les toits, dans l'hiver parisien. Face à ce mur, il y avait la grande table de ferme, massive et irrégulière, un banc en bois un peu bancal, et un petit tabouret vert : la place de mon père. Le matin, j'attrapais des pains au chocolat dans le meuble collant de graisse, au dessus du frigo. La machine à café ronronnait, mes parents dormaient encore. Je passais par le jardin pour ne pas les déranger. Julien étirait ses pattes en baillant sur le linge négligemment posé sur le radiateur du salon, les yeux mi-clos et l'air confiant. C'était un gentil chat tigré que ma mère avait recueilli, abandonné avec son frère au bord d'une route. Il subissait mes jeux d'enfants avec patience - je l'enfermais dans une cabane de coussins, je jouais à la dame qui abhorre les chats, puis à celle qui vient le sauver et le couvre de baisers... Le pauvre ne devait rien comprendre, si tant est qu'il ait pu un jour comprendre quelque chose... Il miaulait souvent, posté devant la porte de la véranda, et lorsqu'on lui ouvrait, il sortait puis faisait aussitôt demi-tour pour rentrer. Le chat exige d'avoir entière liberté. Tout obstacle doit être éliminé, toute porte doit donc rester ouverte, au cas où il lui prendrait l'envie de sortir, même s'il passe en réalité la journée affalé sur le linge chaud du radiateur. Lorsque, vers dix-huit heures, j'entendais la porte de l'immeuble claquer, le tintement particulier des clés dans le couloir, devinant l'imminence de l'arrivée de mon père, je partais me cacher n'importe où. Derrière la chauffeuse rose du salon, ou, beaucoup plus loin, dans la cuisine, adossée au mur de sorte qu'on ne me voie pas. Je m’interdisais de voir mon père entrer dans l'appartement, je jonglais entre la jubilation, la peur, et sans doute l'envie qu'il me cherche. Qu'il aille à ma rencontre. Un jour je suis restée dix minutes dans la cuisine. Il ne m'a jamais cherchée, ni trouvée d’ailleurs. Dans mes rêves d’enfant, il me poursuivait avec un couteau pour me tuer. J’étais à la fois terrifiée et réjouie de son vif intérêt pour moi, aussi funeste soit-il. Aujourd’hui, on a peur de perdre le fil, on s’admire et on s’aime en silence. Dans quelques mois, le premier étage de l’immeuble fera son entrée dans le royaume des souvenirs et des rêves. Ancien atelier de mon père et ancien appartement ayant abrité mon adolescence, le premier sera le dernier. Je quitterai le nid, et vingt-sept années de ma vie. Dans ma tête se dessinent les perspectives de l’appartement et se mêlent les souvenirs de toute une existence. Bientôt, le théâtre des rêves ouvrira le rideau sur ces années de bonheur, invitant les spectres tant aimés de mes chers disparus, et dans un spectacle nostalgique je pourrai retrouver pour un temps tout ce qui n’est plus…

Fatiguée

[...]Je voudrais être un arbre, boire à l'eau des orages
Pour nourrir la terre, être ami des oiseaux
Et puis avoir la tête si haut dans les nuages
Pour qu'aucun homme ne puisse y planter un drapeau
Je voudrais être un arbre et plonger mes racines
Au cœur de cette terre que j'aime tellement
Et que ces putains d'hommes chaque jour assassinent
Je voudrais le silence enfin et puis le vent [...]

Renaud - Fatigué

Amy

Amy est partie. Envolée. Où est-elle me dit-il.
Où est-elle ?
Je voudrais croire qu'elle me voit, qu'elle m'entend.
Elle est peut-être ici, ou peut-être là, dans ma tête, dans l'air que je respire. Dans mon coeur.
Ma mémoire.
Amy est partie, je ne sais où.
Elle a largué les amarres.

Le dernier jour de sa vie,
elle a pris le visage de ses enfants entre ses mains trop maigres,
et puis elle a souri.
La lune dans son drapé noir
l'a saluée,
ultime croissant de nacre,
et puis
un cri a déchiré la nuit.
C'était Chloé, effondrée au chevet du lit de sa
maman.
-
Amy ne rit plus, elle ne raconte plus d'histoires.
Elle est morte et danse en nos mémoires
délivrée de son compagnon d'infortune,
Aloïs
-
J'entends son rire, éclatant de liberté
celui-là même qu'elle laissait échapper
lorsqu'elle écoutait la douce mélodie
du violon iranien.
Elle était amour, poésie et joie.
Amy est
Libre
maintenant,
scintillant gracieusement
dans la nuit éternelle.

A ma place

Je passe mon temps à m'interroger sur le Temps. J'ai arrêté de travailler pendant presque dix mois, et j'ai le sentiment, en reprenant ma "place" au boulot, que je ne l'ai jamais quittée. Quelques choses ont changé. Certains sont partis, d'autres sont arrivés, et mon bureau malgré mon remplacement est resté intact. Ma coquille. Les deux tableaux ont été accrochés, les roses en plastique sont toujours là, je retrouve ma belle bibliothèque à vitrine et l'affiche de De la Tour, derrière la porte. Quelques jours ont suffi. Je m'y sens bien.
Les trois premières journées, en quittant Poupinou le matin, j'ai ressenti un grand vide, ça tournoyait dans ma tête, ça creusait mon ventre, j'avais besoin de le sentir contre moi, de le voir sourire, d'entendre ses éclats de rire, d'être avec lui tout simplement. Les larmes n'étaient pas loin. Et puis le travail a masqué le manque, et lorsque le soir j'apprenais que mon fils avait été sage et joyeux, je ressentais comme une déception. Lui n'avait donc pas été triste de ne pas me voir... Peut-être ne m'aimait-il plus ? ... Je souriais intérieurement d'être aussi sotte, je pensais que tous les parents devaient passer par là. La fameuse séparation ! Mais...
j'ai découvert le bonheur de retrouver Poupinou le soir.
J'ai redécouvert le plaisir de travailler, de me sentir utile pour les autres, la société.
Je redécouvre le soulagement d'être en week-end, deux jours complets de liberté !
Et je me découvre capable de conjuguer amour, famille et travail.
Reste à retrouver mon énergie d'antan : je suis peut-être une super-woman mais je traîne la patte et mon lit me manque encore trop souvent...
Mais, comme toujours : il faut laisser du temps au temps (drôle d'expression, tiens !)

Couleur caca

Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. Demain matin, j'irai au boulot. Demain matin, je me lèverai tôt. J'ai pas envie d'être demain matin.

La mer

J'ai tant d'images en tête, que les mots peinent à fleurir...

Je revois Ulysse, jubilant au départ du bateau et souriant à tous ses passagers, nos empreintes à tous les trois sur le sable mouillé, la découverte du Domaine du Rayol (c'est un jardin extraordinaire rassemblant des espèces d'arbres du monde entier), je nous revois, ébahis, lorsque Ulysse, d'une voix limpide et adorable, a murmuré "Maman... Papa !" - simple coïncidence phonique : il passe son temps à aligner les syllabes pour inventer son propre langage - mais quel bonheur d'entendre ces "presque-mots" !
La Méditerranée ornait tantôt un bleu profond, presque marine, tantôt un bleu léger frisant le turquoise, si pur ! Les paysages étaient somptueux, mais je n'ai pas trouvé la douce mélancolie de l'océan, la poésie de l'Atlantique. Ici tout n'est qu'esthétique, tout est carte postale. Les côtes sauvages sont bien rares, la plupart du temps elles sont délimitées par des barrières, des murets de pierre : comme dans un zoo la nature à l'état pur n'est accessible qu'à condition qu'on en soit éloigné. La Côte d'Azur abonde d'habitations, de gens, de bruit, c'est une fête permanente sans plages de silence ni de rêverie, où règnent le paraître et la sur-consommation. Me reviennent en mémoire notre maisonnette en pierre au coeur d'Oléron, nos promenades en bord de mer, le soir venu, l'horizon, signe d'infini, et la quiétude d'un bonheur simple et discret...

Ma maison, c'est quelqu'un !

En somme, une maison est comme une personne. Lors de la première visite, on se fait beau, on se pomponne, on frémit d'impatience et d'angoisse jusqu'à ce qu'on sonne. La porte s'ouvre, on entre, et en un coup d'oeil un coup de coeur on se dit - ou pas - qu'on l'aime comme personne.
On visite chaque pièce comme une facette de sa personnalité. L'épaisseur des murs devient épaisseur de caractère, les poutres soulignent son charme authentique, les pierres rassurent, le parquet chaleureux séduit les pieds nus, la chaleur de l'âtre délasse et nous enveloppe d'un sentiment de sécurité, les arbres brandissent leurs feuilles comme un hymne à la liberté...
Tout cela est bien beau, mais après la rencontre et le coup de coeur vient l'accomplissement du désir : le pacte d'union ! Le bal des rencontres aboutit donc à une promesse, douces fiançailles immobilières... On se dit oui, on espère. Le temps déroule alors son fil, et puis un jour, face au trait d'union que représentent maire et notaire, on fait plus trop le malin. Sourire niais, mains qui tremblent et coeur palpitant, on nous invite après quelques belles paroles techniques, à inscrire au bas de la feuille notre nom. Notre nom qui dit oui, qui nous embarque pour des années de bonheur, dans notre chez-nous. Alors on signe, satisfaits, sachant pertinemment qu'il faudra attendre quelques mois avant de vraiment la connaître, notre belle inconnue qui nous semble si familière.
En attendant, on l'imagine, toute de blanc vêtue et prête à nous accueillir en son sein, notre belle mandrionne, l'élue de notre coeur...

Ecriture automatique

Arrachés les acres des études enfantines, il espère décrocher la plume pour un avenir brouillon, vandalisme lunaire destiné à accroître le rendement du fils. Ses arcades sourcillent dans la pénombre austère comme un fil de plomb pendu à mes lèvres, il voudrait croire en elles, sans ailes, sans œufs, mais la nuisance perdure, indélébile. Le chat mandibule devant ses oies trop sages, lames acérées prêtes à dévider leur drogue. Il taillade sa route avec aisance, sûr de pleuvoir en son crâne suffisamment de turpitude, illusion funeste du maître haut voltigeur.

Alors...

... nous sommes nés un 12. Nous nous sommes connus un 12. Nous avons signé le 12 !!! biggrin
Oui ! Si tout se passe bien la maison bientôt nous appartient !!!
I had a dream...
Fini Paris ! Terminé la musique en sourdine des voisins ! Fini les heures perdues à chercher une place de stationnement ! Adieu l'odieux voisin qui rote jure et pète dans les escaliers ! Terminado le bruit fracassant des bouteilles en verre jetées dans le contenaire ! A pu les troupeaux de mammouths qui dévalent les escaliers !

De l'espace !
De l'air !
Du vert !

Une nouvelle vie !

J-3

Le courtier a dit "ui"
Le proprio a dit "ui"
Notre banque doit nous faire une proposition.
Dira "ui" dira "non" ?
On y retourne samedi
dans not' p'tit coin d'paradis
le stylo à la main
et le coeur serein...

Je l'aime.

Oui, je l'aime !
Lorsque je l'ai vue, mon coeur a battu la chamade. Elle, si belle, si chaleureuse, si charmante ! C'est elle que j'attendais, avec la même force qu'il y a deux ans passés, lorsque j'attendais mon aimé.
Comme lui, elle est arrivée.
Je nous y vois, tous les trois avec le chat, y faire notre petit nid. Lire le soir au coin du feu, boire un jus de fruits bien frais dans le jardin, planter des bambous et des fleurs, mitonner de bons petits plats dans la cuisine, jouer à cache-cache avec Ulysse, se prélasser dans un bon bain, retrouver l'intimité et le confort d'une vraie chambre, regarder le chat jouer dans les escaliers, écouter de la musique sans se soucier des voisins...
C'est un petit val (de marne !) qui mousse de rayons.
La semaine risque d'être longue et remplie d'excitation mêlée à l'angoisse.
Alors s'il vous plaît, priez Sainte Rita, dites-nous merde ou touchez du bois, mais, par Zeus ! ne restez pas les bras croisés, nous avons besoin de bonnes pensées !

[edit 03h52] Impossible de fermer l'oeil. Les images défilent dans un ballet incessant de projets et de possibilités d'aménagement. Je dois me raisonner, penser qu'elle peut très bien nous échapper, mais une force incommensurable me sussure au fond de moi que nous aurons cette maison - les ailes du désir.
3h56, j'attends le lever du jour, j'attends de pouvoir enfin sauter sur mon téléphone pour appeler le courtier. Miroir mon beau miroir dites-moi que nous avons assez de sous ! - je crois que je vais aller m'allonger, l'impatience et l'excitation me font perdre la raison...

C'est arrivé près de chez vous

Rue d'Alésia. 15h37. Une vieille radasse promène son connard de clébard qui s'arrête net devant un parterre de fleurs pour le renifler,

et elle de gueuler :

- Arrête de r'niffleeeeeeeeeeeeer tu vas m'faire une hépatite céééééééééé !!!!

Tout de suite

[Frisson d'amour]
Je ressens à l'instant le besoin irrépressible de me lover dans ses bras
[Frisson de bonheur]

Ma voisine me l'avait bien dit...

Coup de fil avec une assistante maternelle pour garder mon fils à la rentrée.
Fin de la conversation :

- Et... il s'appelle comment ?
- Ulysse.
- Uli ?
- Non, U-Lysse.
- Comment vous écrivez ça ?
- U-L-Y-S-S-E
- Ulysse ?
- Oui
- Ah bon ?
- Ben euh oui
- Ah... (perplexe)

On raccroche. Je peste "Ah encore une inculte ! Et puis quoi, qu'est-ce-qu'elle voulait dire par "Ah bon" ? Pff encore une qui croit que c'est un nom de klébard !"

Le téléphone sonne. C'est elle.

- Oui, désolée de vous déranger, je vous rappelle pour m'excuser de ma réaction, en fait... j'étais étonnée, parce que... Ulysse... en fait... c'est le nom de mon chien !
- ...

© JC le poulet

Alors que je cherchais dans une boutique des figurines de Gaston Lagaffe pour mon père (ce qui m'est récemment arrivé dans la vraie vie lors d'un vide grenier), je tombai sur un curieux objet. De forme ovoïde, en bois gravé de signes indéchiffrables, la mystérieuse chose représentait la complémentarité des polarités opposées. Elle symbolisait le Tout, l'Univers. Parmi les inscriptions gravées, l'on pouvait lire Eros et Thanatos. Je saisis l'objet sous lequel était inscrit "JC le poulet". Nul doute, notre ami psychaphile avait lancé une vaste entreprise de marketing, et il avait bien raison puisque cela marchait. On trouvait ses produits déjà un peu partout, et j'imaginais alors l'étendue du phénomène : on trouverait peut-être des cigares Freud, des magnets cadavres exquis spécial Lacan, des jeux vidéo Eros VS Thanatos, des yoyos Fort-Da, des détecteurs de refoulement, des machines à vivre ses rêves, des pin's de Sade, et peut-être même un concept de "danse de l'hystéro", qui ferait un malheur dans les cours de récré...
La JC le poulet Factory était lancée, et j'étais convaincue qu'elle connaîtrait un essor sans précédent...

Les Chats Rues

Découvert au Festival pour un Autre Monde, le groupe déjanté "Les Chats Rues" m'a bien plu ! On écoute en boucle avec Ulysse, et on miaule en choeur avec Léaud !




http://www.leschatsrues.fr

Tripalium...

Aujourd'hui je suis passée devant mon boulot. Gros coup de déprime, vent de panique à l'idée d'y retourner dans deux mois, de reprendre ma vie d'avant. Sans mon gros ventre, sans leurs bonnes intentions. Poupinou in the crèche - terminées les journées de bonheur absolu. Comme tout le monde je verrai mon bébé le matin un p'tit peu, et le soir un p'tit peu. C'est ça la vie. Déjà dès demain c'est mon homme que je ne verrai plus qu'un p'tit peu. Il a trouvé un boulot normal. Il se lèvera à 7h30 se rasera et partira au turbin sacoche en main. Moi qui nage dans le principe de plaisir comment j'vais faire ? Je voudrais tout ma vie prendre mon temps. L'observer. Le regarder filer, lentement. Passer sa vie à travailler, ah ça non. Tout nous échappe. Tout s'accélère, parce que dès le lundi matin on espère qu'une chose, c'est arriver au vendredi soir.
Alors forcément on ferme les yeux la semaine durant, on regarde là où on nous dit de regarder, on fait ce qu'on nous dit de faire. Et puis on ouvre enfin les yeux, semaine achevée, deux jours de liberté devant nous, deux jours qu'on espère lents et plaisants, on voudrait en profiter, mais ils nous glissent entre les doigts, et s'enfuient aussi vite que les jours de labeur. La valeur travail ! La valeur rien-foutre, oui ! J'aime mon boulot mais ce soir je clame mon immense désir de ne plus y foutre les pieds ! Je suis nulle, j'ai pas envie d'être à ma place, j'la donnerais bien tiens ! J'veux pas écouter, analyser, prendre des décisions, gérer, m'interroger, travailler en équipe, bah !! J'veux pas voir leurs têtes ! Ni entendre leurs plaintes, leurs gémissements, leurs angoisses ! Bah ! J'veux rester au chaud dans ma p'tite bulle de joie avec mon chéri mon bébé mon connard de chat et mon p'tit chez-nous. J'veux rien qu'du plaisir rien qu'du bonheur que des beaux projets, j'veux rester sur mon nuage, pas redescendre - pour quoi faire - balayer le principe de réalité, camper sur ma position de grande gamine qui veut pas r'tourner à l'école. Et puis c'est tout.

Peinture de Carmen Segovia

Remember

Ciel gris, homme parti. Il a plu quasiment toute la journée : les pétales de mes géraniums sont assommés, je n'ai pas mis le nez dehors. Aux gogues je lis un petit livre charmant d'Henry Miller "Lire aux cabinets". J'attaque également "Replay" de Ken Grimwood. Pour l'instant ça me plaît bien, mais il me manque indéniablement un cadre pour lire. Oui. Une mouvance ronronnante. Les néons matinaux. Les arrêts pour lever les yeux et se reposer un instant de sa lecture. Oui. Pour lire il me manque le métro.
Je suis tombée bien bas.
Ce soir mes pieds sont glacés mais je n'enfilerai pas de chaussettes, j'aime sentir sous ma peau le parquet parfum de cire.
J'écoute ce merveilleux album "L'inutile", d'Higelin & Areski. De la poésie à l'état pur, du rêve, de l'amour et du cauchemar aussi. Remember...

>> ♫ Higelin & Areski - Remember

Le calme après la tempête

Ulysse boit son biberon avec vigueur, en véritable conquérant. Ses petites pognes saisissent l'objet pour mieux le retenir, s'assurer qu'il ne se décollera pas de sa bouche. Il me regarde fixement, intensément. Sérieux comme un pape. Il s'enfile son bib à la vitesse de la lumière, quelques minutes tout au plus. Lorsque la tétine ne contient plus que de l'air, la frustration et la colère grondent. Un instant seulement. Puis ses paupières chargées de sommeil se ferment, sa bouche mignonne continue de téter dans le vide, comme un doux archaïsme. Ses bras se détendent, sa lourde tête bascule sur le côté et son souffle se fait plus lent, Morphée n'est pas loin. Je contemple son visage de porcelaine, ses petits poings serrés, sa posture abandonnée et confiante, savourant le bonheur simple d'être maman.

Back home

Voilà, c'est fini. En arrivant à Paris je m'étonne de sa densité : les gens vivent les uns sur les autres, entassés. Les voitures ne trouvent pas de place, les passants non plus, les trottoirs sont étroits et tout manque d'espace. Ma maison est en carton, sans pirouette ni cacahuète. On s'entend, on se gêne. On voudrait pousser les murs et dessiner à la fenêtre un peu de nature. Quelques arbres, des oiseaux. Ici il faut tendre le cou pour voir la couleur du ciel. Ici, on voit bien les autres chez-soi, l'immeuble d'en face, les stores qui se ferment pour préserver l'intimité, on voit bien les enseignes publicitaires, cyber-café, photocopies, monoprix... Je cherche une brindille, un chat qui se promène, les petites pâquerettes qui habillent l'herbe bien verte, je tends l'oreille, en vain. Le chant des oiseaux est loin. Le silence des vignes à perte de vue est loin. Je tourne en rond dans ma maison de poupée, petit appartement parisien, je m'évade dans mes pensées et dans de beaux projets, en attendant un nouveau départ, l'été prochain...


Sur le départ

Partir, enfin ! Charger la bagnole à bloc avec tout le bordel destiné à satisfaire les besoins de baby-chou pendant deux semaines... écouter Juliette, Renaud et Souchon, chanter comme des casseroles, mâcher des chouine-gommes et se passer la bouteille d'eau... faire des pauses pipi-changebaby-bib-sandwich-café sur l'autoroute, comme des beaufs, foutre des miettes partout, acheter le énième magazine spécial mamans, avec en cadeau un bavoir en plastique ou un pare-soleil pour la ouature... jouer au jeu "à quoi tu penses ?", regarder défiler les lignes blanches de l'autoroute, jusqu'à ne plus voir qu'une seule et même ligne, continue...
... observer le ciel, la forme des nuages (hélas pas d'ours ni de lapins comme dans Amélie Poulain), parler de tout, de rien, regarder les connards qui mettent pas leur clignotant et qui doublent par la droite. Râler. Dormir un peu, comme Poupinou, bercé par le ronron du moteur, se tordre le bras pour chercher la tétine coincée derrière son épaule, caresser son crâne duveteux, lui dire "t'inquiète pas mon bébé, on arrive bientôt" alors que c'est même pas vrai, on arrive dans longtemps... un jour il me demandera "C'est quand bientôt ?", je serai bien emmerdée. Quand j'étais gamine, lorsque ma mère me disait "Dans cinq minutes", je lui demandais toujours "C'est quoi cinq minutes ?" Ne sachant pas quoi répondre elle finissait par dire"C'est bientôt"...
Demain on boucle les valises, en route pour le sud, les retrouvailles familiales, le bonheur de partager du temps avec ceux qu'on aime...

Keywords analysis # 2

Suite à ce premier article mêlant en un texte les mots clés repérés par les moteurs de recherche pour arriver sur mon blog, voici un deuxième melting pot :

L'orage va gronder, promets moi de signer pour cent ans. Les ennemis de Pernaut, gracieux, font un rêve où des enfants glissent comme des fantômes dans le frigo dans l'antiquité. Le temps des noyaux a perdu la main. Arthur, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi ! Viens chez moi .... on se mettra sous les draps pour regarder la pluie
Entre ma femme et moi pas d'équivalent… ça ne fait rien viens donne moi la main !
Zoé, la femme nue aux petits seins (démarche féline du chat), pied dans le sable mouillé, pleure quand il pleut. Ses cheveux abîmés par le vent fourmillent dans les étoiles, et sa culotte transparente dessine un cœur, c’est la solitude de l’ange.
Voila combien de nuit que les deux fillettes enfouies sous une pierre vivent leur secret ? Y a-t- il de l’eau sous le cerisier turquoise ? Les enfants voyagent sur un fil, leurs paroles me frôlent de leurs regards penchés sous les tambours du mektoub.
Chantons tous mazaltov ! Les empreintes merveilleuses de nos pas prient la naissance d’Ulysse ! La fouine et le chat promettent un beau voyage…

Du nord au sud

Depuis mon article sur mon incapacité actuelle à rêver (ou à me souvenir de mes rêves), une déferlante de songes, plus riches les uns que les autres, emplit mes nuits. Ce matin, je me réveille avec cette chanson de Louise Attaque dans la tête.


Des mois que je n'ai pas lu. Vais essayer de décoller mon nez de cet écran et me remettre à profiter pleinement de mes heures perdues. Ca commence avec "L'histoire de l'amour" de Nicole Krauss. Du nord au sud, peut-être une envie de voyager à travers les mots...

Que sont mes rêves devenus ?

Envolés, pfuit ! Plus un songe à l'horizon. Le vent de la nuit ne vient plus caresser mes pensées ensommeillées. Plus d'images. Fini les retrouvailles avec mes chers disparus. Ecran noir. Comme si les pleurs d'Ulysse effaçaient tout. Toute l'énergie de mon sommeil semble se fixer sur mon corps - le détendre, le défaire de ses noeuds, de sa lourde fatigue de la journée. Ce qui se passe là haut, ça ne l'intéresse plus. Lorsque j'ouvrais les yeux, je voyais les courbes de mon homme endormi, le mur de livres, et la chevelure tombante de la plante suspendue. Maintenant je ne vois plus que le voyant lumineux - tantôt vert tantôt rouge - de l'écoute bébé, comme un signal d'alarme dans la profondeur de la nuit.
L'espace manque, l'espace du désir et des rêves.
Le temps aussi, celui de la contemplation et des promenades intérieures...
Je veux bien troquer mes rêves contre les sourires radieux de mon bébé, mais pour un temps seulement. Un jour, nous apprendrons à nous détacher doucement l'un de l'autre, et ce sera peut-être l'occasion pour mes songes de revenir et de se loger à nouveau dans les creux de mon âme...


Caspar David Friedrich
Voyageur contemplant une mer de nuages

Une lettre oubliée


"Profitez-en, ça passe vite..."

Voilà ce que me disent souvent ceux qui sont au crépuscule de leur vie. Longtemps j'ai pensé que j'avais toute la vie devant moi. Des rails à perte de vue, de temps à autres une gare. Faire des choix : suivre une route plutôt qu'une autre. Dérailler. Traverser l'espace et le temps. Et pourtant... dès les premiers instants de la vie nous sommes plongés dans une course que seule la mort arrête. Terminus. J'avais toute la vie devant moi lorsque j'ai vu le jour. Depuis, elle se consume, inexorablement. Tout ce que j'ai vécu, je ne le revivrai jamais. Des grains de sables qui s'envolent.
Il y a deux mois, lorsque mon fils est né, j'ai immédiatement pensé "Ca y est, c'est la vraie vie qui commence". Celle d'avant me semblait incomplète, inaboutie, un préliminaire, un amuse bouche. Je repense à mon grand ami barbu qui m'a dit un jour "J'attends que ça commence !"... Nous avons tous une certaine idée du point de départ. Pour certains ce sera le premier baiser. Pour d'autre le premier enfant. Et pour d'autres enfin ce sera un point à atteindre, l'espoir d'un bonheur futur. Or la vraie vie, c'est celle qui nous anime. Profitons-en, ça passe vite ; chaque moment qui s'écoule finit bien rangé dans notre histoire. Quelquefois dans notre mémoire - pas toujours. Combien de souvenirs avons nous égaré ? Que restera-t-il lorsque, fatigués, nous nous retournerons sur notre passé, à compter les petits et grand bonheurs, les petites et grandes douleurs ? Ecrire, photographier : illusion d'éternité. C'est marquer d'un sceau notre temps vécu, soyons honnêtes il n'en restera rien, si ce n'est le plaisir de l'instant... Sentir, voir, rire, s'émouvoir, voilà peut-être l'unique fondement de la vraie vie. Comme disait l'autre, "the rest are details"...

* gravure de Patrice Berthon

Grand-Père

Hier il eut un rire léger que je ne lui connaissais guère, ce même rire que j'avais entendu au téléphone deux mois auparavant, la nuit où je lui avais annoncé la naissance de son petit-fils. Je découvre en lui cette légèreté, ce bonheur simple et limpide de tenir Ulysse dans ses bras, de le regarder, de tenir dans sa grande paluche sa petite main potelée. Lui qui se vante toujours de ne pas aimer les bébés, le voilà pris au piège. Celui-là ne parle pas encore, mais il sourit, babille et s'endort volontiers dans les bras de celui qui l'a nourri de bon lait, mine satisfaite et repue. En fait, il n'est pas comme les autres, non, ce bébé là, il l'aime, sincèrement. C'est un joli petit bourgeon qui porte en lui la promesse de la continuité et de la transmission.
Mon père, devenu Grand-Père doux et aimant, pose sur son petit-fils un regard protecteur. Ulysse quant à lui lève les yeux, s'agrippe au doigt de mon père, et se laisse aller à une farandole de sourires. Je les regarde avec émotion, je savoure la beauté de l'instant...

Mon frère

Il m'a dit "Le jour où je t'ai vu dans les bras de maman et qu'elle a dit "C'est mon enfant", j'ai été profondément jaloux. D'ailleurs je suis parti..."
Bizarrement, je n'ai jamais pensé que mon frère avait pu être jaloux de l'amour que ma mère avait pour moi à ma naissance. J'ai toujours pensé qu'il enviait plus que tout cet équilibre familial qu'est la triade père-mère-enfant, lui qui n'a presque pas connu son propre père. Evidemment, après seize ans d'un amour maternel exclusif, d'une relation fusionnelle parsemée de piques et de tendresse, il ne pouvait que lui en vouloir. Celui-là est grand maintenant, j'en fais un autre, une autre, toute jolie, toute neuve, l'autre je le mets à la poubelle. Il lui en a voulu, il lui en veut encore, il m'en veut toujours...
Comment a-t-il dépassé cette étape (pour ne pas dire épreuve) ? Quel a été le cheminement de sa pensée, lui qui m'a accompagnée à l'école, gardé le mercredi, chatouillée et choyée ? Dans sa belle Ford bleu-turquoise, il venait me chercher à quatre heures. "C'est mon frère !"disais-je fièrement à mes camarades. Lui sautait la barrière avec souplesse et désinvolture, comme un flic de Miami, comme un héros. Et puis il me raccompagnait à la maison - qui était à cinq cent mètres - en faisant crisser ses pneus, "comme Starsky et Hutch !". J'étais heureuse. Figure paternelle, il a comblé les manques de mon père. Au moins, avec lui, je m'amusais, je riais, j'étais un peu amoureuse de lui, forcément c'était mon héros. Mon père, lui, était trop sérieux, trop absent. Je l'ai admiré plus tardivement.
Mon premier souvenir de cauchemar représentait mon frère. J'avais six ou sept ans, je m'en souviens comme si c'était hier... Un chinois se tenait assis sur une chaise au beau milieu d'un hangar entouré de haies, c'était lui (à l'école on me demandait souvent s'il était chinois car ses cheveux étaient très noirs). Dans sa main, un couteau. Il voulait me tuer. Et moi, brebis égarée, terrorisée, je n'avais aucune issue, j'allais me faire manger toute crue. La seule solution était de feindre l'admiration pour qu'il m'épargne, qu'il ne me croque pas. Je grimpais sur ses genoux et caressait ses cheveux en le flattant. C'était puant puisque feint, mais j'étais contrainte d'accepter sa haine envers moi et de renverser ma peur de lui en un amour fraternel fondé sur la séduction et l'admiration. Cette peur, c'était peut-être tout simplement un sentiment de culpabilité - d'avoir volé l'amour maternel, d'avoir eu un père et une enfance heureuse.
Je repense à ce rêve, à notre histoire, et la compréhension que j'en ai se résume à ce postulat : "Aimer mon frère c'est lui dire pardon...". J'ai encore du chemin à parcourir pour démêler les noeuds et y voir plus clair, aujourd'hui la vie fait que nous avançons tous deux vers une forme de maturité. Je ne suis plus celle que j'étais, quant à lui, il élabore, exprime davantage son ressenti. Nous connaissons mieux nos forces et nos faiblesses, nous savons nous parler : nous sommes désormais deux adultes face à la vie.

Emilie is back !

Quel bonheur de retrouver Emilie, petit chaperon rouge de mon enfance ! Avec son mignon hérisson Arthur, il lui arrive mille aventures ! Elle a aussi un petit fauteuil, un ourson à la patte cassée, un grand frère, Stéphane, et une petite soeur, Elise. Le dessin est sommaire mais suffisant. Du rouge, du vert, du blanc. Aucun artifice, l'essentiel est là.
Comme la mémoire est étrange. Le souvenir d'Emilie n'aurait jamais pu émerger de façon spontanée. Pourtant, lorsque mes yeux ont balayé le rayon des livres d'enfants, mon coeur a bondi, sûr d'avoir reconnu une image amie, ancrée en moi depuis des lustres. Elle n'a pas changé, Emilie. Ses petits souliers rouges, son sourire adorable, son bonnet joli... Comme les Trois Brigands, comme le Loup blanc banni par les hommes, comme Le Chat qui s'en va tout seul, Emilie tapie au fin fond de ma mémoire, a resurgi avec force, retrouvant toute sa fraîcheur ! Mais cette fois-ci, ça n'est pas pour moi, non, c'est pour Ulysse. Il découvrira bien d'autres livres inconnus de nous, mais celui-ci, que nous avons lu, aimé, son papa et moi, il l'aura dans sa petite bibliothèque, c'est sûr, entre le bestiaire en tissu et le petit livre de Salomé.

Retour à la source



Mon premier baiser se fit devant Picard Surgelés.
Mon premier bébé fut décidé chez Hippopotamus.

Nous avions tracé une ligne verticale. A droite la colonne contre. A gauche la colonne pour. Après quelques idées lancées sur la nappe en papier, nous avions été surpris de constater que les obstacles étaient bien maigres, et que les bonnes raisons de faire un enfant abondaient. Nous avions avalé nos frites et notre barbaque sauce roquefort pichet de Merlot sans même y prêter attention, souriant à l'envi, excités à l'idée que nous pouvions franchir le cap. Il suffisait de dire oui, on y va, plus rien ne nous retient. Nous étions ensuite allé au cinéma juste en face. Jamais je n'avais à ce point survolé un film ! Large sourire, yeux brillants d'émotion, nous étions déjà loin, sur notre nuage, à regarder ensemble se dessiner nos rêves.

Aujourd'hui nous sommes entrés chez Hippopotamus avec notre poussette orange, émus et heureux, Poupinou dormait profondément, loin de se douter qu'un an auparavant, papa et maman décidaient de son existence...

Euphorisme # 34

Suite à la demande expresse de l'Hydroptère, je continue mon dur labeur de petit poucet qui sème pour mieux trouver sa route quelques Euphorismes de Grégoire !


Si la sélection naturelle
faisait vraiment son travail,
vous seriez moins nombreux.


Christophe Maé revisited

Parmi les exercices oulipiens, on trouve le fameux S+7, contrainte qui consiste à remplacer chaque substantif (S) d'un texte préexistant par le septième substantif trouvé après lui dans un dictionnaire (S+7) donné. On peut ensuite décliner l'exercice à l'infini en choisissant de modifier les Substantifs, les Verbes, les Adjectifs etc, +7 ou + ce qu'on veut !

J'ai tout de suite pensé à la chanson idiote de ce nabot pédant de Christophe Maé, que Lisou a intelligemment décryptée. Elle s'appelle Mon Paradis. En S+11 ça donne Mes parages. Pour corser l'exercice, j'ai ajouté une contrainte : le V+5 (on remplace chaque verbe par le 5ème trouvé après lui dans le dico).


Voici la version originale :

Bien dans ma peau
Tu es celle que je suis
Alors promets moi de me faire un enfant
Même dans le dos
Si vraiment tu en meurs d'envie
Et là je serai le meilleur des amants
Comme une envie d'aller faire un tour
Du côté de nos amours

Viens chez moi te mettre à l'abri
On ira sous les draps écouter la pluie
Viens chez moi te mettre à l'abri
Voir mon paradis
Voir mon paradis

Mon alter égo
Fuis moi je te suis
Alors promets moi de signer pour cent ans
J'aime pas pour de faux
Mais seulement pour la vie
Et là je nous vois comme de vieux amants
Comme une envie d'aller sans retour
Du côté de nos amours

Viens chez moi te mettre à l'abri
On ira sous les draps écouter la pluie
Viens chez moi te mettre à l'abri
Voir mon paradis
Voir mon paradis
Et on fera ...
Dam, dam, dam ...

Comme une envie d'aller faire un tour
Du côté de nos amours
Comme une envie d'aller sans retour
Avec toi mon amour


Et maintenant la version S+11 V+5














Bien dans ma pêche
Tu étripes celle que je supplante
Alors pronostique-moi de me familiariser une enflure
Même dans le dossier
Si vraiment tu en moyennes d'enzyme
Et là j'étriperai le meilleur des amauroses
Comme un enzyme d'allumer familiariser une tourelle
Du côté de nos ampérages

Verdoie chez moi te miauler à l'abscisse
On allumera sous les dreadnoughts écrêter le plumitif
Verdoies chez moi te miauler à l'abscisse
Voleter mes parages
Voleter mes parages

Mon althéa
Fuselle-moi je te supplante
Alors pronostique-moi de similiser pour cent anacoluthes
J'ajoute pas pour de faux
Mais seulement pour la vierge
Et là je nous volette comme de vieux amauroses
Comme un enzyme d'allumer sans retraite
Du côté de nos ampérages

Verdoie chez moi te miauler à l'abscisse
On allumera sous les dreadnoughts écrêter le plumitif
Verdoies chez moi te miauler à l'abscisse
Voleter mes parages
Voleter mes parages
Et on familiarisera ...
Damier, damier, damier ...

Comme un enzyme d'allumer familiariser une tourelle
Du côté de nos ampérages
Comme un enzyme d'allumer sans retraite
Avec toi mon ampérage

__________________________

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve cette nouvelle version bien plus transcendante !!!

On ne fait pas de plus beau voyage



Bruxelles, ma belle...



Le cerisier

Il pleurait très fort ce jour là, blotti dans mes bras. Son petit menton tremblait et ses yeux crispés laissaient s'échapper de chaudes larmes. Je l'ai bercé, tendrement, rien n'y a fait. J'ai caressé ses doux cheveux, embrassé sa joue rebondie, rien n'y a fait. Alors j'ai arpenté l'appartement, en fredonnant des chansons - Viens voir comme il est moche mon petit maillot d'bain Je sais j'ai l'air d'une cloche mais j'fais peur aux requins... Je l'ai emmené dans la cuisine, pour qu'il voie de la fenêtre le bleu du ciel et le soleil du printemps à venir. Mes yeux se sont alors posés sur ce grand espace vide, derrière le mur blanc. Il y a bien des années, un cerisier y trônait, splendide, majestueux.

Tu vois, mon Poupinou, quand j'avais ton âge, je passais de longs moments au milieu du jardin, posée dans mon couffin rose, à contempler le ciel et les branches fleuries du cerisier qui passaient par-dessus le mur. Il était si grand, si beau. Au printemps, nous trouvions au sol des pétales roses, puis des cerises et quelquefois même, des noyaux encore attachés à leur tige ! C'était le temps des merles, des chats qui passent sur le toit, c'était le temps du bonheur, le temps de mon enfance. Et puis un jour des hommes sont venus - c'était un jeudi. Armés de cordes il ont grimpé haut, très haut dans l'arbre. Le bruit des tronçonneuses, je m'en souviens encore. Une branche, puis deux... ils faisaient vite les bougres, sales hommes. Notre cerisier en deux temps trois mouvements s'est trouvé nu, dépecé, ridicule. Lorsque ma mère a compris, elle a crié. C'était un jeudi, un jeudi férié - ils n'avaient pas le droit de faire ça.
Ils ont continué.
Elle a hurlé, elle a pleuré - j'avais onze ans, nous étions là toutes les deux au milieu du jardin, à l'endroit même où était posé mon couffin, impuissantes face au meurtre qui se jouait tout près de nous, de l'autre côté du mur. Ils sont partis comme des voleurs. Voleurs d'oiseaux et de liberté. Ils ont laissé un grand vide. Derrière le mur blanc, tu vois mon Poupinou, il ne pousse plus rien. Un vague figuier trop taillé, quelques bambous déséchés... Les hommes d'ici n'aiment pas la nature, ils se délectent de béton et de tôles grises. C'est la ville, mais où est la vie ? Hein mon Poupi...
Ulysse, abandonné dans mes bras, est bien loin de tout ça. Il dort d'un sommeil adorable, son petit visage d'ange semble adresser au ciel un sourire confiant. Où est la vie... J'en sais rien, viens, donne-moi la main dit Melocoton.
Un jour, nous aurons un cerisier, mon bébé, ou un pommier, peu importe. Nous serons loin de la ville, tous les trois, avec le chat, le chant des oiseaux et l'horizon au fond des yeux.

Bon mot

"L'accouchement est douloureux. Heureusement, la femme tient la main de l'homme. Ainsi, il souffre moins."

[Pierre Desproges]

Encore un blog !

J'ai perdu ma plume et retrouvé mon âme d'enfant !
Nouveau jouet : imagots, le meilleur jeu photo de la blogosphère (ou presque !)

http://imagots.blogspot.com

Venez nombreux, et parlez-en autour de vous !

6 choses débiles que vous ne savez pas sur moi

Suite à la proposition de Kallisté, je relève le défi de poursuivre cette chaîne qui fait fureur sur la blogosphère : à savoir révéler 6 trucs muches de sa vie que personne (a priori) ne connaît.

1. Autour de mes 6 ans, j'avais lu un petit livre sur la prévention de l'hygiène dentaire chez les enfants. On y voyait une illustration représentant un petit garçon - qui évidemment avait mangé trop de bonbons - et qui dormait paisiblement, bouche ouverte. Dans la nuit des petits lutins minuscules armés de pioches grimpaient par une mini-échelle dans sa bouche pour lui faire des trous dans les dents. Evidemment ce que j'avais retenu de cette histoire, ça n'était pas qu'il fallait lever le pied sur les bonbecs, non, c'était qu'il fallait penser à bien fermer la bouche la nuit !!! Logique.

2. A part des chats j'ai eu dans ma vie un lapin débile (Gaïa) et un hamster jovial (Kikitte).

3. Mon corps a une fâcheuse tendance à révéler mes conflits psychiques (eczema, bronchites chroniques, trichotillomanie, allergies, onychophagie, asthme...) On appelle ça joliment le "théâtre du corps"...

4. J'aime, lorsque je suis dans le Périgord, me réveiller très tôt le matin, sortir dehors avec les chats et regarder le jour se lever.

5. J'ai raté ma vocation de musicienne et d'artiste en général. Immense regret...

6. Avant, je m'endormais toujours sur le ventre avec le drap sur la tête et un petit trou autour du nez pour respirer. Maintenant je dors en position foetale sur le côté gauche avec la couette qui recouvre mon oreille droite. (condition sine qua non pour m'endormir, sinon je peux toujours me brosser)

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Comme vous pouvez le constater, tout ceci est absolument passionnant, c'est pourquoi je passe la main à mes camarades blogueurs : Fredou, Lisou, la Fouine, Mortecouille, Meli&Melo, Poï poï poï, Rachtaquouère et Naturella !
A vous de jouer !

The bridge is broken



Ars longa, vita brevis !

Je viens d'exhumer dix ans de photos. Douze gigas d'images, d'instants volés, capturés, figés dans les pixels. Quinze mille fichiers. Des visages, des figures, des paysages, des fragments de vie. Deux cent soixante et un dossiers, classés par ordre chronologique. Comme le temps passe vite...
Logos is dead les amis ! Place à l'image, aux clichés, aux couleurs et aux contrastes ! Fiat lux ! Lignes, courbes, ombres et lumières, vous êtes ici chez vous ! Points de fuite et perspectives, installez-vous ! Chantez ! Dansez ! Nos yeux sont grand ouverts, prêts à vous dévorer...

L'art est long, la vie est courte.

Ars longa, vita brevis.

>> http://arslonga--vitabrevis.blogspot.com

L'inventaire fantôme

A la lecture du dernier texte de Naturella, j'ai immédiatement pensé à ce très beau film d'animation de Franck Dion : L'inventaire Fantôme.
Le voici dans son intégralité, n'oubliez pas cependant que ce court métrage est disponible en DVD (il faut bien que les réalisateurs gagnent leur croûte !)


Le chat noir

Sur le sable...

















Là-bas



La mer
dans son manteau de nuit
est venue nous saluer...



Doux murmure des vagues
qui habillent le sable

pour s'enfuir aussitôt...



La lune
posée sur son nuage
luit.

Là où vont nos pères



Un jour, un homme fait sa valise. Il quitte sa femme et sa fille, puis il s'en va. Il prend le train et embarque à bord d'un navire sur lequel il va traverser l'océan. Destination la terre promise, vers un pays inconnu. Cet homme est un émigrant. S'il laisse sa vie derrière lui, c'est parce qu'il espère en trouver une meilleure, ailleurs, loin de chez lui et loin des siens. Là-bas, dans ce pays nouveau et étrange où il doit réapprendre à vivre, il rencontrera d'autres gens, exilés comme lui, et comme lui perdus dans ce monde nouveau...
Là où vont nos pères est un album d'une profonde originalité. Abordant un thème plus que jamais d'actualité - l'émigration -, l'auteur a pris le parti d'un récit onirique qui acquiert la force d'une histoire universelle et intemporelle. Cette BD muette - et donc lisible par tous, partout dans le monde - tient à la fois du récit fantastique, du conte initiatique et du livre d'histoire. Dessiné dans des teintes sépia, comme si l'histoire oscillait entre rêve et réalité mais aussi entre passé et présent, cet album traite d'un thème universel sans jamais tomber dans le pathos grâce au pouvoir d'évocation du graphisme et à la magie envoûtante de ses images.
Là où vont nos pères - Shaun Tan - 2008
Prix du meilleur album du festival de bande dessinée d'Angoulême 2008

Instant maternel...

ulysse

Le square aux oiseaux



Des années que je n'avais pas franchi la petite grille verte de ce square... Pas loin de vingt ans. Nous nous installions, maman et moi, sur un de ces vieux bancs abîmés par le soleil et la pluie. Sur mes genoux était posé un petit sac plastique rempli de pain sec - tranches, quignons, miettes... Je jetais le premier bout de pain, comme on lance sa ligne à l'eau, avec la belle impatience de l'enfant que j'étais. Maman me souriait, elle avait le soleil pour elle. Nous passions de longues minutes à guetter les oiseaux. Un petit moineau furtivement ouvrait le bal, puis deux, trois, et voilà que des dizaines de volatiles surgissaient de toute part, formant autour de nos pieds un formidable ballet ! Merles, pigeons et moineaux sautillaient devant mes yeux - mon bonheur était complet ! Je pouvais rester des heures assise sur ce banc avec maman, les oiseaux, le soleil et la liberté. Jouer avec les autres enfants ne m'intéressait pas, non, je ne les aimais pas, ou peut-être avais-je peur d'eux... je ne sais plus. Je crois que, d'une certaine manière, j'aimais déjà ma solitude.
Aujourd'hui nous avons poussé le petit portillon vert, et nous sommes entrés dans le royaume de mon enfance. Le bac à sable, le "mur préhistorique", les vieux bancs et les pigeons sont toujours là, les petits vieilles qui se nourrissaient des cris joyeux des enfants n'ont pas bougé, elles ont le même regard attendri, tête penchée et sourire aux lèvres... Rien n'a changé. Le square aux oiseaux, peuplé de souvenirs, a un doux parfum de nostalgie. Quelques larmes perlent au coin de mes yeux... Le ciel est clair, et l'air un peu frais. Deux bambins jouent dans le sable, et moi, je suis là devant eux, sans pain sec, sans maman, sans mon âme d'enfant, je suis là assise sur un banc, en serrant contre moi mon fils pour qu'il n'ait pas froid.

Dors mon Poupinou...



Anne Sylvestre - Berceuse pour rêver

Ulysse ou le beau voyage

Midi. Le bal silencieux des contractions commence... Un, puis deux pas de danse, trois, quatre et ça recommence ! Eveil des sens : et si c'était vraiment ça ? Un peu comme attraper la lune ou toucher le soleil sur la ligne de l'horizon, après avoir des mois durant parcouru le globe, affronté vents et marées... Ulysse est-il enfin prêt ? Quinze heures - c'est maintenant une valse à mille temps ! Une petite bruine accompagne notre court et serein voyage - marcher en direction du bâtiment B, penser que nous en sortirons à trois... Assis sur les fauteuils bleus, nous nous regardons, longtemps, tendrement - et si c'était vraiment ça ? Une femme en blanc nous accueille, comme vous semblez sereins, comme votre ventre est gros ! Je m'allonge sur la table de travail dans la salle Mimosa - ma fleur et ma couleur préférée -, Frédéric me sourit, m'enveloppe de son regard de velours. La femme en rose arrive : orage ! - "encore un trou de mite !" dit-elle - déception - le col n'a quasiment pas bougé - je crains qu'ils ne nous renvoient à la maison compter les pas de valse... Mine de plomb. Un ange passe, puis deux, puis... un liquide chaud s'écoule tout naturellement, comme une évidence - le temps suspend alors sa course, et mon visage s'éclaire d'un large sourire, mes yeux pétillants d'espoir... Et si c'était vraiment ça ? Dans le couloir "je crois que ma femme est en train de perdre les eaux !" - la femme en rose connaît la chanson, point d'émotion - le fossé est bien grand qui nous sépare ! Comme une petite vieille on m'installe dans un misérable fauteuil roulant, nue sous mes linceuls blancs - d'un seul coup je comprends tous ces vieillards qu'on ballotte et qu'on fait rouler dans les corridors bleutés : comme on se sent impuissant ! Salle de pré-travail, les eaux continuent d'inonder le lit et nos esprits impatients de presque parents. Le bal des douleurs doucement s'installe, dans cette pièce aux stores mi-clos, et les heures, au rythme du goutte-à-goutte, passent... Navigant sur des vagues algiques toujours plus fortes, je serre la main de Frédéric, qui par sa douce présence et ses paroles rassurantes accompagne ma souffrance. Des larmes sillonnent ma joue, je repousse sans cesse mes limites mais... encore et toujours ce sommet de la vague qui revient comme un leitmotiv - ne plus sentir en son corps qu'un terrible étau qui broie la chair - et personne ne vient - nous portons seuls et à bouts de bras cette lancinante douleur depuis maintenant deux heures, et ma plainte semble se heurter aux murs sombres de la Maternité: vox clamens in deserto... Il est déjà vingt-trois heures. On entre. On me fait rouler jusqu'à une salle, bleue cette fois-ci, "Les lilas". Assise, ou devrais-je dire, effondrée sur le bord de la table de travail, posée là comme un paquet informe, mine déconfite, j'aperçois deux femmes, dont une en bleu qui ne se présente pas. Elle aussi connaît la chanson, elle fait ça tous les jours, peut-être comme un automatisme, comme Charlot qui visse ses boulons, inlassablement. Je fais le dos rond, elle me pique, me plante le cathéter entre les vertèbres, je ne suis plus à ça près, ça m'est absolument égal pourvu que cessent ces maudits tsunamis qui déferlent dans mon ventre... Quelques minutes - je ne sais plus - Enfin, un long silence, et le sentiment de voir se dissiper les sombres nues : les vagues au loin disparaissent. Mes jambes s'emplissent d'un sable lourd tandis que mon esprit las se détend... La courbe des contractions continue d'osciller, mais je ne sens plus rien, miracle de la fée bleue que je bénis aussitôt - elle s'appelle Bénédicte, drôle de dessein. Allongée sous les néons blafards, je sèche le coin de mes yeux, l'orage est passé, je pourrais aisément m'endormir, je préfère simplement m'assoupir, savourer mon bien-être. Minuit. Frédéric n'a rien mangé depuis hier. Les gâteaux que nous avions méticuleusement rangés dans le sac orange, nous les avons dévorés les derniers soirs de grossesse, lorsqu'à la nuit tombée nous partagions de petits délices sucrés... Je lui suggère de prendre l'air, d'aller se restaurer, après tout nous avons tout notre temps ! je ne souffre plus, je suis bien. Il part. Je ferme les yeux - je voyage un peu - nourrie par un sentiment de quiétude absolue. Dans le couloir, le bruit feutré des femmes en rose, les cris des nouveaux nés, la mouvance éphémère de la nuit. Je reste là, seule dans la salle des Lilas... je crois même ne penser à rien. Seuls mes sens continuent leur discret labeur dans mon corps amadoué... Christine entre - c'est la femme en rose -, m'ausculte, m'interroge. Non, je ne sens rien, lui dis-je, votre col est ouvert à neuf et demi, vous ne le sentez pas pousser ? Ah si, peut-être... ah oui maintenant que vous me le dites effectivement... Vous êtes en train d'accoucher, où est parti votre mari ? Il quitte à peine la maison, sa voix est détendue, il est repus. Une seconde plus tard il court, remonte la rue des Plantes à toute allure, il est 1h30. Eh bien, il n'est pas angoissé me dit-elle. Je souris, elle n'imagine pas la tête qu'il doit avoir, essoufflé, cheveux hirsutes, narines gonflées aux portes de la Maternité ! 1h45 mollets en appui sur les étriers, je dois maintenant rassembler toutes mes forces, Ulysse ne doit pas être loin... Frédéric n'a même pas eu le temps d'enfiler sa casaque, il porte sa belle chemise blanche à carreaux, celle qu'il portait lorsque nous nous sommes connus, ma préférée. Il est impatient et plus que jamais respire la beauté et la confiance. Une nouvelle vague arrive, indolore, transparente, Catherine, l'infirmière qui nous avait accueillis ce soir de juin aux urgences lorsque nous avions craint de perdre notre bébé, pose ses mains d'ébène sur mon ventre. Postée entre mes jambes, Christine, chef d'orchestre de la vie, donne le départ. Inspirer... expirer... inspirer... bloquer... Pousser ! Sa tête est déjà là, elle me fait toucher du bout du doigt le sommet de son crâne ! Mon Ulysse commence un nouveau voyage, sans doute le plus éprouvant. Chaque poussée mobilise en moi toute mon énergie, tant physique que psychique. Jamais je n'ai soupçonné pouvoir déployer autant de force... Tout est simple... jusqu'au moment où le monitoring s'emballe et se met à crier au danger - ça clignote, les chiffres rouges diminuent dangereusement : le rythme cardiaque ralentit - le spectre de la "souffrance fœtale" menace mon bébé. Je regarde Frédéric, nous sommes inquiets. Ca n'est pas facile pour lui, il faut pousser encore plus fort, me dit-elle. Les minutes défilent, deux, trois, quatre énormes vagues, cinq à six poussées et voilà que la tête et les épaules de mon fils sont dégagées. Christine me propose de le hisser hors de moi ! Je saisis Ulysse sous les bras, sa peau est extraordinairement douce et chaude, humide, presque sensuelle - je le pose sur ma poitrine : sa beauté m'émerveille - joue posée entre mes seins, grand yeux noirs éblouis par la lumière, petites narines mignonnes - mon bébé, mon Ulysse ! Comme je l'aime ! Il me semble le reconnaître aussitôt, il ne pouvait pas être autrement, mon Ulysse ! Je l'enveloppe immédiatement de tout mon amour... Frédéric coupe le cordon, notre fils est emmené en couveuse, il a souffert pendant le passage - étouffé par le fil de la vie -, il a besoin de soins et de surveillance... Nous restons là, dans la salle des Lilas, époustouflés par la puissance de l'événement, submergés par un flot d'émotions. Une femme en blanc nous annonce que le bébé va bien, que son papa peut venir le voir... Larmes de bonheur. Quelques grains de sable plus tard la porte s'ouvre sur le couloir. Frédéric est là, fier et superbe, portant dans ses bras notre fils Ulysse. Plus rien n'existe autour de nous. Nous sommes tous les trois seuls au monde, en route pour une nouvelle odyssée, la plus heureuse et la plus belle... l'odyssée de la vraie vie, la vie de famille...

Descends de là !


Euphorisme # 31


Du fond de mon hamac j'observe,
et surtout je plains,
ces milliers d'abeilles laborieuses
à qui personne n'a dit
qu'aujourd'hui c'est dimanche.



Euphorisme # 4


Elever très haut le débat
est une façon élégante
de le perdre de vue.


Les Euphorismes de Grégoire



Ce petit livre, qui devrait trouver sa place sur toute table de chevet, poche de manteau, étagère de bibliothèque ou de wc, est un petit bijou !
Les Euphorismes de Grégoire est un recueil d'aphorismes euphoriques, en définitive c'est un peu du Cioran sans le flingue sur la tempe : audace, légèreté, humour et humanisme sont au rendez-vous, c'est pourquoi j'ai envie de vous présenter des extraits, au fil du temps, comme ça pour le plaisir des yeux et des mots...

A cloud passes over the moon...


Robert Wyatt - Forest

La belle absente

J'ai rêvé que je l'embrassais, dans un élan d'amour indéfinissable. Juste un tendre baiser sur sa joue de soie, sur sa peau douce et ridée imprégnée d'eau de Cologne. Toujours là avec moi - pas très loin en tout cas -, lovée au creux de mes rêves : ma grand-mère, âme délicieuse, partage mes bonheurs et console mes peines...

Le petit félin des villes




Pas de phacochères, non, ni de chair encore bien chaude, pas de course poursuite, pas d'arbres ni d'herbes folles, pas de lune balayée par les nuages cotoneux... non. Assis bien sage au bord du lit, le chat observe ses possibilités d'existence - rêves, souvenirs archaïques ? -. Il reconnait les siens, la démarche féline, l'envol des oiseaux, il est tout entier dans le paysage, devient tigre, léopard, puis détourne le regard pour mieux retrouver son petit confort de minou citadin. Mimi pattes en rond, sur la couette douillette, dans une heure il sera temps de gratter la gamelle et de réclamer sa pitance - froide, découpée en cubes, inerte, insipide - oui mais vague saveur de barbaque quand même-, et puis il peut toujours faire semblant, deviner sous les draps la présence d'une souris, chaparder la carcasse du poulet la nuit venue, regarder les pigeons par la fenêtre au petit matin en émettant de drôles de petits cris saccadés. Il peut toujours rêver de chasse - les moustaches qui frétillent, les pattes qui tremblent - illusion de l'instinct sauvage ! ... la plupart du temps il se fait réveiller par une main caressante, qui gratouille gentiment la tête, entre les deux oreilles, là où il est impossible de se lécher... alors il ferme les yeux de contentement, sourit même parfois, et il se met à ronronner comme un chaton docile, comme un petit félin des villes.

Attente...



Nouvelle vague d'impatience, je n'en peux plus d'attendre. Ce dernier mois est interminable, le temps s'amuse à ralentir sa course - un sablier dans lequel tombent le plus lentement du monde chaque petit grain de sable, au ralenti - et moi qui reste plantée là toute la nuit, Morphée mon meilleur ennemi ! Un peu de sommeil par ci, un peu d'errance par là, des pensées en pagaille, des rêves emmêlés, des envies de tout ranger, de tout astiquer, le chat du haut de la bibliothèque observe le curieux spectacle de nos deux impatiences - je voudrais le serrer contre moi, mon fils, mon Ulysse, lui dire combien nous l'aimons... Encore combien à attendre, nul ne le sait, pour le moment la vie à deux, dans quelques jours le grand chambardement, ... soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien...

La prière du chat


Chat-garou

C'est le soir, ou la nuit, peut-être. Je me trouve dans une grande pièce carrée, ornée de matelas, draps, couvertures. De jeunes hommes étendus ça et là se reposent. Thom s'approche de moi. C'est étrange ce qui m'arrive, regarde... Il me montre son bras. Alors que je m'attends à découvrir un bras lisse et imberbe, je m'aperçois que celui-ci est velu. De longs poils animaux courent jusqu'au dos de sa main. Comme une main de loup-garou.
Je crois que je me transforme en chat, me dit-il, serein, comme si cette réincarnation était une douce évidence.

La fenêtre est ouverte qui donne sur les toits.

Thom d'un bond souple et grâcieux s'y propulse et disparaît dans la pénombre du soir...