Rien(s) du tout

Il y a des jours comme ça où je repousse le réveil de 15 minutes. Même pas le temps de finir mon rêve. Si seulement les grasses matinées du week-end me permettaient de terminer les rêves inachevés de la semaine ! Il y a des jours comme ça où le paquet de céréales est plein mais il n'y a plus de lait dans le frigo. Et quand je me rabats sur les biscottes je me rends compte que j'ai oublié d'acheter du beurre. Il y a des jours comme ça où les passants me demandent leur chemin et je suis incapable de répondre, alors que je vis ici depuis plus de vingt ans. Il y a des jours comme ça où j'attends le lendemain avec impatience. Le fil de la vie se déploie. Et puis il y a des jours où j'ai envie d'écrire alors que je n'ai rien à dire. Alors je laisse filer les mots sous le sable, ici, là, ailleurs, nulle-part.

Tabula rasa

Faire du passé table rase. Enterrer les vieux démons, les uns après les autres. Leurs silhouettes dans mes rêves ne valsent plus / elles sont envolées dans les nues, collées sur les pages poussiéreuses des albums photo, comme des vieux trophées de pacotille.
Il m'en aura fallu du temps
Pour ouvrir les yeux.

Je me remémore ce déjeuner avec J-M, qui m'avait dit avec la tendresse d'un ami de toujours : "Ma petite Melody, il serait temps que tu choisisses un homme qui te plaît vraiment"
Je l'avais regardé en silence, interdite,
L'esprit rivé sur l'horizon du possible...

Au Magique

Au Magique la devanture est rouge basque
les ampoules sont allumées
et le rideau tiré.
Bas les masques.
Le vieux comptoir est en bois,
on est ici comme chez soi.
Un gros barbu sirote une bière,
ça parle politique, société misère
et chanson.
Ici on est dans un petit bastion
d'art et de guitare,
de pinard et de frometon.
Martine poliment nous sert
une assiette de rillettes.
Elle est gentille, Martine.
'la une bonne tête.
Une fois l'estomac bien rempli
nous descendons
A tâtons
Par l'escalier
étroit.
Ca sent l'humidité
et tout au fond
non pas un piano droit
Non.
Un piano à queue !

Nom de Dieu !
Comment qu'ils ont fait pour l'installer là
Ce piano pas droit !
Comment qu'ils ont fait
Pour le mettre là
Par ce p'tit escalier
Qui mène tout en bas !

Des banquettes en cuir
Trois ou quatre sourires
Et deux tables en bois
Le reste ça rentre pas.

Une salle en sous-sol
Deux guitares
Deux artistes
Et des mots qui s'envolent…
Un piano à queue
Dix spectateurs
Qui ont l'air heureux
Deux verres de bière
Des mots, des regards
Un verre de pinard
Et deux univers…

"Quand le soleil reviendra Bien planqué au fond des draps Et quatre épaisseurs de couette Bien repliées sur nos têtes L'un contre l'autre enlacés Prolongeant sur sa lancée D'un demi-sommeil opaque Une nuit d'amour fantasque"

Francis et Gilles
auteurs compositeurs
interprètes et conteurs
deux artistes poètes
libres et agiles
Deux univers
qui se mêlent
Et nous emmènent
Dans les hautes sphères
Des sentiments
Et des rêves...

Francis Couturier & Gilles Roucaute

Au Magique
Bar, restaurant, cave à chansons, exposition d'artistes
42, Rue de Gergovie
75014 Paris
Tel : 01 45 42 26 10
www.aumagique.com

Babylone

Percée onirique piquée au vif de mes mains encore hésitantes
l'horloge mécanique frappe
la tempe écaillée
fêlure damnée pour que la poudre bleue s'évapore dans les
eaux de l'Euphrate
Elle qui passe son temps
à se cogner le crâne contre les éclaboussures
marécageuses
la main sur la bouche
parce que la signalétique de l'épingle plisse les yeux
moue stridente
fracas frontal je mise sur le 5,
cinquième lobe temporal accroché au
fil de la turpitude
contemplation massive à quelques millimètres de
l'incertitude
elle crie dans l'éphémère
se désarticule pupilles dilatées,
enroulée sur sa peine à la porte d'Ishtar.

I have a dream !

Je rêve d'espace et de liberté.
Exit le parquet qui grince, le claquement des portes, la kitchenette-cage-à-poules, les pas des voisins, leur rire et leurs amis, la litière du chat dans la baignoire, les bouteilles lancées dans le contenaire à verre dans un fracas hérissant, la crasseuse jardinière, fade et fânée, bourrée d'ignobles parasites, les camions Monoprix et ceux des poubelles qui stagnent devant la fenêtre, tôt le matin, les amas de paperasse – pas la place, la tévé de la voisine noctambule et sourde, et l'autre qui dévale les escaliers sur les talons, le ravalement de façade, les ouvriers devant la fenêtre de la kitchenette, Melody qui râle et le chat qui s'ennuie à en gober les mouches.
Je rêve de poser mon cul sur l'herbe, de marcher sur du carrelage, d'entendre les oiseaux et les rires de Samuel et Lou, de dormir dans le silence et l'obscurité, je rêve de voir la couleur du ciel, d'écouter de la musique très fort, de planter du persil et de la ciboulette, d'avoir de la place pour ranger le bordel et préparer des petits plats, je rêve de lire au soleil, de voir courir le chat, d'embrasser la liberté.

Présence silencieuse

Assise comme à son habitude sur le banc du jardin, la canne posée sur le côté, elle contemple les fleurs, les roses, les moineaux sautillant sur la rambarde métallique. Elle est ici sans être là, Léa. Présence silencieuse, douce et angoissée, belle et tragique, elle se dit brebis égarée dans un monde dénué de sens qui n'a pour issue qu'une mort annoncée.
Son visage vieillissant est pur, ses yeux clairs débordent d'amour et d'angoisse.
Elle s'agrippe à mon bras.

- Tu ne m'oublieras pas, hein ?
- Non, je ne vous oublierai pas.

Elle sourit.
Dans deux minutes, c'est elle qui m'aura oubliée
Inexorablement
Comme le sable emporté par le vent
Et tout sera à recommencer.

Par delà les montagnes...



La Corse me manque déjà...