Mon frère

Marcelle,
Si j'avais des ailes,
Je volerais grâce à elles,
Marcelle,
Vers la plus belle
Des jouvencelles,
Celle qui a pris mon cœur :
Ta petite sœur...
Poum ! Poum !

Et nous chantions à tue-tête, mon frère et moi, dans la campagne beauceronne, nous pédalions à toute allure dans la grande rue du village, les cheveux au vent, nous saluions les paysans et criions pour exciter leurs chiens. Mais maintenant, où est-il l'été ? Où sont passés l'idole et l'enfant ? La question ne se pose pas. T'as pas tout dit, sentimental bourreau, mon frère, petit homme qui vit d'espoir. Plus de méli-mélodie, le beau voyage est terminé, nous sommes loin, in the desert.

Y aura plus personne...

Eu T* au téléphone. Il me parle du manque qu'il ressent depuis la mort de sa mère, le 31 mars.
J'avais été atterrée en apprenant la nouvelle, pendue à mon portable, au beau milieu d'un couloir de métro... Nous avions discuté quelques minutes avant que je pose la fameuse question "Et les amours ? "
- C'est pas l'moment, m'avait-il répondu de sa petite voix d’enfant. Il faut qu'on se voie, pour parler, pour faire le point... sur nous, notre vie.
J'avais rien compris.
- D'accord, on se reverra quand tu te sentiras prêt. Dans quelques mois peut-être, j'ai beaucoup de travail en ce moment…
- Dans quelques mois... Bon, si tu veux…
- Tu as une petite voix, qu'est-ce-qu'il y a, y a quelque chose qui ne va pas ?
(soupir... puis sanglots)
- C'est ma mère... Elle est morte...
Je m’étais alors arrêtée dans ce long couloir bondé, et j’entendais cette phrase résonner dans mon esprit, je voyais défiler des tas d’images, le petit Antoine Doinel devant son prof, le visage encore juvénile de T*, je me rappelais sa mère, moi qui l’avais tant détestée, moi qui avais plus d’une fois souhaité sa mort, mais c’était fait maintenant, c’était vrai.
C’est pas vrai c’est pas possible comment c'est arrivé elle est morte comme ça d’une crise cardiaque mais elle était pas cardiaque ! je comprends pas c’est trop dur Melody c’est horrible ce qui m’arrive oh la la on est orphelins maintenant j’ai tellement de peine pour toi je suis seul tu sais je ne trouve pas les mots je suis là elle est morte dans mes bras comme ça simplement j'ai tant de peine j’ai pas compris tout de suite elle respirait plus comment tu vas faire et tes sœurs on est orphelins tous seuls quand je rentrerai le soir y aura plus personne.

Si vous voyiez dans ma poitrine le chantier



Ils ont détruit la vieille imprimerie, rue du Moulin de la Vierge.
La même rue que j'empruntais pour aller voir Mélusine et ses chats siamois, son hamac et ses figurines de Lucky Luke.
Nous avions quatre ans.
J'aimais Mélusine. Petite Alice de Lewis Carroll, les cheveux courts, les mains toujours sales, petit air mutin, jupe rouge et socquettes usées, elle était simple et attachante, jolie et désinvolte.

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Un amas de terre et de tôles émerge maintenant,
rue du Moulin de la Vierge.