Douleur

"Si nous devions nous imaginer suspendus dans l’espace intemporel, au-dessus d’un abîme d’où monteraient jusqu’à nos oreilles les sons de la terre qui tourne, nous n’entendrions qu’un rugissement primitif de douleur poussé d’une seule voix par l’humanité souffrante."

L. Daetigus


... une bien jolie maxime pour exprimer ma douleur, vive et lancinante, au petit doigt de pied gauche, qui s'est bêtement flanqué le coin de la douche - vous savez, ce fameux coin que tout pied ignore, bien dur, en dales, ce coin qui à lui seul constitue une menace pour tous les petits orteils du monde -.

Par chance j'étais seule au moment du terrible choc, j'ai pu jurer, râler à ma guise, sautiller sur un pied tout en maudissant ce foutu coin de douche et gueuler après le chat, impassible, qui me regardait avec ses grands yeux ronds.

J+2. La douleur persiste. Pas un bleu à l'horizon, et je dois marcher avec les pieds en canard, sans quoi douleur et jurons font à nouveau leur apparition...

[edit 14h27 : finalement bleu il y a, mais violet.]

[edit 22h15 : bonne nouvelle : c'est un hématome !]

Sans blague

Entendu ce midi dans la rue, une bonnefemme qui parlait fort au téléphone :

"Ce soir, je fais une soirée fromage"

...

Si si, ça existe ! La preuve :

Bulle

Dire qu'on est tous passés par là... Enveloppés dans une bulle, souple et chaude, comme quand on s'emmitoufle dans une couette, ou qu'on immerge tout son corps dans l'eau du bain - je restais des heures comme ça quand j'étais petite, en apné ; rien ne pouvait m'arriver, ma peau se fripait et accumulait la chaleur de l'eau parfumée à l'Obao bleu, et je restais là, protégée du monde, de l'air et du froid, exilée volontaire du Réel -. Enveloppés dans une bulle. Dire que l'être humain est incapable de se souvenir de ces moments là, si précieux, si purs - à part mon oncle, qui est bien le seul à se souvenir d'une douce quiétude (mais aussi de son pénible "passage" dans le monde des bipèdes aux poumons développés et à la langue pendue.) Curieusement terme passage évoque aussi la transition entre la vie et la mort, comme quoi tout est lié, et comme je disais à Fargo, le Temps c'est la création, l'évolution, la déchéance et la mort. Tout est étroitement intriqué... et je m'aperçois qu'à nouveau je dévie vers cette chère et morbide thématique, alors que pour une fois je comptais amener un peu de fraîcheur sur ce blog...

Qui êtes-vous ?

1) Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 27 et écrivez la 5ème ligne :
2) Quel est votre plat préféré ?
3) Quel film regarderiez-vous encore et encore ?
4) Où aimeriez-vous être, à ce moment précis ?
5) Quel bruit entendez-vous à part celui de l’ordinateur ?
6) Quel est l’objet le plus insolite qui se trouve sur votre bureau ?
7) Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu’avez-vous fait ?
8) Avez-vous rêvé cette nuit ?
9) Quand avez-vous ri la dernière fois ?
10) Qu’y a t-il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
11) Si vous deveniez multimillionnaire, quelle serait la première chose que vous achèteriez ?
12) Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
13) Avez-vous vu quelque chose d’étrange aujourd’hui ?
14) Dites-nous quelque chose de vous que nous ne savons pas encore :
15) Que pensez-vous du temps qui passe ?
16) Quel serait le prénom de votre enfant si c’était une fille ?
17) Quel serait le prénom de votre enfant si c’était un garçon ?
18) Avez-vous des tics ? Si oui, lesquels ?
19) Quelle chanson vous trotte dans la tête en ce moment ?
20) Vous êtes plutôt couche tard ou lève tôt ?
21) Aimez-vous danser ?
22) Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
23) Petit, comment vous imaginiez-vous Grand ?
24) Une réflexion sur le XXIème siècle ?
25) Quelle est selon vous votre principale qualité ?
26) Avez-vous déjà rêvé que vous voliez dans les airs ?

Annie

Plus du tout envie de rire. Annie a lâché prise, finalement le cancer n'aura pas eu le temps de la ronger jusqu'à l'os, elle est morte cette nuit d'une hémorragie digestive. Petite femme respirant la bonté et la générosité, Annie était aimée de tous. Je ne l'ai pas connue longtemps, nous avons travaillé ensemble, un petit peu. Je l'aimais bien. Maintenant il va falloir leur annoncer la nouvelle aux p'tits vieux, va falloir essuyer leurs larmes...

Le temps passe et prend la petite Annie, mais bien vite elle oublie, elle n'a vraiment pas le temps, pourtant elle s'ennuie la petite Annie...
Annie, tombe par malheurs dans les escaliers, son important rendez- vous attendra, je crois, elle ne se réveille pas
Annie, sa tombe est bien rangée près des pissenlits, il n'y a vraiment pas grand monde qui viendra, en somme, pour ne pas dire personne
Le temps passe et prend la petite Annie, mais bien vite elle oublie, elle n'a vraiment pas le temps, pourtant elle s'ennuie la petite Annie...

[Emilie Simon]

Double je

Cette nuit j'ai rêvé d'un type, qui, en proie à une fortuite malchance, décidait de se dédoubler pour observer d'un oeil sain la part guignarde de son être.

Foutaises

Je viens de me procurer le double DVD des 25 ans de courts-métrages du Festival de Clermont-Ferrand, un superbe patchwork de courts passionnants et inventifs, parmi lesquels j'ai retrouvé L’île aux fleurs de Jorge Furtado (court-métrage documentaire et pamphlet brésilien dénonçant avec humour - grinçant - le manque d'humanité de l'économie de marché), Le p’tit bal de Philippe Découflé (qu'on voit souvent en ce moment à la tévé : sur une chanson interprétée par Bourvil, un couple communique toute l’émotion de son amour dans un langage dérivé de la langue des signes), Copy Shop de Virgil Widrich (histoire d’un homme qui se duplique à l’infini, court muet en noir et blanc, époustouflant !), et enfin Foutaises de Jean-Pierre Jeunet, que j'avais déjà aperçu à la tévé, sans doute sur Arte. Excellent DVD, excellent choix de courts.
Foutaises trace le portrait d'un homme à travers la descritption de ses goûts ("j'aime") et de ses dégoûts ("j'aime pas") - procédé que nous retrouverons plus tard dans Amélie Poulain. Souvenirs d'enfance et impressions saisies dans les replis de la vie quotidienne se succèdent sous la forme de vignettes mêlant poésie et nostalgie. Le rythme, soutenu, nous emmène dans la spirale d'un psychisme suffisamment névrosé (c'est-à-dire fait d'angoisses, de désirs, de pulsions, et de culpabilité). L'identification au personnage s'en trouve facilitée.
Dominique Pinon, quant à lui, est splendide, d'ailleurs plus je le vois plus je prends conscience de son immense talent... Bref, tout ça pour dire que ce court-métrage est d'enfer, et que ce double DVD vaut largement le détour.

"Quand j'étais gosse j'aimais l'odeur du pain grillé le matin, du plastique à r'couvrir les livres à la rentrée, et puis le p'tits pots de colle blanche... à l'école... J'aimais prendre les escalators dans le mauvais sens, dérouler la toile cirée, et fouler la neige immaculée... Mais j'aimais pas... et j'aime toujours pas : les cadavres des sapins de Noël sur les trottoirs en janvier."

PS is dead

La nouvelle est tombée cette nuit, nous étions tous les trois, abasourdis. Bière clope pas moyen de trouver le sommeil.

- Où va-t-on papa?
- Je ne sais pas mais on y va.
- De qui descendons-nous maman pour être aussi condescendants? Où va-t-on papa?
- Je ne sais pas mais on y va.
Comme dit mon Tonton,
Plus on est de cons plus ça se voit.

Eloge de la folie

[Métro]

Je tente de me remettre à la lecture. Une pièce de Beckett. Emmêlage de pinceaux et puis Winnie et Willie ça se ressemble trop et les lignes regorgent de didascalies. Pour sûr, c'est un bouquin à lire exclusivement à la maison, soirée lampe rouge FIP tisane pêche-mûre chat sur les genoux.
Une femme, la cinquantaine, cheveux ébourrifés, teint halé, jolies rides mais habillée comme un sac, prend place face à moi. Livre jaune pâte à crêpe Flammarion, je reconnais cette édition, je dois avoir un Laplanche pâte à crêpe comme ça dans ma bibliothèque... Les yeux rivés sur la couverture de son bouquin, je déchiffre le titre et l'auteur... Ben...sla...ma : Benslama ! Pour sûr je le connais, c'est un des mes anciens profs de fac. Fethi, on l'appelait, c'est son prénom, je trouve ça mignon, Fethi. Bonhomme talentueux, piètre orateur mais fin analyste, il nous avait enseigné la clinique de l'exil, les mythes et leur symbolique psychanalytique, l'apport de la religion dans le fondement de la civilisation, en se questionnant plus particulièrement sur l'Islam et son malaise actuel.

Je lance :
- Ah... Benslama... très intéressant ce bouquin !
- Vous connaissez ?
- Oui, c'était mon prof. Un sacré bonhomme !
Son visage s'illumine. Elle semble ravie d'avoir trouvé quelqu'un à qui parler.
- Et puis ce livre est passionnant !! [bla bla bla bla...] moi je suis psychanalyste !!! [bla bla bla bla...] Benslama il écrit des supers trucs sur l'Islam !!! [bla bla bla bla...]
- En effet. (ça y est, elle ma saoûle)
- D'ailleurs, ça doit être la 12e ou la 13e fois que je le lis !!!
- Ah quand même... (soupir)
- Et je suis en train de le traduire.
- Ah oui ? (sans déc !)
- Oui, je vais le traduire du français au français.
- ...!?!

Elle a continué de baragouiner je ne sais quel verbiage pseudo-psychanalytique, sans m'écouter ni même me regarder. Par chance, quelques minutes plus tard j'arrive à ma station. Là elle s'arrête net et me lance : "Allez, bonne vie !!"

Certains psychanalystes sont
carrément siphonnés du caberlot.

Qu'est-ce-que t'as dans l'crâne ?

Il fut un temps où les livres accompagnaient quotidiennement mes voyages en métropolitain. Il fut un temps où je m'enfermais quelques minutes dans mon bureau pour terminer mon chapitre, dans l'obscurité du matin. Et quelle joie j'éprouvais quand le soir venu je réalisais que j'allais reprendre le fil de mon histoire ! Quelle bonheur de retrouver le héros que j'avais laissé là, tout penaud, le matin au bureau ! Lui, qui m'avait attendu toute la journée, avait suspendu sa course folle pour s'affaler de tout son être là où je l'avais laissé, comme un pantin désarticulé. Le temps s'était retiré, l'action s'était figée. A 18h15, enfin, je m'installais sur un strapontin en cuir bleu usé, à côté d'une grosse dame ou d'un jeune homme ordinaire. Signal sonore, et puis clac ! les portes. Le métro démarrait. J'ouvrais alors mon livre, et rendait la vie à mon héros, les couleurs aux paysages, le temps à l'histoire.
Aujourd'hui, je colle mes yeux de merlan frit sur le spectacle ennuyeux des gens qui se rendent à leur boulot, je dois avoir l'air aussi insipide qu'eux, mais alors dans ma tête... des images, des mots, mille pensées et questions sans réponses, un vide-grenier rempli de vieux souvenirs et de poils de chats, des histoires sans queue ni tête, des tiroirs, tiens ma grand-mère, qu'est-ce-qu'elle fout là - elle me manque -, dans ma tête "c'est la fête des trompettes, du trampoline, de mon hors-bord, tous les choeurs à tue-tête te souhaitent bienvenue à bord"...

Des ombres

Tension optimale ils n'en peuvent plus se cassent le dos se brisent en petits morceaux les femmes d'entretien les ramassent à la pelle chaque matin au détour d'un couloir brillant et décapé et les p'tits vieux rigolent ils sont bien loin de tout ça ils ont déjà fait le deuil de la vie normale qu'est-ce-que ça peut leur foutre alors les hommes en blanc s'écroulent s'effritent comme le sucre dans le café et plus personne ne se parle ou alors si chacun étale ses douleurs son fardeau tous se pètent le dos y en a même une qui veut se reconvertir elle sait pas encore dans quoi mais pas les p'tits vieux ah non ça elle peut plus les encadrer les pauvres c'est pas d'leur faute ils sont malades mais putain elle peut plus les blairer qu'elle dit pendant que les deux grands échalas sont avachis sur les fauteuils bleus au lieu d'apprendre leur futur métier ça commence bien tiens, que j'me dis, et autour de nous la vie des autres continue la vie normale les trotteuses qui galopent sur les montres des silhouettes accrochées aux barres métalliques des métros un journal collé sur le nez les cheveux encore mouillés costard tailleur pantalon anodin figures sans visage regard creux personne ne se parle ici non plus finalement, chacun avance en portant sur son dos l'illusion d'une identité et d'une utilité, vaste mascarade n'est-ce-pas nous sommes aussi libres que ces vieux déments arimés à leus fauteuils ferrailleux à la merci du Temps et du rythme découpé effréné de la journée finalement rien ne change les silhouettes du métro finissent par tomber dans ces fauteuils à vieux les lits à barrière et les tables des immenses salles à manger communes toujours pas de visages encore moins d'identité et plus aucune utilité, restent les rêves inassouvis le temps à arrêter l'espace à effacer, reste le silence menaçant du Néant à venir.

Marche et crève

Nuit balayée par un vent violent, les baches suspendues à l'échaffaudage se tordent se froissent et tapent contre les tubes métalliques, impossible de fermer l'oeil, impossible de me lover dans un sommeil vierge et silencieux. Nuit agitée, comme si le vent n'avait fait que traverser mon esprit d'une oreille à l'autre, des heures durant... Réveil 5h30. Au pas de charge, je fonce vers la gare. Lumière bleutée du matin, quelques pigeons sur les quais déserts, des âme errantes, valise à la main, les yeux rivés sur le panneau lumineux des départs. J'achète des journaux - rituel -, puis grimpe dans le train qui entame peu après sa course folle dans la pénombre de l'aube. Deux heures plus tard j'arrive à Reims, le jour s'est levé. Le vent continue de souffler, de tourbillonner, les nuages épars dans le ciel bleu défilent. Je traverse la ville, superbe, et me nourris de la beauté des architectures, je me sens bien - si seulement il n'y avait pas ce fichu vent ! -. Je m'arrête un instant pour prendre une photo, puis continue ma course. Le vent se déchaîne, un panneau de travaux manque de me tomber sur la figure, je commence à avoir froid. J'arpente les rues à grandes foulées. Une demi-heure plus tard me voilà arrivée. Personne. On m'informe que le colloque a lieu à l'autre bout de la ville ! A bout de souffle, je rebrousse chemin, cherche en vain ma route, tourne en rond - toujours les mêmes rues, Clovis, Jeanne d'Arc, et puis le grand Théâtre, comme un manège sans fin. On m'indique telle direction, je me retrouve au bout d'une rue barrée par les pelleteuses. Sable mouillé collé sous les pieds, cheveux décoiffés par la bourrasque, je continue, coûte que coûte. Les bus contournent les chantiers, arrêts introuvables, longues minutes de marche, lourde, mes bronches râlent, c'est sûr que je vais choper la crève. Je finis par prendre un bus, qui m'amène à l'extrême sud de la ville. Affalée sur mon siège, je regarde la cité. Basilique dorée par le soleil sur fond nuageux - bleu foncé -, à nouveau la rue Clovis et le Théâtre, la Cathédrale, splendide, massive, des fontaines, des passants, et le soleil réapparaît. Hôpital. Le colloque a commencé depuis une heure. Je m'installe dans l'amphi plein à craquer.
C'est sûr que je vais choper la crève...

Thanatos is back

Je ressens, depuis une poignée d'années, une certaine angoisse liée à la pensée de l'inévitable moment où mes parents seront définitivement absents de ma vie (vous voyez, je n'utilise pas le terme "morts"...).
Nous évoquons l'avenir, souvent, leur immense trouille de vieillir parceque la décrépitude ils ne la supporteraient pas, leurs projets désaccordés (lui qui refuse de quitter son nid étayant, là-bas, elle qui veut rappliquer en région parisienne dès que maison et marmot seront à ma portée). Lui se réfugie dans sa mélancolie, dans les méandres de son égo fissuré... Elle souffre de son repli à lui. Elle : pulsion de vie.
Que ferai-je sans eux ? Sans son talent à lui, son esprit torturé, ses mimiques gotlibiennes, son humour grinçant, ses yeux si doux et ses grandes paluches d'artiste arthrosé ?
Que ferai-je sans son légendaire franc-parler, à elle, son écoute si précieuse, son amour pour les chats, les arbres, Mimi et Georges Brassens, son rire qui éclate les tympans et son sourire pimpant ?
J'ai l'impression que je m'écroulerai comme un château de cartes balayé par la tempête. J'aurai perdu les témoins de mon enfance, de mon histoire, et mon âme errante n'aura d'autre issue que de se nicher comme un vieux rat crevé dans ce petit trou noir du désespoir.

(T)rêves

Un gros pigeon blanc tombe dans le jardin de mon enfance. A la place des ses deux pattes ordinaires de volatile, huit pattes arachnides. Les chats du coin de l'oeil le guettent. Je m'efforce de faire fuir l'oiseau, en vain. Trop lourd, cloué au sol, il se sait condamné. Les chats l'encerclent et se ruent sur lui. Je détourne le regard, puis jette à nouveau un oeil sur la bête. Plus rien. Des restes de boyaux quelques tâches de sang. Les chats sont déjà loin, repus, satisfaits.
La veille, j'étais montée en haut de la tour St Jacques, à Châtelet. Une fois arrivée au sommet, je m'étais retrouvée sur une esplanade carrée, incertaine, dont les planches fragiles laissaient apparaître des jours vertigineux... Une sorte de radeau aérien, détaché de tout. Plus tard, j'avais rencontré Bruno Cremer pour jouer une scène d'amour au cinéma. Sa présence avait été douce et rassurante, et je m'étais laissée séduire par son silence, imposant.

Les cloportes

Pas moyen de trouver du boulot dans ce fichu pays ! On a beau être diplômé, avoir trimé pendant des années sur les bancs d'la fac, on se retrouve avec bac +5, comme des cons, avec deux possibilités : ramer parcequ'on trouve pas de boulot, ou ramer parcequ'on se fait exploiter, payer au lance-pierre et, par dessus le marché, traiter comme le dernier des abrutis. Exit la motivation et les projets - personnels et professionnels -. Pour bosser maintenant, faut courber l'échine et fermer sa gueule. Faut être pute, quoi. Esclave. Eh ben moi ça me révolte. Tiens, ce soir nous avions prévu de fêter le premier anniversaire de notre rencontre. Loi de Murphy oblige, mon cher et tendre a été envoyé en mission en province ce matin de bonne heure et pour deux jours, sans qu'on lui demande son avis et sans qu'il puisse refuser.... Bande de rapaces ! Anthropopithèques ! Vermines ! Crier dans le désert n'a jamais apaisé la colère, pourtant aujourd'hui j'ai envie de gueuler ma rage, mon dégoût pour ce pays de cloportes, pour ce système politique bouché, pourri et puant, pour cette société rétrograde qui coupe les ailes du désir et de la liberté.

[Track : Breathe - Telepopmusik]

Erreur fatale

Tiens, Paul, j'ai exhumé ce texte, en écho au tien...

"J'ai défragmenté mes pensées, fait un scandisk de ma carte mère, delete les virus qui rongeaient ma peau, j'ai contrôle alt suppr les erreurs 404, forwardé les syntax error, supprimé mes favoris, nettoyé la mémoire vive, envoyé le voisinage réseau sur les roses, j’ai croqué les disquettes, explosé Explorer, téléchargé ma colère, flingué les plug-in, j'les ai tous mis out ! J'ai pompé les pop-up, arraché les câbles, déchiré le papier-peint, chiffonné le shift, aspiré les spams, hurlé aux oreilles des URL, exit les diagnostics ! J’ai appelé les applets, j’ai emmêlé les liens, rendu flou le Net, écrasé les informations, compressé la mémoire, neutralisé les maux de passe, j’ai égorgé les registres, décimé les cyber, fuck les FAQ, gobé le débogage, j’ai fait la Java avec les niveaux de sécurité, j’ai disjoint les pièces jointes, craqué les hackers, j’ai fermé toutes les fenêtres, j’me suis déconnectée de la couleur, j’ai mordu les gigabits, quitté les contacts j’ai navigué dans les historiques, désinstallé les ports, installé des domaines, déchiré la toile, bouffé tous les cookies, bloqué les octets, j’ai dévalisé la banque de données, supprimé les fichiers qui font chier, j’ai recherché les profils, filtré les tâches, infiltré les réseaux, exécuté les menus, j’ai glissé des icônes dans des boîtes de dialogues, j’ai basculé dans l’écran de veille, j’me suis rongé les onglets, j’ai raccourci la souris et effacé les lecteurs, j’ai désinstallé le gestionnaire, pissé sur les pixels et tapé sur le clavier, j’ai aligné les modems, vidé les extensions, exproprié les priorités, j’ai paramétré les trames et les thèmes, fusionné les langues, j’ai mis du taboulé dans les tabulations, du fromage dans le formatage, de la béchamel dans l’HTML, j’ai saigné les signets, dépucelé les puces, craché sur les bordures, j’ai mis de la menthe dans l’imprimante, du rhum dans le CD-Rom, des biscottes dans les disquettes, des chips dans le chipset, j’ai mis du mou dans le disque dur, mon annulaire dans le formulaire, j’ai inséré des calculs dans les colonnes, j’ai mis en cage la mise en page, annulé l’allumage, surligné les apparences, j’ai mis Mickey dans les maquettes, j’ai masqué tous les effets, émasculé les matricules, j’ai mis ta mère dans le scanner, ta sœur dans le processeur, et puis j’ai pris le chemin d’accès, je suis arrivée sur la plateforme, devant le format paysage, j’ai pris une bonne résolution et j’ai attendu mon bus système."

21/05/2004

De l'inconvénient d'être né


Un oisillon seché, un crâne de chien et un crâne de lapin.
Au moins, ces modèles-là ne bougent pas.

Mémoire

Dans le bureau de ma mère, habillé d'une épaisse moquette rouge - violoncelle de mon père accroché au mur, il y avait une bibliothèque sur laquelle trônait un splendide planisphère éclairé. Souvent je demandais qu'on le descende et qu'on l'allume. Magie des couleurs, découverte de l'espace, des frontières, mes petits doigts parcouraient mers et continents, et ça tournait, tournait... Sous le globe haut-perché se trouvait un livre dont la couverture était visible. Sur cette couverture, Memory, scène d'une tempe ensanglantée sur fond de ciel bleu. Incontestablement mon Magritte préféré, symbole de l'histoire et du temps, de la mémoire et de l'inconscient. Quatre entités qui aujourd'hui nourrissent mon travail, ma réflexion et mes rêves...

Vestiges

Nous avons exhumé des lettres de mes grands-parents d'il y a 30 ans, des vieux cahiers de classe de mon frère, et puis son premier casque de mobylette, tout rayé - nid d'araignées, des revues sur les nouvelles Peugeot clinquantes de l'époque, des livres de jeunesse de ma mère, d'énormes sacs de vêtements mités pourris, ma petite culotte en éponge bleu marine, des quilles en bois peint et puis mon premier tricycle jaune poussin, des rails rouillés de train électrique et des vieux cowboys en plastique fondu, des pages de philo éparpillées, des arachnides affolées, des souvenirs en lambeaux,
Des voiles de poussière comme un linceul sur le passé.

Rien(s) du tout

Il y a des jours comme ça où je repousse le réveil de 15 minutes. Même pas le temps de finir mon rêve. Si seulement les grasses matinées du week-end me permettaient de terminer les rêves inachevés de la semaine ! Il y a des jours comme ça où le paquet de céréales est plein mais il n'y a plus de lait dans le frigo. Et quand je me rabats sur les biscottes je me rends compte que j'ai oublié d'acheter du beurre. Il y a des jours comme ça où les passants me demandent leur chemin et je suis incapable de répondre, alors que je vis ici depuis plus de vingt ans. Il y a des jours comme ça où j'attends le lendemain avec impatience. Le fil de la vie se déploie. Et puis il y a des jours où j'ai envie d'écrire alors que je n'ai rien à dire. Alors je laisse filer les mots sous le sable, ici, là, ailleurs, nulle-part.

Tabula rasa

Faire du passé table rase. Enterrer les vieux démons, les uns après les autres. Leurs silhouettes dans mes rêves ne valsent plus / elles sont envolées dans les nues, collées sur les pages poussiéreuses des albums photo, comme des vieux trophées de pacotille.
Il m'en aura fallu du temps
Pour ouvrir les yeux.

Je me remémore ce déjeuner avec J-M, qui m'avait dit avec la tendresse d'un ami de toujours : "Ma petite Melody, il serait temps que tu choisisses un homme qui te plaît vraiment"
Je l'avais regardé en silence, interdite,
L'esprit rivé sur l'horizon du possible...

Au Magique

Au Magique la devanture est rouge basque
les ampoules sont allumées
et le rideau tiré.
Bas les masques.
Le vieux comptoir est en bois,
on est ici comme chez soi.
Un gros barbu sirote une bière,
ça parle politique, société misère
et chanson.
Ici on est dans un petit bastion
d'art et de guitare,
de pinard et de frometon.
Martine poliment nous sert
une assiette de rillettes.
Elle est gentille, Martine.
'la une bonne tête.
Une fois l'estomac bien rempli
nous descendons
A tâtons
Par l'escalier
étroit.
Ca sent l'humidité
et tout au fond
non pas un piano droit
Non.
Un piano à queue !

Nom de Dieu !
Comment qu'ils ont fait pour l'installer là
Ce piano pas droit !
Comment qu'ils ont fait
Pour le mettre là
Par ce p'tit escalier
Qui mène tout en bas !

Des banquettes en cuir
Trois ou quatre sourires
Et deux tables en bois
Le reste ça rentre pas.

Une salle en sous-sol
Deux guitares
Deux artistes
Et des mots qui s'envolent…
Un piano à queue
Dix spectateurs
Qui ont l'air heureux
Deux verres de bière
Des mots, des regards
Un verre de pinard
Et deux univers…

"Quand le soleil reviendra Bien planqué au fond des draps Et quatre épaisseurs de couette Bien repliées sur nos têtes L'un contre l'autre enlacés Prolongeant sur sa lancée D'un demi-sommeil opaque Une nuit d'amour fantasque"

Francis et Gilles
auteurs compositeurs
interprètes et conteurs
deux artistes poètes
libres et agiles
Deux univers
qui se mêlent
Et nous emmènent
Dans les hautes sphères
Des sentiments
Et des rêves...

Francis Couturier & Gilles Roucaute

Au Magique
Bar, restaurant, cave à chansons, exposition d'artistes
42, Rue de Gergovie
75014 Paris
Tel : 01 45 42 26 10
www.aumagique.com

Babylone

Percée onirique piquée au vif de mes mains encore hésitantes
l'horloge mécanique frappe
la tempe écaillée
fêlure damnée pour que la poudre bleue s'évapore dans les
eaux de l'Euphrate
Elle qui passe son temps
à se cogner le crâne contre les éclaboussures
marécageuses
la main sur la bouche
parce que la signalétique de l'épingle plisse les yeux
moue stridente
fracas frontal je mise sur le 5,
cinquième lobe temporal accroché au
fil de la turpitude
contemplation massive à quelques millimètres de
l'incertitude
elle crie dans l'éphémère
se désarticule pupilles dilatées,
enroulée sur sa peine à la porte d'Ishtar.

I have a dream !

Je rêve d'espace et de liberté.
Exit le parquet qui grince, le claquement des portes, la kitchenette-cage-à-poules, les pas des voisins, leur rire et leurs amis, la litière du chat dans la baignoire, les bouteilles lancées dans le contenaire à verre dans un fracas hérissant, la crasseuse jardinière, fade et fânée, bourrée d'ignobles parasites, les camions Monoprix et ceux des poubelles qui stagnent devant la fenêtre, tôt le matin, les amas de paperasse – pas la place, la tévé de la voisine noctambule et sourde, et l'autre qui dévale les escaliers sur les talons, le ravalement de façade, les ouvriers devant la fenêtre de la kitchenette, Melody qui râle et le chat qui s'ennuie à en gober les mouches.
Je rêve de poser mon cul sur l'herbe, de marcher sur du carrelage, d'entendre les oiseaux et les rires de Samuel et Lou, de dormir dans le silence et l'obscurité, je rêve de voir la couleur du ciel, d'écouter de la musique très fort, de planter du persil et de la ciboulette, d'avoir de la place pour ranger le bordel et préparer des petits plats, je rêve de lire au soleil, de voir courir le chat, d'embrasser la liberté.

Présence silencieuse

Assise comme à son habitude sur le banc du jardin, la canne posée sur le côté, elle contemple les fleurs, les roses, les moineaux sautillant sur la rambarde métallique. Elle est ici sans être là, Léa. Présence silencieuse, douce et angoissée, belle et tragique, elle se dit brebis égarée dans un monde dénué de sens qui n'a pour issue qu'une mort annoncée.
Son visage vieillissant est pur, ses yeux clairs débordent d'amour et d'angoisse.
Elle s'agrippe à mon bras.

- Tu ne m'oublieras pas, hein ?
- Non, je ne vous oublierai pas.

Elle sourit.
Dans deux minutes, c'est elle qui m'aura oubliée
Inexorablement
Comme le sable emporté par le vent
Et tout sera à recommencer.

Par delà les montagnes...



La Corse me manque déjà...