Soir d'été

Espace

Blue train

Ephémère du temps, du mouvement, de l'espace, d'une gare dans laquelle se croisent les âmes les histoires et les vies. Ce moment que je vis est unique, le paysage défile et ne sera plus jamais tel que je l'ai vu à l'instant. Perpétuelle mouvance des choses. Chaque seconde vécue, chaque sensation, est essentielle. La valeur de la vie découle de son aspect éphémère, grain de sable dans le vent, un fragment de vérité, d'immédiat. La musique se mêle à l'essence de l'instant pour se révéler, percer le silence et l'espace, le temps d'une mélodie. Inscription, empreinte fugace et l'harmonie s'évapore aussitôt. Il fallait être là, témoin du déroulement du fil de la vie. Il faut être là, en vie, en avoir envie sans jamais être las.

Liberté

Dans quelques heures je serai libre ! La vie quotidienne, aussi riche et épanouissante soit-elle, me pèse. Je ne puis travailler convenablement, je papillonne dans la paperasse et dans les paroles des autres, mon écoute n’est plus flottante, elle est errante. Les yeux tournés vers l’intérieur. Comme disait Thom, je suis habitée, et ça n’est pas rien, je ne puis l’oublier : je le sais, je le sens, je l’attends.
Demain, escapade ! Les vignes à perte de vue, les longues soirées sur la terrasse, à parler de tout et de rien, l’atelier de mon père – caverne d’Ali-Baba -, la présence rassurante des cinq chats, des livres dans toutes les pièces - même sous le lit !, le bureau de ma mère – petit nid douillet -, la promenade du soleil couchant, les coléoptères qui traversent lentement le petit chemin, et les figues embryonnaires !, la ballade de la source, belle et mystérieuse, les longues nuit de sommeil, et les volets blancs qui grincent pour enfin laisser pénétrer dans la chambre l’éclat d’une belle journée, les fleurs – un pot sur chaque marche de l’escalier -, le panier de fruit, toujours plein, les journaux un peu partout, les transats au bord de l’eau limpide et douce comme une caresse, la chaleur du soleil sur ma peau, les nuits d’ébène bercées par le hululement de la chouette, le rire des filles qui jouent dans le jardin, le piano majestueux, le regard tendre de mon aimé sous le ciel bleu du Quercy blanc…
J’y suis déjà un peu, beaucoup, passionnément…

Chaos

Expérience surnaturelle, psychotique, ou simple simulation sensorielle, je me trouve dans une pièce a priori banale. Une voix rauque m'informe "Vous pensez être seule dans une pièce normale, eh bien ça n'est pas le cas"...la lumière s'éteint. Tous les repères se bousculent, le sol mouvant se penche, à droite, puis à gauche, des formes surgissent ça et là, des mains me frôlent, des paroles fusent, le chaos règne pour un temps. Puis tout revient à son état initial, chaque élément retrouve sa place.
...
Je ne dis rien.
Je ne pense rien.
Je n'existe pas.

Amertume

« Je suis contente pour toi Tatounette ! ». Elle a dix ans et un cœur débordant d’amour et de gentillesse. Mon frère en a 42 et il ne dit rien.

Jamais il ne s’est réjoui de mon bonheur.
Il y a quelques semaines, je regardais une émission à la télé sur la jalousie entre frères et sœurs. Curieusement je me sentais absolument étrangère à cette problématique, et pourtant j’y suis confrontée depuis bien longtemps. Quand je suis née, mon frère avait seize ans. Il n’a presque pas connu son père, j’ai été aimée et entourée par des parents heureux et amoureux. Il passait ses vacances au camping, je les passais dans un centre d’équitation, et ces Noël interminables où je croulais sous les cadeaux, alors qu’au même âge il n’en avait sans doute pas autant. Sentiments d’abandon, d’humiliation, de déséquilibre familial, manque de reconnaissance... mon frère se perd dans les dédales de la rancœur.

Amertume.

Pour mes 24 ans, il s’est dévoilé. « Oui j’ai toujours été jaloux de toi, tu as tout eu et moi rien ». Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que nous vivions un moment important, une étape qui nous permettrait de clarifier la situation, d’avancer sans œillères. Il avait réussi à verbaliser des sentiments rudes à mon égard, j’en étais plutôt soulagée.
Depuis, nous avons traversé des phases de bonheur fraternel mais aussi de désillusion. Par moments nous sommes complices et profondément heureux d’être frère et sœur, par moments je suis celle qui dérange, qui prend toute la place, toute la lumière.
Lorsque je lui ai annoncé que j’attendais un bébé, il m’a dit, d’un ton presque embarrassé « Alors… tu ne seras plus ma petite sœur… » comme s’il menaçait de perdre son statut de grand frère, modèle et protecteur, celui qui a une longueur d’avance, qui a une plus grande expérience de la vie, celui qui sait. Maintenant nous sommes deux adultes, et la comparaison est plus facile, ravivant inévitablement les blessures d’antan...

En route pour la joie !

Des trombes d’eau, puis, quelques minutes plus tard, l’éclat du soleil, le bleu au dessus de nos têtes. Aujourd’hui j’entame le troisième mois. Demain nous le verrons, notre futur bébé, et peut-être pourrons-nous écouter les battements rapides de son minuscule petit cœur. Tout est là, tout tient dans deux à trois centimètres, et les sept mois à venir lui permettront de se développer, de grandir, de pousser jusqu’à devenir un petit être humain, qui sent, qui voit, qui respire, qui découvre la vie !

Nous peinons à réaliser l'ampleur de l'évènement, mais savourons chaque jour ce bonheur qui nous anime et nous unit !