Ma banlieue

Pour moi la banlieue c'était toujours gris, comme un mur d'usine, comme un graffiti, les zones commerciales et industrielles sortaient de terre, mauvaises herbes de la production-consommation moderne, tandis que des jeunes à capuches erraient non loin des tours dortoirs toutes de ciment vêtues. Triste tropique en somme.
Ma banlieue. Il fait froid et gris - c'est l'hiver -, mais tout me semble familier et chaleureux. Dans le RER, il y a des tas de gens normaux : des adultes, des enfants, des hommes et des femmes qui sans doutent rentrent au bercail après une journée de labeur. On regarde défiler le paysage comme si on partait loin, comme si on fuyait la ville, la foule, le bruit, on se sentirait presque en vacances si les gens ne portaient pas sur leur visage le masque figé de la fatigue quotidienne. Le bus intercommunal entame ensuite sa course folle - certains chauffeurs sont incontestablement des pilotes de formule 1 nés. Secouée puis éjectée à ma station, je rentre à la maison en passant par l'école élémentaire, songeant à mon Ulysse lorsqu'il sera écolier. On remontera la rue ensemble. "Tu as passé une bonne journée ?" lui dirai-je. Sur mon trousseau, une grande clé, semblable à celle de l'appartement de mon enfance. Je l'introduis dans la porte en fer vert pistache, et me voilà chez moi. Chez moi. Je mets un disque, je froisse des feuilles de journal que je dépose dans la cheminée, je mets une bûche, craque une allumette et m'assois sur le siège africain. Le chat accourt en miaulant, avide de caresses et de boulettes fraîches, la vie me paraît alors d'une douceur enivrante...