Le nourrisson savant

Il y a quelques nuits, je rêvai de ma fille, joli poupon à la peau délicate et au regard ardent d'intelligence. Comme ce fut le cas pour mon fils, elle portait en elle la Connaissance, qu'aucun ange n'avait effacé de son doigt gracile.

Ainsi, ma fille, née la veille, s'exclamait :
"Je veux écouter de la musique !"

L'enfer

Confortablement installé dans son fauteuil roulant, il retrace son chemin de vie, avec la satisfaction de se remémorer tout ce qu'il a bâti, et le regret de devoir y renoncer pour venir vivre ici, en maison de retraite... Ses yeux bleus, abimés, si vieux et pourtant pleins de vie, me racontent sa déception de n'avoir pas pu mourir chez lui, dans la grande maison de Lorraine qu'il a habitée durant plus de trente années.

Il finit par me lancer :

- Vous connaissez L'Enfer, de Dante ? Eh bien voilà, dans mon esprit, comme aux portes de l'enfer il devrait être inscrit aux portes de la résidence :
"Toi qui entre ici, abandonne toute espérance"

Salomé

Je cherchais ce texte, écrit il y a quatre ou cinq ans, je ne sais plus. L'ai retrouvé...

Extirper la carotide par les dents fuselées de hargne
Marche belliciste poings tendus
Dans la terre souillée de râles et de spasmes
Sanguinolents
Les hordes insouciantes
Qui rampent sur des coquilles cassées
Hennissent leur troisième rhapsodie.

Danse, Salomé !
Les ossuaires te portent aux nues
Les larmes caustiques sur ton front
Ne creuseront pas ta pénitence. 
Sa tête est là, érigée sur un piédestal
Lézardé de rognures
Elle suinte.
Prends-là.

Laisse les agonies aux creux de ta main
Se disperser.
Beuglement des charognes
A six kilomètres au nord
Les ombres arachnides
Arrachent leurs cœurs de sable
Au gré du firmament.

Petite

Un blanc lumineux, un bleu orage, du vieux rose un peu prune, un jaune tendre... La joie retient son souffle dans cette chambre vide qui n'attend que toi, petite /
La maison toute entière, les chats, les pierres, les arbres et le ciel de Mandres-les-Roses, n'attendent que ton sourire /
Tu es là, lovée pour quelques mois
en moi
qui te love déjà /
et nos regards posés sur la peau tendue
de mon ventre dodu

te caressent de tout notre amour /

Jour de pluie

Après une longue et éprouvante traversée du désert, 
désillusionnée par une oasis aussi belle qu'inaccessible, 
je quitte le sable pour retrouver 
ma terre.