Grand-Père

Hier il eut un rire léger que je ne lui connaissais guère, ce même rire que j'avais entendu au téléphone deux mois auparavant, la nuit où je lui avais annoncé la naissance de son petit-fils. Je découvre en lui cette légèreté, ce bonheur simple et limpide de tenir Ulysse dans ses bras, de le regarder, de tenir dans sa grande paluche sa petite main potelée. Lui qui se vante toujours de ne pas aimer les bébés, le voilà pris au piège. Celui-là ne parle pas encore, mais il sourit, babille et s'endort volontiers dans les bras de celui qui l'a nourri de bon lait, mine satisfaite et repue. En fait, il n'est pas comme les autres, non, ce bébé là, il l'aime, sincèrement. C'est un joli petit bourgeon qui porte en lui la promesse de la continuité et de la transmission.
Mon père, devenu Grand-Père doux et aimant, pose sur son petit-fils un regard protecteur. Ulysse quant à lui lève les yeux, s'agrippe au doigt de mon père, et se laisse aller à une farandole de sourires. Je les regarde avec émotion, je savoure la beauté de l'instant...