Que sont mes rêves devenus ?

Envolés, pfuit ! Plus un songe à l'horizon. Le vent de la nuit ne vient plus caresser mes pensées ensommeillées. Plus d'images. Fini les retrouvailles avec mes chers disparus. Ecran noir. Comme si les pleurs d'Ulysse effaçaient tout. Toute l'énergie de mon sommeil semble se fixer sur mon corps - le détendre, le défaire de ses noeuds, de sa lourde fatigue de la journée. Ce qui se passe là haut, ça ne l'intéresse plus. Lorsque j'ouvrais les yeux, je voyais les courbes de mon homme endormi, le mur de livres, et la chevelure tombante de la plante suspendue. Maintenant je ne vois plus que le voyant lumineux - tantôt vert tantôt rouge - de l'écoute bébé, comme un signal d'alarme dans la profondeur de la nuit.
L'espace manque, l'espace du désir et des rêves.
Le temps aussi, celui de la contemplation et des promenades intérieures...
Je veux bien troquer mes rêves contre les sourires radieux de mon bébé, mais pour un temps seulement. Un jour, nous apprendrons à nous détacher doucement l'un de l'autre, et ce sera peut-être l'occasion pour mes songes de revenir et de se loger à nouveau dans les creux de mon âme...


Caspar David Friedrich
Voyageur contemplant une mer de nuages