Bulle

Dire qu'on est tous passés par là... Enveloppés dans une bulle, souple et chaude, comme quand on s'emmitoufle dans une couette, ou qu'on immerge tout son corps dans l'eau du bain - je restais des heures comme ça quand j'étais petite, en apné ; rien ne pouvait m'arriver, ma peau se fripait et accumulait la chaleur de l'eau parfumée à l'Obao bleu, et je restais là, protégée du monde, de l'air et du froid, exilée volontaire du Réel -. Enveloppés dans une bulle. Dire que l'être humain est incapable de se souvenir de ces moments là, si précieux, si purs - à part mon oncle, qui est bien le seul à se souvenir d'une douce quiétude (mais aussi de son pénible "passage" dans le monde des bipèdes aux poumons développés et à la langue pendue.) Curieusement terme passage évoque aussi la transition entre la vie et la mort, comme quoi tout est lié, et comme je disais à Fargo, le Temps c'est la création, l'évolution, la déchéance et la mort. Tout est étroitement intriqué... et je m'aperçois qu'à nouveau je dévie vers cette chère et morbide thématique, alors que pour une fois je comptais amener un peu de fraîcheur sur ce blog...

Qui êtes-vous ?

1) Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 27 et écrivez la 5ème ligne :
2) Quel est votre plat préféré ?
3) Quel film regarderiez-vous encore et encore ?
4) Où aimeriez-vous être, à ce moment précis ?
5) Quel bruit entendez-vous à part celui de l’ordinateur ?
6) Quel est l’objet le plus insolite qui se trouve sur votre bureau ?
7) Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu’avez-vous fait ?
8) Avez-vous rêvé cette nuit ?
9) Quand avez-vous ri la dernière fois ?
10) Qu’y a t-il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
11) Si vous deveniez multimillionnaire, quelle serait la première chose que vous achèteriez ?
12) Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
13) Avez-vous vu quelque chose d’étrange aujourd’hui ?
14) Dites-nous quelque chose de vous que nous ne savons pas encore :
15) Que pensez-vous du temps qui passe ?
16) Quel serait le prénom de votre enfant si c’était une fille ?
17) Quel serait le prénom de votre enfant si c’était un garçon ?
18) Avez-vous des tics ? Si oui, lesquels ?
19) Quelle chanson vous trotte dans la tête en ce moment ?
20) Vous êtes plutôt couche tard ou lève tôt ?
21) Aimez-vous danser ?
22) Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
23) Petit, comment vous imaginiez-vous Grand ?
24) Une réflexion sur le XXIème siècle ?
25) Quelle est selon vous votre principale qualité ?
26) Avez-vous déjà rêvé que vous voliez dans les airs ?

Annie

Plus du tout envie de rire. Annie a lâché prise, finalement le cancer n'aura pas eu le temps de la ronger jusqu'à l'os, elle est morte cette nuit d'une hémorragie digestive. Petite femme respirant la bonté et la générosité, Annie était aimée de tous. Je ne l'ai pas connue longtemps, nous avons travaillé ensemble, un petit peu. Je l'aimais bien. Maintenant il va falloir leur annoncer la nouvelle aux p'tits vieux, va falloir essuyer leurs larmes...

Le temps passe et prend la petite Annie, mais bien vite elle oublie, elle n'a vraiment pas le temps, pourtant elle s'ennuie la petite Annie...
Annie, tombe par malheurs dans les escaliers, son important rendez- vous attendra, je crois, elle ne se réveille pas
Annie, sa tombe est bien rangée près des pissenlits, il n'y a vraiment pas grand monde qui viendra, en somme, pour ne pas dire personne
Le temps passe et prend la petite Annie, mais bien vite elle oublie, elle n'a vraiment pas le temps, pourtant elle s'ennuie la petite Annie...

[Emilie Simon]

Double je

Cette nuit j'ai rêvé d'un type, qui, en proie à une fortuite malchance, décidait de se dédoubler pour observer d'un oeil sain la part guignarde de son être.

Foutaises

Je viens de me procurer le double DVD des 25 ans de courts-métrages du Festival de Clermont-Ferrand, un superbe patchwork de courts passionnants et inventifs, parmi lesquels j'ai retrouvé L’île aux fleurs de Jorge Furtado (court-métrage documentaire et pamphlet brésilien dénonçant avec humour - grinçant - le manque d'humanité de l'économie de marché), Le p’tit bal de Philippe Découflé (qu'on voit souvent en ce moment à la tévé : sur une chanson interprétée par Bourvil, un couple communique toute l’émotion de son amour dans un langage dérivé de la langue des signes), Copy Shop de Virgil Widrich (histoire d’un homme qui se duplique à l’infini, court muet en noir et blanc, époustouflant !), et enfin Foutaises de Jean-Pierre Jeunet, que j'avais déjà aperçu à la tévé, sans doute sur Arte. Excellent DVD, excellent choix de courts.
Foutaises trace le portrait d'un homme à travers la descritption de ses goûts ("j'aime") et de ses dégoûts ("j'aime pas") - procédé que nous retrouverons plus tard dans Amélie Poulain. Souvenirs d'enfance et impressions saisies dans les replis de la vie quotidienne se succèdent sous la forme de vignettes mêlant poésie et nostalgie. Le rythme, soutenu, nous emmène dans la spirale d'un psychisme suffisamment névrosé (c'est-à-dire fait d'angoisses, de désirs, de pulsions, et de culpabilité). L'identification au personnage s'en trouve facilitée.
Dominique Pinon, quant à lui, est splendide, d'ailleurs plus je le vois plus je prends conscience de son immense talent... Bref, tout ça pour dire que ce court-métrage est d'enfer, et que ce double DVD vaut largement le détour.

"Quand j'étais gosse j'aimais l'odeur du pain grillé le matin, du plastique à r'couvrir les livres à la rentrée, et puis le p'tits pots de colle blanche... à l'école... J'aimais prendre les escalators dans le mauvais sens, dérouler la toile cirée, et fouler la neige immaculée... Mais j'aimais pas... et j'aime toujours pas : les cadavres des sapins de Noël sur les trottoirs en janvier."

PS is dead

La nouvelle est tombée cette nuit, nous étions tous les trois, abasourdis. Bière clope pas moyen de trouver le sommeil.

- Où va-t-on papa?
- Je ne sais pas mais on y va.
- De qui descendons-nous maman pour être aussi condescendants? Où va-t-on papa?
- Je ne sais pas mais on y va.
Comme dit mon Tonton,
Plus on est de cons plus ça se voit.

Eloge de la folie

[Métro]

Je tente de me remettre à la lecture. Une pièce de Beckett. Emmêlage de pinceaux et puis Winnie et Willie ça se ressemble trop et les lignes regorgent de didascalies. Pour sûr, c'est un bouquin à lire exclusivement à la maison, soirée lampe rouge FIP tisane pêche-mûre chat sur les genoux.
Une femme, la cinquantaine, cheveux ébourrifés, teint halé, jolies rides mais habillée comme un sac, prend place face à moi. Livre jaune pâte à crêpe Flammarion, je reconnais cette édition, je dois avoir un Laplanche pâte à crêpe comme ça dans ma bibliothèque... Les yeux rivés sur la couverture de son bouquin, je déchiffre le titre et l'auteur... Ben...sla...ma : Benslama ! Pour sûr je le connais, c'est un des mes anciens profs de fac. Fethi, on l'appelait, c'est son prénom, je trouve ça mignon, Fethi. Bonhomme talentueux, piètre orateur mais fin analyste, il nous avait enseigné la clinique de l'exil, les mythes et leur symbolique psychanalytique, l'apport de la religion dans le fondement de la civilisation, en se questionnant plus particulièrement sur l'Islam et son malaise actuel.

Je lance :
- Ah... Benslama... très intéressant ce bouquin !
- Vous connaissez ?
- Oui, c'était mon prof. Un sacré bonhomme !
Son visage s'illumine. Elle semble ravie d'avoir trouvé quelqu'un à qui parler.
- Et puis ce livre est passionnant !! [bla bla bla bla...] moi je suis psychanalyste !!! [bla bla bla bla...] Benslama il écrit des supers trucs sur l'Islam !!! [bla bla bla bla...]
- En effet. (ça y est, elle ma saoûle)
- D'ailleurs, ça doit être la 12e ou la 13e fois que je le lis !!!
- Ah quand même... (soupir)
- Et je suis en train de le traduire.
- Ah oui ? (sans déc !)
- Oui, je vais le traduire du français au français.
- ...!?!

Elle a continué de baragouiner je ne sais quel verbiage pseudo-psychanalytique, sans m'écouter ni même me regarder. Par chance, quelques minutes plus tard j'arrive à ma station. Là elle s'arrête net et me lance : "Allez, bonne vie !!"

Certains psychanalystes sont
carrément siphonnés du caberlot.

Qu'est-ce-que t'as dans l'crâne ?

Il fut un temps où les livres accompagnaient quotidiennement mes voyages en métropolitain. Il fut un temps où je m'enfermais quelques minutes dans mon bureau pour terminer mon chapitre, dans l'obscurité du matin. Et quelle joie j'éprouvais quand le soir venu je réalisais que j'allais reprendre le fil de mon histoire ! Quelle bonheur de retrouver le héros que j'avais laissé là, tout penaud, le matin au bureau ! Lui, qui m'avait attendu toute la journée, avait suspendu sa course folle pour s'affaler de tout son être là où je l'avais laissé, comme un pantin désarticulé. Le temps s'était retiré, l'action s'était figée. A 18h15, enfin, je m'installais sur un strapontin en cuir bleu usé, à côté d'une grosse dame ou d'un jeune homme ordinaire. Signal sonore, et puis clac ! les portes. Le métro démarrait. J'ouvrais alors mon livre, et rendait la vie à mon héros, les couleurs aux paysages, le temps à l'histoire.
Aujourd'hui, je colle mes yeux de merlan frit sur le spectacle ennuyeux des gens qui se rendent à leur boulot, je dois avoir l'air aussi insipide qu'eux, mais alors dans ma tête... des images, des mots, mille pensées et questions sans réponses, un vide-grenier rempli de vieux souvenirs et de poils de chats, des histoires sans queue ni tête, des tiroirs, tiens ma grand-mère, qu'est-ce-qu'elle fout là - elle me manque -, dans ma tête "c'est la fête des trompettes, du trampoline, de mon hors-bord, tous les choeurs à tue-tête te souhaitent bienvenue à bord"...