Minuscule !

Moi qui me délecte des sombres récits d'angoisses et de rêves chaotiques, moi qui me plaît à projetter sur ce blog toute la noirceur de mon être, comment vais-je pouvoir maintenir une continuité, maintenant que ma vie toute entière se voit bouleversée par le plus heureux événement qui soit, l'attente d'un enfant ? Comment ne pas tomber dans la niaiserie de la future maman béate et impatiente, plus que jamais amoureuse de son homme et plus que jamais heureuse et confiante en l'avenir ?

Eh bien à vrai dire, je l'ignore, et, mieux : j'men fous.

C'est le plus beau jour de ma vie, c'est la vraie vie qui commence...


Vague à l'âme

Finalement, ne serions-nous pas entièrement soumis à notre psychisme ? Nous subissons, tel un bateau emporté par la tempête ou délicatement balancé par le calme des flots, les aléas de notre inconscient. Nous sommes tour à tour emportés par des tourbillons d'angoisse, happés par la menace d'anéantissement, figés dans la dépressivité glaciale, bercés par la quiétude et la douce lumière du monde, chavirés par des sentiments violents, engloutis dans les profondeurs de la mélancolie, perdus dans l'infini du Temps, sans ancre ni attache ou bien arrimés à notre passé, incapables de poursuivre notre route. Nous sommes en quête de sens - relier un point à un autre, garder le cap ! - mais le ciel est chargé de nuages et la mer peut se déchaîner, délier nos cordages éventrer nos voiles, et nous, pauvres petites barques de fortune ou grands navires extraordinaires, nous n'y pouvons rien, non, nous n'y pouvons rien.

La vie devant soi

A courir après son enfance on n'avance plus guère ; comme dans les rêves on l'on voudrait courir à grandes foulées mais le corps est trop lourd, plombé, enraciné dans notre histoire et nos angoisses. Je préfère voler librement au dessus des paysages de mon enfance, naviguer à ma guise, sans jamais toucher terre. Le réveil est plus doux, et l'âme plus légère.

Damoclès

Galerie sous-terraine aux néons bleutés, des kilomètres de tuyaux rouillés, usés par le temps - des chinois y travaillent, péniblement mais avec courage -, galerie ou abri de guerre, refuge de familles apeurées, les enfants qui braillent et qui ne comprennent pas, le grondement feutré des bombes, le silence de l'attente, et l'attente du silence pour enfin retrouver le jour, comme un lapin traqué sort timidement de son terrier.
Le ciel est orangé et le soleil couchant."Je ne redoute qu'une chose : c'est que notre pays entre en guerre", dis-je. Souvenir d'explosions, chutes de bombes, avions militaires volant à basse altitude - scarabées géants menaçants -, je scrute le ciel. L'Ennemi est là. Il ne frappe pas encore. Il domine le peuple. Un avion énorme survole la ville, comme une épée de Damoclès, et je vois à ma grande stupeur voler en éclats Météore, notre station de défense spatiale, notre fierté et le symbole de notre puissance, notre dernière chance de conquérir le monde.

Le chat et les livres

Nick Drake


"Tu peux prendre la route qui mène aux étoiles.
Moi, je prendrai celle qui me délivrera du mal."



Nick Drake - River Man

Logos

Le ventre est encore fécond...

Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester
Les yeux ronds. Agissez au lieu de bavarder.
Voilà ce qui aurait pour un peu dominé le monde !
Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut
Pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt :
Le ventre est encore fécond, d'où à surgi la bête immonde.

[ Bertold Brecht -
La résistible ascension d'Arturo Ui ]

Mektoub

54-46. Je commence à flipper sec. Au delà de la menace de mes parents de quitter la France en cas de victoire du Petit Teigneux, la situation actuelle m'angoisse complètement. Depuis mercredi soir mes démangeaisons ont repris, je peine à trouver le sommeil, je ne supporte plus de l'entendre vociférer à la tévé à la radio des discours pronant manichéisme et exclusion des plus démunis. Tout cela me fait vomir, et je m'efforce de penser qu'aujourd'hui et demain sont nos derniers jours de liberté.


Solocrâne

Bord de Seine. On extrait un crâne de l'eau. Un crâne bien nettoyé par les flots, bien lisse, avec une grande fente sur le pourtour : le haut de la boîte crânienne a été découpé, comme sur les squelettes en cours de biologie, comme Emile, le squelette titubant que maman avait offert à papa lorsqu'elle travaillait à la fac de médecine (la tête avait été un peu abîmée, les étudiants aimaient jouer au foot avec, et puis il manquait des phalanges, les vis des articulations ne tenaient plus qu'à un fil, mais papa avait été si heureux ce jour là... Son Emile, c'était un peu son meilleur copain.)
Une voix dit "C'est un solocrâne..." (il aurait pu dire que c'était un monocrâne, de toute façon ça veut dire la même chose : c'est une tête détachée du corps). "Il doit appartenir au flic qui a été balancé à la flotte vendredi dernier."
Que n'y ai-je pas pensé. C'est évident.
Les poulets ne savent pas nager.

Fragments

Cette musique me bouleverse.

La mise en scène est très belle : la lumière dorée sur les instruments met en valeur leurs contours, leur matière ; chaque instrument de musique est un objet d'art, un témoin des civilisations lointaines, un témoin du temps et de la mémoire des peuples. Instruments de rites ou créations fantaisistes, les matières et les sons s’entremêlent, dans leur singularité, leur originalité. Toi, véritable médium reliant l’auditeur au monde et aux cultures du monde, tu animes chaque objet de ton souffle, de ton rythme, tu insuffles à chaque instrument la mélodie et la vie, une âme venue d’ailleurs. Tu invites le spectateur au voyage, de sorte qu’il découvre, au delà des rythmes et des sonorités, différents horizons mais aussi une émotion qui elle, est universelle. Le spectateur en fermant les yeux, peut se détacher de l’esthétique des instruments pour accéder à une émotion pure, dénudée et dénuée de représentation matérielle (mélancolie, force de vie !). Ces fragments de musique « vivante » animent les âmes et ouvrent la voie de l’imaginaire. Platon avait raison : « La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée. »