Le bébé, de Marie Darrieussecq
Un livre tendre, juste et émouvant... un avant-goût de l'après ! Extraits.
Ces petits pieds qui gigotent, ils cognaient dans mon ventre.
Je ne peux pas croire qu'il soit sorti de moi.
Un jour un livreur a sonné à ma porte, j'avais un gros ventre, dans le colis il y avait le bébé, et je n'ai plus eu de gros ventre.
*
Le bébé voit les fantômes Ses yeux dérivent dans l'espace, il ignore nos sourires, il n'entend pas nos appels : il suit dans la maison le lent mouvement des spectres.*
De toutes les solutions possibles pour que la vie advienne, c'est la plus insensée qui a été retenue Que les bébés surgissent du sexe des femmes, tout s'organise pour faire au mieux avec ce délire, pour qu'on l'oublie et le contienne, c'est une évidence.*
Il s'efforce, il nous parle, il va nous le dire : d'où il vient, ce qu'il sait Il tente des syllabes, échoue, il s'exaspère, on ne comprend rien, il pleure.Et quand il saura parler, il aura tout oublié.
Cette lenteur de l'apprentissage, c'est un fait exprès : le temps de l'amnésie. Ainsi s'invente le secret des limbes.
*
Le rire du bébé ne fait pas mon bonheur, il me met en joie : j'espère, par la nuance, lui laisser de l'eau pour naviguer.
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