Le petit félin des villes
Pas de phacochères, non, ni de chair encore bien chaude, pas de course poursuite, pas d'arbres ni d'herbes folles, pas de lune balayée par les nuages cotoneux... non. Assis bien sage au bord du lit, le chat observe ses possibilités d'existence - rêves, souvenirs archaïques ? -. Il reconnait les siens, la démarche féline, l'envol des oiseaux, il est tout entier dans le paysage, devient tigre, léopard, puis détourne le regard pour mieux retrouver son petit confort de minou citadin. Mimi pattes en rond, sur la couette douillette, dans une heure il sera temps de gratter la gamelle et de réclamer sa pitance - froide, découpée en cubes, inerte, insipide - oui mais vague saveur de barbaque quand même-, et puis il peut toujours faire semblant, deviner sous les draps la présence d'une souris, chaparder la carcasse du poulet la nuit venue, regarder les pigeons par la fenêtre au petit matin en émettant de drôles de petits cris saccadés. Il peut toujours rêver de chasse - les moustaches qui frétillent, les pattes qui tremblent - illusion de l'instinct sauvage ! ... la plupart du temps il se fait réveiller par une main caressante, qui gratouille gentiment la tête, entre les deux oreilles, là où il est impossible de se lécher... alors il ferme les yeux de contentement, sourit même parfois, et il se met à ronronner comme un chaton docile, comme un petit félin des villes.



