Tripalium...


Voilà, c'est fini. En arrivant à Paris je m'étonne de sa densité : les gens vivent les uns sur les autres, entassés. Les voitures ne trouvent pas de place, les passants non plus, les trottoirs sont étroits et tout manque d'espace. Ma maison est en carton, sans pirouette ni cacahuète. On s'entend, on se gêne. On voudrait pousser les murs et dessiner à la fenêtre un peu de nature. Quelques arbres, des oiseaux. Ici il faut tendre le cou pour voir la couleur du ciel. Ici, on voit bien les autres chez-soi, l'immeuble d'en face, les stores qui se ferment pour préserver l'intimité, on voit bien les enseignes publicitaires, cyber-café, photocopies, monoprix... Je cherche une brindille, un chat qui se promène, les petites pâquerettes qui habillent l'herbe bien verte, je tends l'oreille, en vain. Le chant des oiseaux est loin. Le silence des vignes à perte de vue est loin. Je tourne en rond dans ma maison de poupée, petit appartement parisien, je m'évade dans mes pensées et dans de beaux projets, en attendant un nouveau départ, l'été prochain...
Je n'arrive pas à m'en remettre. A peine Khadafi a-t-il tourné les talons que notre nain de président, le roi de l'entourloupe et du détournement d'attention, s'expose avec sa dernière pouffe, j'ai nommé la molle et cireuse Carla Bruni (physiquement proche de Cécilia, vous ne trouvez pas ?). Pas d'annonce officielle, non, une belle mise en scène à l'américaine : après le jogging à l'Elysée, les ballades cowboy et les jambes allongées sur la table, Sarko joue au vrai être humain qui s'amuse à Eurodisney avec sa nouvelle poupée. A vouloir jouer les monsieur tout le monde, le nain semble dériver de son axe et de sa mission première : gouverner la France et la représenter, avec respect, dignité et discrétion. Au lieu de ça nous nous enlisons dans une belle mascarade, on parle désormais de peopolitique, nous sommes entrés dans l'ère du vulgaire, du m'as-tu vu, du faux-semblant, du gouvernement Paris Match, de l'impudeur et surtout du manque de respect."Sarkozy se place dans la toute-puissance, non celle des grands hommes mais celle de l'enfants frustré de ne pas pouvoir dominer le monde."
Dans les débats sur le sort des embryons lors des avortements ou du clonage, un des arguments est souvent : « La vie commence dès la fécondation ! ». Eh bien ! La vie ne commence pas. Elle est transmise.
Spermatozoïdes et ovules sont des cellules et sont donc vivantes. Leur fusion lors de la fécondation a simplement pour but de transférer et de mélanger leurs gênes. La vie se prolonge sans discontinuité. C’est un arbre aux ramifications sans fin.
D’ailleurs il serait difficile de dire le moment exact de la fécondation, puisque la fusion dure une trentaine d’heures et que les gènes paternels ne s’expriment, eux, que quelques jours plus tard.
[métro]
« Je suis contente pour toi Tatounette ! ». Elle a dix ans et un cœur débordant d’amour et de gentillesse. Mon frère en a 42 et il ne dit rien.
Jamais il ne s’est réjoui de mon bonheur.
Il y a quelques semaines, je regardais une émission à la télé sur la jalousie entre frères et sœurs. Curieusement je me sentais absolument étrangère à cette problématique, et pourtant j’y suis confrontée depuis bien longtemps. Quand je suis née, mon frère avait seize ans. Il n’a presque pas connu son père, j’ai été aimée et entourée par des parents heureux et amoureux. Il passait ses vacances au camping, je les passais dans un centre d’équitation, et ces Noël interminables où je croulais sous les cadeaux, alors qu’au même âge il n’en avait sans doute pas autant. Sentiments d’abandon, d’humiliation, de déséquilibre familial, manque de reconnaissance... mon frère se perd dans les dédales de la rancœur.
Pour mes 24 ans, il s’est dévoilé. « Oui j’ai toujours été jaloux de toi, tu as tout eu et moi rien ». Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que nous vivions un moment important, une étape qui nous permettrait de clarifier la situation, d’avancer sans œillères. Il avait réussi à verbaliser des sentiments rudes à mon égard, j’en étais plutôt soulagée.
Depuis, nous avons traversé des phases de bonheur fraternel mais aussi de désillusion. Par moments nous sommes complices et profondément heureux d’être frère et sœur, par moments je suis celle qui dérange, qui prend toute la place, toute la lumière.
Lorsque je lui ai annoncé que j’attendais un bébé, il m’a dit, d’un ton presque embarrassé « Alors… tu ne seras plus ma petite sœur… » comme s’il menaçait de perdre son statut de grand frère, modèle et protecteur, celui qui a une longueur d’avance, qui a une plus grande expérience de la vie, celui qui sait. Maintenant nous sommes deux adultes, et la comparaison est plus facile, ravivant inévitablement les blessures d’antan...
Dire qu'on est tous passés par là... Enveloppés dans une bulle, souple et chaude, comme quand on s'emmitoufle dans une couette, ou qu'on immerge tout son corps dans l'eau du bain - je restais des heures comme ça quand j'étais petite, en apné ; rien ne pouvait m'arriver, ma peau se fripait et accumulait la chaleur de l'eau parfumée à l'Obao bleu, et je restais là, protégée du monde, de l'air et du froid, exilée volontaire du Réel -. Enveloppés dans une bulle. Dire que l'être humain est incapable de se souvenir de ces moments là, si précieux, si purs - à part mon oncle, qui est bien le seul à se souvenir d'une douce quiétude (mais aussi de son pénible "passage" dans le monde des bipèdes aux poumons développés et à la langue pendue.) Curieusement terme passage évoque aussi la transition entre la vie et la mort, comme quoi tout est lié, et comme je disais à Fargo, le Temps c'est la création, l'évolution, la déchéance et la mort. Tout est étroitement intriqué... et je m'aperçois qu'à nouveau je dévie vers cette chère et morbide thématique, alors que pour une fois je comptais amener un peu de fraîcheur sur ce blog...