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Tripalium...

Aujourd'hui je suis passée devant mon boulot. Gros coup de déprime, vent de panique à l'idée d'y retourner dans deux mois, de reprendre ma vie d'avant. Sans mon gros ventre, sans leurs bonnes intentions. Poupinou in the crèche - terminées les journées de bonheur absolu. Comme tout le monde je verrai mon bébé le matin un p'tit peu, et le soir un p'tit peu. C'est ça la vie. Déjà dès demain c'est mon homme que je ne verrai plus qu'un p'tit peu. Il a trouvé un boulot normal. Il se lèvera à 7h30 se rasera et partira au turbin sacoche en main. Moi qui nage dans le principe de plaisir comment j'vais faire ? Je voudrais tout ma vie prendre mon temps. L'observer. Le regarder filer, lentement. Passer sa vie à travailler, ah ça non. Tout nous échappe. Tout s'accélère, parce que dès le lundi matin on espère qu'une chose, c'est arriver au vendredi soir.
Alors forcément on ferme les yeux la semaine durant, on regarde là où on nous dit de regarder, on fait ce qu'on nous dit de faire. Et puis on ouvre enfin les yeux, semaine achevée, deux jours de liberté devant nous, deux jours qu'on espère lents et plaisants, on voudrait en profiter, mais ils nous glissent entre les doigts, et s'enfuient aussi vite que les jours de labeur. La valeur travail ! La valeur rien-foutre, oui ! J'aime mon boulot mais ce soir je clame mon immense désir de ne plus y foutre les pieds ! Je suis nulle, j'ai pas envie d'être à ma place, j'la donnerais bien tiens ! J'veux pas écouter, analyser, prendre des décisions, gérer, m'interroger, travailler en équipe, bah !! J'veux pas voir leurs têtes ! Ni entendre leurs plaintes, leurs gémissements, leurs angoisses ! Bah ! J'veux rester au chaud dans ma p'tite bulle de joie avec mon chéri mon bébé mon connard de chat et mon p'tit chez-nous. J'veux rien qu'du plaisir rien qu'du bonheur que des beaux projets, j'veux rester sur mon nuage, pas redescendre - pour quoi faire - balayer le principe de réalité, camper sur ma position de grande gamine qui veut pas r'tourner à l'école. Et puis c'est tout.

Peinture de Carmen Segovia

Remember

Ciel gris, homme parti. Il a plu quasiment toute la journée : les pétales de mes géraniums sont assommés, je n'ai pas mis le nez dehors. Aux gogues je lis un petit livre charmant d'Henry Miller "Lire aux cabinets". J'attaque également "Replay" de Ken Grimwood. Pour l'instant ça me plaît bien, mais il me manque indéniablement un cadre pour lire. Oui. Une mouvance ronronnante. Les néons matinaux. Les arrêts pour lever les yeux et se reposer un instant de sa lecture. Oui. Pour lire il me manque le métro.
Je suis tombée bien bas.
Ce soir mes pieds sont glacés mais je n'enfilerai pas de chaussettes, j'aime sentir sous ma peau le parquet parfum de cire.
J'écoute ce merveilleux album "L'inutile", d'Higelin & Areski. De la poésie à l'état pur, du rêve, de l'amour et du cauchemar aussi. Remember...

>> ♫ Higelin & Areski - Remember

Back home

Voilà, c'est fini. En arrivant à Paris je m'étonne de sa densité : les gens vivent les uns sur les autres, entassés. Les voitures ne trouvent pas de place, les passants non plus, les trottoirs sont étroits et tout manque d'espace. Ma maison est en carton, sans pirouette ni cacahuète. On s'entend, on se gêne. On voudrait pousser les murs et dessiner à la fenêtre un peu de nature. Quelques arbres, des oiseaux. Ici il faut tendre le cou pour voir la couleur du ciel. Ici, on voit bien les autres chez-soi, l'immeuble d'en face, les stores qui se ferment pour préserver l'intimité, on voit bien les enseignes publicitaires, cyber-café, photocopies, monoprix... Je cherche une brindille, un chat qui se promène, les petites pâquerettes qui habillent l'herbe bien verte, je tends l'oreille, en vain. Le chant des oiseaux est loin. Le silence des vignes à perte de vue est loin. Je tourne en rond dans ma maison de poupée, petit appartement parisien, je m'évade dans mes pensées et dans de beaux projets, en attendant un nouveau départ, l'été prochain...


Que sont mes rêves devenus ?

Envolés, pfuit ! Plus un songe à l'horizon. Le vent de la nuit ne vient plus caresser mes pensées ensommeillées. Plus d'images. Fini les retrouvailles avec mes chers disparus. Ecran noir. Comme si les pleurs d'Ulysse effaçaient tout. Toute l'énergie de mon sommeil semble se fixer sur mon corps - le détendre, le défaire de ses noeuds, de sa lourde fatigue de la journée. Ce qui se passe là haut, ça ne l'intéresse plus. Lorsque j'ouvrais les yeux, je voyais les courbes de mon homme endormi, le mur de livres, et la chevelure tombante de la plante suspendue. Maintenant je ne vois plus que le voyant lumineux - tantôt vert tantôt rouge - de l'écoute bébé, comme un signal d'alarme dans la profondeur de la nuit.
L'espace manque, l'espace du désir et des rêves.
Le temps aussi, celui de la contemplation et des promenades intérieures...
Je veux bien troquer mes rêves contre les sourires radieux de mon bébé, mais pour un temps seulement. Un jour, nous apprendrons à nous détacher doucement l'un de l'autre, et ce sera peut-être l'occasion pour mes songes de revenir et de se loger à nouveau dans les creux de mon âme...


Caspar David Friedrich
Voyageur contemplant une mer de nuages

Mon frère

Il m'a dit "Le jour où je t'ai vu dans les bras de maman et qu'elle a dit "C'est mon enfant", j'ai été profondément jaloux. D'ailleurs je suis parti..."
Bizarrement, je n'ai jamais pensé que mon frère avait pu être jaloux de l'amour que ma mère avait pour moi à ma naissance. J'ai toujours pensé qu'il enviait plus que tout cet équilibre familial qu'est la triade père-mère-enfant, lui qui n'a presque pas connu son propre père. Evidemment, après seize ans d'un amour maternel exclusif, d'une relation fusionnelle parsemée de piques et de tendresse, il ne pouvait que lui en vouloir. Celui-là est grand maintenant, j'en fais un autre, une autre, toute jolie, toute neuve, l'autre je le mets à la poubelle. Il lui en a voulu, il lui en veut encore, il m'en veut toujours...
Comment a-t-il dépassé cette étape (pour ne pas dire épreuve) ? Quel a été le cheminement de sa pensée, lui qui m'a accompagnée à l'école, gardé le mercredi, chatouillée et choyée ? Dans sa belle Ford bleu-turquoise, il venait me chercher à quatre heures. "C'est mon frère !"disais-je fièrement à mes camarades. Lui sautait la barrière avec souplesse et désinvolture, comme un flic de Miami, comme un héros. Et puis il me raccompagnait à la maison - qui était à cinq cent mètres - en faisant crisser ses pneus, "comme Starsky et Hutch !". J'étais heureuse. Figure paternelle, il a comblé les manques de mon père. Au moins, avec lui, je m'amusais, je riais, j'étais un peu amoureuse de lui, forcément c'était mon héros. Mon père, lui, était trop sérieux, trop absent. Je l'ai admiré plus tardivement.
Mon premier souvenir de cauchemar représentait mon frère. J'avais six ou sept ans, je m'en souviens comme si c'était hier... Un chinois se tenait assis sur une chaise au beau milieu d'un hangar entouré de haies, c'était lui (à l'école on me demandait souvent s'il était chinois car ses cheveux étaient très noirs). Dans sa main, un couteau. Il voulait me tuer. Et moi, brebis égarée, terrorisée, je n'avais aucune issue, j'allais me faire manger toute crue. La seule solution était de feindre l'admiration pour qu'il m'épargne, qu'il ne me croque pas. Je grimpais sur ses genoux et caressait ses cheveux en le flattant. C'était puant puisque feint, mais j'étais contrainte d'accepter sa haine envers moi et de renverser ma peur de lui en un amour fraternel fondé sur la séduction et l'admiration. Cette peur, c'était peut-être tout simplement un sentiment de culpabilité - d'avoir volé l'amour maternel, d'avoir eu un père et une enfance heureuse.
Je repense à ce rêve, à notre histoire, et la compréhension que j'en ai se résume à ce postulat : "Aimer mon frère c'est lui dire pardon...". J'ai encore du chemin à parcourir pour démêler les noeuds et y voir plus clair, aujourd'hui la vie fait que nous avançons tous deux vers une forme de maturité. Je ne suis plus celle que j'étais, quant à lui, il élabore, exprime davantage son ressenti. Nous connaissons mieux nos forces et nos faiblesses, nous savons nous parler : nous sommes désormais deux adultes face à la vie.

Peopolitique

Je n'arrive pas à m'en remettre. A peine Khadafi a-t-il tourné les talons que notre nain de président, le roi de l'entourloupe et du détournement d'attention, s'expose avec sa dernière pouffe, j'ai nommé la molle et cireuse Carla Bruni (physiquement proche de Cécilia, vous ne trouvez pas ?). Pas d'annonce officielle, non, une belle mise en scène à l'américaine : après le jogging à l'Elysée, les ballades cowboy et les jambes allongées sur la table, Sarko joue au vrai être humain qui s'amuse à Eurodisney avec sa nouvelle poupée. A vouloir jouer les monsieur tout le monde, le nain semble dériver de son axe et de sa mission première : gouverner la France et la représenter, avec respect, dignité et discrétion. Au lieu de ça nous nous enlisons dans une belle mascarade, on parle désormais de peopolitique, nous sommes entrés dans l'ère du vulgaire, du m'as-tu vu, du faux-semblant, du gouvernement Paris Match, de l'impudeur et surtout du manque de respect.
Au pays de Sarko la manipulation est de mise, la médiatisation est une arme, et la vulgarité un principe. Ses idéaux ne trouvent leur source que dans la quête effrenée du pouvoir : Sarko ne désire pas être un bon homme politique, mais un super président qui a des couilles (il court, tout lui est permis, il est partout, et maintenant il baise !!!).

Que veut-il prouver au monde ? Est-il à ce point complexé qu'il met un point d'honneur à prouver à la terre entière qu'il est un grand garçon (avec ses talonnettes, son palais doré et sa poupée barbie) ? Quelle blessure narcissique cherche-t-il à panser ? Jusqu'où ira-t-il ?

"Sarkozy se place dans la toute-puissance, non celle des grands hommes mais celle de l'enfants frustré de ne pas pouvoir dominer le monde."

A méditer...

Idée reçue

Dans les débats sur le sort des embryons lors des avortements ou du clonage, un des arguments est souvent : « La vie commence dès la fécondation ! ». Eh bien ! La vie ne commence pas. Elle est transmise.

Spermatozoïdes et ovules sont des cellules et sont donc vivantes. Leur fusion lors de la fécondation a simplement pour but de transférer et de mélanger leurs gênes. La vie se prolonge sans discontinuité. C’est un arbre aux ramifications sans fin.

D’ailleurs il serait difficile de dire le moment exact de la fécondation, puisque la fusion dure une trentaine d’heures et que les gènes paternels ne s’expriment, eux, que quelques jours plus tard.

Source : Tatoufaux.com

L'instant

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. J'ai maintenant assez d'espace pour penser, pour laisser naviguer mes rêves, nos projets. Le chat accompagne chaque instant de sa douce présence, de son regard tendre. Sur une étagère de la bibliothèque, au beau milieu des livres, trône un petit ourson jaune qui fredonne Lullaby lorsqu'on tire sur l'anneau blanc - je le place sur mon ventre - mignonne berceuse -, il y a aussi le journal d'Ulysse et un livre sur la paternité.
Etendue sur le lit, je laisse se dérouler le fil du temps, l'esprit rivé sur cette petite lumière qui anime nos coeurs, et je m'étire félinement. La respiration de l'homme s'alourdit, le chat fait son rond et la nuit dépose discrètement son voile sur nous, l'instant est divin.

Foule sentimentale

Il bouge, se déplace dans mon ventre, il est là ! Nous lui parlons et il semble nous répondre par de légers mouvements, ou par de grands déplacements qui déforment l'arrondi de mon ventre. Mon fils, notre fils ! La dernière fois que j'ai rêvé de lui, il avait quitté son apparence de nourrisson savant. Nu, joli petit poupon ne sachant rien du monde, il riait sous mes caresses, d'un rire limpide et innocent. Rêves et pensées sont pour moi le terreau du lien, lien aux disparus mais aussi aux êtres en devenir. Grand-Mère, Grand-Père, Geneviève, Jean-François, Ulysse, tous se rencontrent en ce temps qui n'existe pas, en cet espace impalpable de la psyché, qui donne vie aux êtres aimés - lieu de mémoire, d'amour, d'espoir, temple intérieur, arbre imaginaire ! -.
Danse tout ce petit monde autour de mon ventre prometteur, joyeuse farandole qui célèbre la vie !

Homéostasie

- Ménilmontant, 18h47 -
Imaginez une grue entièrement couverte d'oiseaux
qui piaillent,
s'égosillent,
minuscules créatures qui s'imposent et se
posent
ça et là,
en des lieux
vertigineux,
parce qu'il faut bien que la nature persiste
en cette triste
cité.

Un arbre...

Un arbre au jardin du Rayol
Un arbre pour Thomas
Un arbre pour nos racines,
pour la belle ramification à venir

Un arbre pour le temps qui passe
Un arbre pour l'avenir
Un arbre pour la vie
Et pour sa grande beauté.

Tripalium

Pensée

[métro]

J'écoute la douce voix de Charlotte Gainsbourg, l'âme vagabonde. Moment de grâce, beauté d'un bonheur désormais ancré en moi.
"De toute mon existence, je n'ai jamais autant aimé la vie"



Charlotte Gainsbourg - Little monsters

Blue train

Ephémère du temps, du mouvement, de l'espace, d'une gare dans laquelle se croisent les âmes les histoires et les vies. Ce moment que je vis est unique, le paysage défile et ne sera plus jamais tel que je l'ai vu à l'instant. Perpétuelle mouvance des choses. Chaque seconde vécue, chaque sensation, est essentielle. La valeur de la vie découle de son aspect éphémère, grain de sable dans le vent, un fragment de vérité, d'immédiat. La musique se mêle à l'essence de l'instant pour se révéler, percer le silence et l'espace, le temps d'une mélodie. Inscription, empreinte fugace et l'harmonie s'évapore aussitôt. Il fallait être là, témoin du déroulement du fil de la vie. Il faut être là, en vie, en avoir envie sans jamais être las.

Amertume

« Je suis contente pour toi Tatounette ! ». Elle a dix ans et un cœur débordant d’amour et de gentillesse. Mon frère en a 42 et il ne dit rien.

Jamais il ne s’est réjoui de mon bonheur.
Il y a quelques semaines, je regardais une émission à la télé sur la jalousie entre frères et sœurs. Curieusement je me sentais absolument étrangère à cette problématique, et pourtant j’y suis confrontée depuis bien longtemps. Quand je suis née, mon frère avait seize ans. Il n’a presque pas connu son père, j’ai été aimée et entourée par des parents heureux et amoureux. Il passait ses vacances au camping, je les passais dans un centre d’équitation, et ces Noël interminables où je croulais sous les cadeaux, alors qu’au même âge il n’en avait sans doute pas autant. Sentiments d’abandon, d’humiliation, de déséquilibre familial, manque de reconnaissance... mon frère se perd dans les dédales de la rancœur.

Amertume.

Pour mes 24 ans, il s’est dévoilé. « Oui j’ai toujours été jaloux de toi, tu as tout eu et moi rien ». Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que nous vivions un moment important, une étape qui nous permettrait de clarifier la situation, d’avancer sans œillères. Il avait réussi à verbaliser des sentiments rudes à mon égard, j’en étais plutôt soulagée.
Depuis, nous avons traversé des phases de bonheur fraternel mais aussi de désillusion. Par moments nous sommes complices et profondément heureux d’être frère et sœur, par moments je suis celle qui dérange, qui prend toute la place, toute la lumière.
Lorsque je lui ai annoncé que j’attendais un bébé, il m’a dit, d’un ton presque embarrassé « Alors… tu ne seras plus ma petite sœur… » comme s’il menaçait de perdre son statut de grand frère, modèle et protecteur, celui qui a une longueur d’avance, qui a une plus grande expérience de la vie, celui qui sait. Maintenant nous sommes deux adultes, et la comparaison est plus facile, ravivant inévitablement les blessures d’antan...

Le berceau de la vie

Comme une branche pliée par le poids du temps, je me courbe le soir venu, puis m'étends, lasse de ma journée. La nuit déroule son fil, délicatement, jusqu'au petit jour. Trois, quatre heures du matin. Je me tourne, cherche le sommeil, en vain. Mue par une force silencieuse, je peine à rester dans les bras de Morphée. Mon corps tout entier, et mon esprit, même, semblent m'annoncer leur fastidieux labeur. Une petite créature se développe de quelques centièmes de millimètres chaque jour, chaque nuit. Vaste révolution. Miracle de la vie !

Les fourmis

Je ne sais pas d’où me vient cet amour de l’orage, lorsque le ciel s’obscurcit et répand son voile sombre sur la ville. La lumière s’estompe alors, et devient gris-jaune ; les feuilles tourbillonnent - on entend simplement le souffle du vent - quelques oiseaux qui filent à travers ciel à la recherche d’un refuge. Comme le silence qui suit la musique est de la musique, le silence de l’avant-orage est déjà de l’orage.
Les gens, eux, continuent leur course effrénée, ignorant la tempête à venir. Pauvres petites créatures, en deux temps trois mouvements, les voilà secoués arrosés malmenés par la pluie et le vent, ils se mettent à courir, hirsutes, trempés, petites fourmis ridicules protégeant leurs têtes minuscules d’un journal ou d’un vieux sac plastique.
Du haut du métro aérien dans lequel je me trouve, bien à l’abri, j’observe la scène. En contrebas, le monde s’affole. Tout le reste n’est que flotte, ciel orageux, tout le reste est nature, Nature qui reprend ses droits, qui vomit la crasse amassée dans les nuages lourds de la capitale. Le tonnerre gronde, les fourmis affolées ont disparu : entassées devant les devantures des magasins, sous les stores des brasseries, engouffrées dans le métropolitain, alignées sous les abribus, comme des quilles bien sages, les bras le long du corps – silence de mort. La ville toute entière est nettoyée de ses habitants – exception faite de quelques récalcitrants trop pressés qui traversent à grandes foulées les boulevards désertés.
Dans les jardins municipaux, les fleurs et les feuilles des arbres sont rutilantes. La terre s'imprègne et se nourrit de l'eau de pluie. Les oiseaux vont pouvoir nettoyer leur plumage au détour d'une flaque, les insectes vont sortir de leurs galeries sous-terraines et reprendre le cours de leur existence...
Et les fourmis, elles, lorsque la pluie aura cessé, vont reprendre leur interminable course, tête baissée, gromelant que cette foutue pluie leur a fait perdre du temps - que diable ! le temps c'est de l'argent ! - elles fileront à tout allure et se répandront comme de la lave brûlante dans les artères parisiennes, sans avoir vu la beauté de l'instant, sans avoir savouré la splendeur de l'orage et d'une Nature encore un petit peu vivante...

Rassemblez les nuages et à mon signal
Larguez l'orage…
Éclair lumière descend sur terre !
C'est la victoire du blanc sur le noir !
Choeurs chantez
Alléluia, olé, hourra
Choeurs, chantez
Alléluia, olé hourra
Olé hosanna
Olé hourra !

[L'orage - Dick Annegarn]

Mektoub

54-46. Je commence à flipper sec. Au delà de la menace de mes parents de quitter la France en cas de victoire du Petit Teigneux, la situation actuelle m'angoisse complètement. Depuis mercredi soir mes démangeaisons ont repris, je peine à trouver le sommeil, je ne supporte plus de l'entendre vociférer à la tévé à la radio des discours pronant manichéisme et exclusion des plus démunis. Tout cela me fait vomir, et je m'efforce de penser qu'aujourd'hui et demain sont nos derniers jours de liberté.


Bulle

Dire qu'on est tous passés par là... Enveloppés dans une bulle, souple et chaude, comme quand on s'emmitoufle dans une couette, ou qu'on immerge tout son corps dans l'eau du bain - je restais des heures comme ça quand j'étais petite, en apné ; rien ne pouvait m'arriver, ma peau se fripait et accumulait la chaleur de l'eau parfumée à l'Obao bleu, et je restais là, protégée du monde, de l'air et du froid, exilée volontaire du Réel -. Enveloppés dans une bulle. Dire que l'être humain est incapable de se souvenir de ces moments là, si précieux, si purs - à part mon oncle, qui est bien le seul à se souvenir d'une douce quiétude (mais aussi de son pénible "passage" dans le monde des bipèdes aux poumons développés et à la langue pendue.) Curieusement terme passage évoque aussi la transition entre la vie et la mort, comme quoi tout est lié, et comme je disais à Fargo, le Temps c'est la création, l'évolution, la déchéance et la mort. Tout est étroitement intriqué... et je m'aperçois qu'à nouveau je dévie vers cette chère et morbide thématique, alors que pour une fois je comptais amener un peu de fraîcheur sur ce blog...

Fuite

Comme un retour à un point antérieur. Les idées s'entremêlent et se ligotent entre elles jusqu'à se nouer très serré - le crâne imprégné - peau fragile - à nouveau - perméable au trop plein. une sorte d'hyper-sensibilité redoutable. redoutée. loin pourtant. qui revient. et ces cascades de mots écorchés qui sonnent creux 'nous ne faisons pas partie du même milieu' - ils voudraient que je me lie à eux. pourquoi le ferais-je - ils n'ont rien compris. mes amis. fidèle comme le chat qui s'en allait tout seul . lointaine comme toujours mais qui me connait réellement ? qui veut se casser les dents -
Le lien . le rien - peut-être par peur de laisser une trace. tout s'efface. c'est plus facile . autant ne pas creuser de sillons . rester lisse . glisser entre les doigts . entre les lignes -

- s'immiscer dans la vie comme un cambrioleur –