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Je suis...


All I see is your face


M'entends-tu ?


Rêves


Les enfants étaient couchés, le chat s'était assoupi sur mes genoux.
J'ai eu envie de crayonner.
Comme ça.
Dix ans après.

Là où vont nos pères



Un jour, un homme fait sa valise. Il quitte sa femme et sa fille, puis il s'en va. Il prend le train et embarque à bord d'un navire sur lequel il va traverser l'océan. Destination la terre promise, vers un pays inconnu. Cet homme est un émigrant. S'il laisse sa vie derrière lui, c'est parce qu'il espère en trouver une meilleure, ailleurs, loin de chez lui et loin des siens. Là-bas, dans ce pays nouveau et étrange où il doit réapprendre à vivre, il rencontrera d'autres gens, exilés comme lui, et comme lui perdus dans ce monde nouveau...
Là où vont nos pères est un album d'une profonde originalité. Abordant un thème plus que jamais d'actualité - l'émigration -, l'auteur a pris le parti d'un récit onirique qui acquiert la force d'une histoire universelle et intemporelle. Cette BD muette - et donc lisible par tous, partout dans le monde - tient à la fois du récit fantastique, du conte initiatique et du livre d'histoire. Dessiné dans des teintes sépia, comme si l'histoire oscillait entre rêve et réalité mais aussi entre passé et présent, cet album traite d'un thème universel sans jamais tomber dans le pathos grâce au pouvoir d'évocation du graphisme et à la magie envoûtante de ses images.
Là où vont nos pères - Shaun Tan - 2008
Prix du meilleur album du festival de bande dessinée d'Angoulême 2008

Transmission

Une vieille boîte à cigares, celle-là même qui renfermait les photos de famille, poussiéreuses. J'ouvre. Impatiente, curieuse. Boîte à souvenirs, à trésor, à mystère ?
Je retire une à une les strates de papier sopalin. Tout au fond, bien enveloppé, git un petit trésor de mon enfance, un présent que nul ne peut apprécier autant que lui et moi. Jamais je n'aurais imaginé qu'il m'en fasse don, nous avions un jour convenu que ce petit animal me reviendrait un jour. "Tu l'auras en même temps que mon crâne !" m'avait-il dit. Nous avions ri aux éclats.
Aujourd'hui, à l'heure où je vais devenir mère, où je vais transmettre la vie, mon père me transmet un héritage symbolique, un objet d'admiration, qui nous unit depuis toujours. Admiration pour la nature, pour ses créatures - vivantes, mortes, peu importe -, pour l'architecture des êtres, de la matière, pour le mystère de la vie et du temps...
Ce petit chat momifié, qu'il avait déniché dans un immeuble abandonné, mon père se l'est trimbalé toute sa vie. Et pourtant, il n'avait pas grand chose, juste le poids du monde sur le dos, mais pas de broutilles, ah ça non, on lui avait tout pris, la vie ne lui avait pas fait de cadeau.
"Si les gens voyaient ça, ils nous prendraient pour des fous !". Nous rions. Léaud, intrigué, renifle la petite dépouille, il semble ne rien saisir de ce qui se passe. Je remercie mon père, affectueusement, émue par ce geste d'amour et de transmission, et je contemple le corps cartonné de ce petit chat qui n'a jamais grandi, curiosité de la nature, le plus beau de tous les cadeaux du monde...







Sur un fil

Que dit le funambule en abordant son fil
Ou qu'aimerait-il dire ou bien que pense-t-il
Il dit qu'il est fragile et que la terre est basse
Il pense que son fil faudrait pas qu'il se casse
Il a peut-être peur ou bien peut-être pas
Peut-être bien qu'il aime quelque part en bas
Mais il n'y pense pas car c'est une autre histoire
Il n'a plus de visage il n'a plus de mémoire

Mais il marche pourtant
Il marche lentement
Il ne veut pas penser
Qu'on le ferait tomber
Pour rien pour voir sans méchanceté
Ce n'est pas méchant de souffler
De s'amuser à balancer
Le fil de sa vie
Le fil de sa vie

Je suis le funambule et j'aborde mon fil
Je le connais par coeur mais ce n'est pas facile
Je suis toujours fragile et puis la terre est basse
Je pense que mon fil se pourrait bien qu'il casse
Que j'ai peut être peur ou bien peut être pas
Et puis que je vous aime vous qui êtes en bas
Que vous m'aimez peut être ou que je veux y croire
Qu'il me reste mon coeur et toute ma mémoire

Mais je marche pourtant
Je marche lentement
Je ne veux pas penser
Qu'on me ferait tomber
Pour rien pour voir sans méchanceté
Ce n'est pas méchant de souffler
De s'amuser à balancer

Le fil de ma vie
Le fil de ma vie

Anne Sylvestre

Temps pis

Logos

De l'inconvénient d'être né


Un oisillon seché, un crâne de chien et un crâne de lapin.
Au moins, ces modèles-là ne bougent pas.