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In Excelsis Deo




Peinture de Marion Peck

Là où vont nos pères



Un jour, un homme fait sa valise. Il quitte sa femme et sa fille, puis il s'en va. Il prend le train et embarque à bord d'un navire sur lequel il va traverser l'océan. Destination la terre promise, vers un pays inconnu. Cet homme est un émigrant. S'il laisse sa vie derrière lui, c'est parce qu'il espère en trouver une meilleure, ailleurs, loin de chez lui et loin des siens. Là-bas, dans ce pays nouveau et étrange où il doit réapprendre à vivre, il rencontrera d'autres gens, exilés comme lui, et comme lui perdus dans ce monde nouveau...
Là où vont nos pères est un album d'une profonde originalité. Abordant un thème plus que jamais d'actualité - l'émigration -, l'auteur a pris le parti d'un récit onirique qui acquiert la force d'une histoire universelle et intemporelle. Cette BD muette - et donc lisible par tous, partout dans le monde - tient à la fois du récit fantastique, du conte initiatique et du livre d'histoire. Dessiné dans des teintes sépia, comme si l'histoire oscillait entre rêve et réalité mais aussi entre passé et présent, cet album traite d'un thème universel sans jamais tomber dans le pathos grâce au pouvoir d'évocation du graphisme et à la magie envoûtante de ses images.
Là où vont nos pères - Shaun Tan - 2008
Prix du meilleur album du festival de bande dessinée d'Angoulême 2008

Attente...



Nouvelle vague d'impatience, je n'en peux plus d'attendre. Ce dernier mois est interminable, le temps s'amuse à ralentir sa course - un sablier dans lequel tombent le plus lentement du monde chaque petit grain de sable, au ralenti - et moi qui reste plantée là toute la nuit, Morphée mon meilleur ennemi ! Un peu de sommeil par ci, un peu d'errance par là, des pensées en pagaille, des rêves emmêlés, des envies de tout ranger, de tout astiquer, le chat du haut de la bibliothèque observe le curieux spectacle de nos deux impatiences - je voudrais le serrer contre moi, mon fils, mon Ulysse, lui dire combien nous l'aimons... Encore combien à attendre, nul ne le sait, pour le moment la vie à deux, dans quelques jours le grand chambardement, ... soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien...

Cristo de la Paciencia

Le Christ de la Patience

Le Christ de la Patience - Paraguay

En plongeant ses bras dans la mer Egee

Ulysse raillant Polyphème - Joseph Mallord William Turner - 1829

In utero

Depuis l'temps que j'te rêve, depuis l'temps que j't'invente...

Ca m'a pris comme une envie de dormir. J'ai du m'armer de courage et de pinceaux pour affronter cette image qui s'imposait à mon esprit - l'étendre sur la toile, lui donner consistance, insufler la couleur et la vie à ce doux fantasme, à cette belle épopée...


William Utermohlen

"William Utermohlen, né aux États-Unis en 1933, a passé, à partir de 1957, la majeure partie de sa vie et de sa carrière d’artiste à Londres. Il y est de sa mort le 21 Mars 2007 des suites d’une maladie d’Alzheimer diagnostiquée 12 ans auparavant. [...]

Pour tenter d’assurer une continuité, une identité et aussi pour témoigner de son vécu dramatique, de son interrogation angoissée, l’artiste va réaliser une série d’autoportraits qui vont s’échelonner sur quatre ans, jusqu’à la perte totale de ses capacités praxiques et psycho-perceptives de représentation.[...]
L’autoportrait a ici valeur d’une recherche pour éprouver le sentiment de sa présence, de la réalité de l’existence, fut-elle tragique. Il s’agit aussi de témoigner de son vécu, et avec ce portrait, c’est toute la poignante vérité de l’artiste qui nous est donnée à partager : son monde s’est rétréci comme derrière les barreaux d’une prison. Il n’a plus pour voir la vie qu’une meurtrière en forme de couperet. Il ne lui reste plus qu’à attendre l’heure de sa condamnation."

"Le temps n’est plus qu’une suite d’instants. Le temps s’auto dévore et le dessin aussitôt tracé est gommé. L’image change et se défait au fur et à mesure qu’on essaye de la construire. Ni présent ni absent, l’objet ne consiste qu’en un évanescent passage à reconduire sans cesse. L’artiste assimile le dessin de son portrait à son destin : demeurer, tout en disparaissant. La perception garde sa valeur d’appel en raison du pouvoir originaire de l’objet. Mais ce qui revient reste hétérogène et menaçant pour son identité. Incorporation anéantissante : devenir sans relâche un objet qui en même temps qu’il surgit, disparaît. La figure infernale d’une peur devenue circulaire est avalée dans l’œil cyclonique de l’oubli."

Extraits du catalogue "WILLIAM UTERMOHLEN - PORTRAITS 1990–2000", publié à l'occasion d'une exposition-conférence à la Cité de la Science.

Essences

Une grande lyre ronde en bois vernis, un violon iranien, bombé comme un ventre de femme enceinte - son velouté, peau de mouton tendue sous le délicat chevalet -, une corne de gazelle aux belles ondulations, un fruit de cacao séché dont les graines secrètement révèlent la douceur des chants africains, le piano à pouces, si délicat, qui nous emmène aux confins de notre enfance… Happés, nous fermons les yeux et écoutons, bercés par les rêveries de terres lointaines et de danses traditionnelles. Libérés de nos incertitudes, nous effleurons l'essentiel.