"Profitez-en, ça passe vite..."
Voilà ce que me disent souvent ceux qui sont au crépuscule de leur vie. Longtemps j'ai pensé que j'avais toute la vie devant moi. Des rails à perte de vue, de temps à autres une gare. Faire des choix : suivre une route plutôt qu'une autre. Dérailler. Traverser l'espace et le temps. Et pourtant... dès les premiers instants de la vie nous sommes plongés dans une course que seule la mort arrête. Terminus. J'avais toute la vie devant moi lorsque j'ai vu le jour. Depuis, elle se consume, inexorablement. Tout ce que j'ai vécu, je ne le revivrai jamais. Des grains de sables qui s'envolent.Il y a deux mois, lorsque mon fils est né, j'ai immédiatement pensé "Ca y est, c'est la vraie vie qui commence". Celle d'avant me semblait incomplète, inaboutie, un préliminaire, un amuse bouche. Je repense à mon grand ami barbu qui m'a dit un jour "J'attends que ça commence !"... Nous avons tous une certaine idée du point de départ. Pour certains ce sera le premier baiser. Pour d'autre le premier enfant. Et pour d'autres enfin ce sera un point à atteindre, l'espoir d'un bonheur futur. Or la vraie vie, c'est celle qui nous anime. Profitons-en, ça passe vite ; chaque moment qui s'écoule finit bien rangé dans notre histoire. Quelquefois dans notre mémoire - pas toujours. Combien de souvenirs avons nous égaré ? Que restera-t-il lorsque, fatigués, nous nous retournerons sur notre passé, à compter les petits et grand bonheurs, les petites et grandes douleurs ? Ecrire, photographier : illusion d'éternité. C'est marquer d'un sceau notre temps vécu, soyons honnêtes il n'en restera rien, si ce n'est le plaisir de l'instant... Sentir, voir, rire, s'émouvoir, voilà peut-être l'unique fondement de la vraie vie. Comme disait l'autre, "the rest are details"...
* gravure de Patrice Berthon