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Vertige de l'amour

J'avais commencé à écrire un texte sur mes pieds, et puis, j'ai découvert une terre sauvage..

Une terre sauvage peuplée d'âmes ancestrales, qui hantent l'île de leur souffle humide et iodé, se figeant parfois en imposants menhirs.
De vastes landes de bruyères et d'ajoncs habillent les vallons, et, lorsque nous sillonnons le pays, il nous semble que les paysages écartent leur rideau verdoyant pour nous laisser admirer l'océan.

Bercés par la beauté des lieux, nous échouons à Port-Coton.

Les flots se sont parés de leur robe argentée, tandis que le ciel s'est orné d'un doux voile gris clair.

Nous approchons lentement, découvrant progressivement la mise en perspective vertigineuse des falaises qui révèlent, au beau milieu des flots, le fabuleux spectacle des rochers noirs, sculptés par la force du vent et des assauts incessants des vagues.

A mesure que je foule la terre, je vois s'élargir le vide devant moi, un espace vierge affolant, follement attirant qui déploie une splendeur diabolique. La beauté saisit l'être et s'empare de l'âme du promeneur, le poussant à des désirs funestes de communion. C'est une beauté mordante, faite de vide et de pierre brute, de vent et d'océan, de terre et d'horizon, qui nourrit une violente sensation d'absolu.

Je suis à quelques mètres de la falaise, et je voudrais embrasser les éléments, plonger dans le paysage tout entier, me lancer à corps perdu dans la tourmente des vagues, dans le romantisme des roches noires, sentir l'air, sa fraîcheur printanière, approcher la liberté des mouettes et de leur élégante voltige...
C'est bien parce que j'aime la vie, que je suis saisie par cette enivrante sensation mêlée de sentiments, le vertige de l'amour.
Je recule de trois pas, et salue l'immensité, l'intense beauté d'une nature qui se donne à nous, toute entière...



"C'est sinistre, diabolique, mais superbe et je ne crois pas retrouver pareille chose ailleurs"
(Claude Monet)


La mer

J'ai tant d'images en tête, que les mots peinent à fleurir...

Je revois Ulysse, jubilant au départ du bateau et souriant à tous ses passagers, nos empreintes à tous les trois sur le sable mouillé, la découverte du Domaine du Rayol (c'est un jardin extraordinaire rassemblant des espèces d'arbres du monde entier), je nous revois, ébahis, lorsque Ulysse, d'une voix limpide et adorable, a murmuré "Maman... Papa !" - simple coïncidence phonique : il passe son temps à aligner les syllabes pour inventer son propre langage - mais quel bonheur d'entendre ces "presque-mots" !
La Méditerranée ornait tantôt un bleu profond, presque marine, tantôt un bleu léger frisant le turquoise, si pur ! Les paysages étaient somptueux, mais je n'ai pas trouvé la douce mélancolie de l'océan, la poésie de l'Atlantique. Ici tout n'est qu'esthétique, tout est carte postale. Les côtes sauvages sont bien rares, la plupart du temps elles sont délimitées par des barrières, des murets de pierre : comme dans un zoo la nature à l'état pur n'est accessible qu'à condition qu'on en soit éloigné. La Côte d'Azur abonde d'habitations, de gens, de bruit, c'est une fête permanente sans plages de silence ni de rêverie, où règnent le paraître et la sur-consommation. Me reviennent en mémoire notre maisonnette en pierre au coeur d'Oléron, nos promenades en bord de mer, le soir venu, l'horizon, signe d'infini, et la quiétude d'un bonheur simple et discret...

Sur le départ

Partir, enfin ! Charger la bagnole à bloc avec tout le bordel destiné à satisfaire les besoins de baby-chou pendant deux semaines... écouter Juliette, Renaud et Souchon, chanter comme des casseroles, mâcher des chouine-gommes et se passer la bouteille d'eau... faire des pauses pipi-changebaby-bib-sandwich-café sur l'autoroute, comme des beaufs, foutre des miettes partout, acheter le énième magazine spécial mamans, avec en cadeau un bavoir en plastique ou un pare-soleil pour la ouature... jouer au jeu "à quoi tu penses ?", regarder défiler les lignes blanches de l'autoroute, jusqu'à ne plus voir qu'une seule et même ligne, continue...
... observer le ciel, la forme des nuages (hélas pas d'ours ni de lapins comme dans Amélie Poulain), parler de tout, de rien, regarder les connards qui mettent pas leur clignotant et qui doublent par la droite. Râler. Dormir un peu, comme Poupinou, bercé par le ronron du moteur, se tordre le bras pour chercher la tétine coincée derrière son épaule, caresser son crâne duveteux, lui dire "t'inquiète pas mon bébé, on arrive bientôt" alors que c'est même pas vrai, on arrive dans longtemps... un jour il me demandera "C'est quand bientôt ?", je serai bien emmerdée. Quand j'étais gamine, lorsque ma mère me disait "Dans cinq minutes", je lui demandais toujours "C'est quoi cinq minutes ?" Ne sachant pas quoi répondre elle finissait par dire"C'est bientôt"...
Demain on boucle les valises, en route pour le sud, les retrouvailles familiales, le bonheur de partager du temps avec ceux qu'on aime...