Le petit félin des villes




Pas de phacochères, non, ni de chair encore bien chaude, pas de course poursuite, pas d'arbres ni d'herbes folles, pas de lune balayée par les nuages cotoneux... non. Assis bien sage au bord du lit, le chat observe ses possibilités d'existence - rêves, souvenirs archaïques ? -. Il reconnait les siens, la démarche féline, l'envol des oiseaux, il est tout entier dans le paysage, devient tigre, léopard, puis détourne le regard pour mieux retrouver son petit confort de minou citadin. Mimi pattes en rond, sur la couette douillette, dans une heure il sera temps de gratter la gamelle et de réclamer sa pitance - froide, découpée en cubes, inerte, insipide - oui mais vague saveur de barbaque quand même-, et puis il peut toujours faire semblant, deviner sous les draps la présence d'une souris, chaparder la carcasse du poulet la nuit venue, regarder les pigeons par la fenêtre au petit matin en émettant de drôles de petits cris saccadés. Il peut toujours rêver de chasse - les moustaches qui frétillent, les pattes qui tremblent - illusion de l'instinct sauvage ! ... la plupart du temps il se fait réveiller par une main caressante, qui gratouille gentiment la tête, entre les deux oreilles, là où il est impossible de se lécher... alors il ferme les yeux de contentement, sourit même parfois, et il se met à ronronner comme un chaton docile, comme un petit félin des villes.

Attente...



Nouvelle vague d'impatience, je n'en peux plus d'attendre. Ce dernier mois est interminable, le temps s'amuse à ralentir sa course - un sablier dans lequel tombent le plus lentement du monde chaque petit grain de sable, au ralenti - et moi qui reste plantée là toute la nuit, Morphée mon meilleur ennemi ! Un peu de sommeil par ci, un peu d'errance par là, des pensées en pagaille, des rêves emmêlés, des envies de tout ranger, de tout astiquer, le chat du haut de la bibliothèque observe le curieux spectacle de nos deux impatiences - je voudrais le serrer contre moi, mon fils, mon Ulysse, lui dire combien nous l'aimons... Encore combien à attendre, nul ne le sait, pour le moment la vie à deux, dans quelques jours le grand chambardement, ... soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien...

La prière du chat


Chat-garou

C'est le soir, ou la nuit, peut-être. Je me trouve dans une grande pièce carrée, ornée de matelas, draps, couvertures. De jeunes hommes étendus ça et là se reposent. Thom s'approche de moi. C'est étrange ce qui m'arrive, regarde... Il me montre son bras. Alors que je m'attends à découvrir un bras lisse et imberbe, je m'aperçois que celui-ci est velu. De longs poils animaux courent jusqu'au dos de sa main. Comme une main de loup-garou.
Je crois que je me transforme en chat, me dit-il, serein, comme si cette réincarnation était une douce évidence.

La fenêtre est ouverte qui donne sur les toits.

Thom d'un bond souple et grâcieux s'y propulse et disparaît dans la pénombre du soir...

Le soir...

kalimba
... je lui joue du kalimba.
Il danse dans mon ventre,
puis s'apaise à la douceur métallique
du petit piano à pouces d'Afrique...