Sur un fil

Que dit le funambule en abordant son fil
Ou qu'aimerait-il dire ou bien que pense-t-il
Il dit qu'il est fragile et que la terre est basse
Il pense que son fil faudrait pas qu'il se casse
Il a peut-être peur ou bien peut-être pas
Peut-être bien qu'il aime quelque part en bas
Mais il n'y pense pas car c'est une autre histoire
Il n'a plus de visage il n'a plus de mémoire

Mais il marche pourtant
Il marche lentement
Il ne veut pas penser
Qu'on le ferait tomber
Pour rien pour voir sans méchanceté
Ce n'est pas méchant de souffler
De s'amuser à balancer
Le fil de sa vie
Le fil de sa vie

Je suis le funambule et j'aborde mon fil
Je le connais par coeur mais ce n'est pas facile
Je suis toujours fragile et puis la terre est basse
Je pense que mon fil se pourrait bien qu'il casse
Que j'ai peut être peur ou bien peut être pas
Et puis que je vous aime vous qui êtes en bas
Que vous m'aimez peut être ou que je veux y croire
Qu'il me reste mon coeur et toute ma mémoire

Mais je marche pourtant
Je marche lentement
Je ne veux pas penser
Qu'on me ferait tomber
Pour rien pour voir sans méchanceté
Ce n'est pas méchant de souffler
De s'amuser à balancer

Le fil de ma vie
Le fil de ma vie

Anne Sylvestre

Comme ça...

J'ai fui le balbutiement des sirènes pour me plonger dans ton silence.

In utero

Depuis l'temps que j'te rêve, depuis l'temps que j't'invente...

Ca m'a pris comme une envie de dormir. J'ai du m'armer de courage et de pinceaux pour affronter cette image qui s'imposait à mon esprit - l'étendre sur la toile, lui donner consistance, insufler la couleur et la vie à ce doux fantasme, à cette belle épopée...


Tango


Tango de Zbigniew Rybczynski

William Utermohlen

"William Utermohlen, né aux États-Unis en 1933, a passé, à partir de 1957, la majeure partie de sa vie et de sa carrière d’artiste à Londres. Il y est de sa mort le 21 Mars 2007 des suites d’une maladie d’Alzheimer diagnostiquée 12 ans auparavant. [...]

Pour tenter d’assurer une continuité, une identité et aussi pour témoigner de son vécu dramatique, de son interrogation angoissée, l’artiste va réaliser une série d’autoportraits qui vont s’échelonner sur quatre ans, jusqu’à la perte totale de ses capacités praxiques et psycho-perceptives de représentation.[...]
L’autoportrait a ici valeur d’une recherche pour éprouver le sentiment de sa présence, de la réalité de l’existence, fut-elle tragique. Il s’agit aussi de témoigner de son vécu, et avec ce portrait, c’est toute la poignante vérité de l’artiste qui nous est donnée à partager : son monde s’est rétréci comme derrière les barreaux d’une prison. Il n’a plus pour voir la vie qu’une meurtrière en forme de couperet. Il ne lui reste plus qu’à attendre l’heure de sa condamnation."

"Le temps n’est plus qu’une suite d’instants. Le temps s’auto dévore et le dessin aussitôt tracé est gommé. L’image change et se défait au fur et à mesure qu’on essaye de la construire. Ni présent ni absent, l’objet ne consiste qu’en un évanescent passage à reconduire sans cesse. L’artiste assimile le dessin de son portrait à son destin : demeurer, tout en disparaissant. La perception garde sa valeur d’appel en raison du pouvoir originaire de l’objet. Mais ce qui revient reste hétérogène et menaçant pour son identité. Incorporation anéantissante : devenir sans relâche un objet qui en même temps qu’il surgit, disparaît. La figure infernale d’une peur devenue circulaire est avalée dans l’œil cyclonique de l’oubli."

Extraits du catalogue "WILLIAM UTERMOHLEN - PORTRAITS 1990–2000", publié à l'occasion d'une exposition-conférence à la Cité de la Science.