Le ventre est encore fécond...

Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester
Les yeux ronds. Agissez au lieu de bavarder.
Voilà ce qui aurait pour un peu dominé le monde !
Les peuples en ont eu raison, mais il ne faut
Pas nous chanter victoire, il est encore trop tôt :
Le ventre est encore fécond, d'où à surgi la bête immonde.

[ Bertold Brecht -
La résistible ascension d'Arturo Ui ]

Mektoub

54-46. Je commence à flipper sec. Au delà de la menace de mes parents de quitter la France en cas de victoire du Petit Teigneux, la situation actuelle m'angoisse complètement. Depuis mercredi soir mes démangeaisons ont repris, je peine à trouver le sommeil, je ne supporte plus de l'entendre vociférer à la tévé à la radio des discours pronant manichéisme et exclusion des plus démunis. Tout cela me fait vomir, et je m'efforce de penser qu'aujourd'hui et demain sont nos derniers jours de liberté.


Solocrâne

Bord de Seine. On extrait un crâne de l'eau. Un crâne bien nettoyé par les flots, bien lisse, avec une grande fente sur le pourtour : le haut de la boîte crânienne a été découpé, comme sur les squelettes en cours de biologie, comme Emile, le squelette titubant que maman avait offert à papa lorsqu'elle travaillait à la fac de médecine (la tête avait été un peu abîmée, les étudiants aimaient jouer au foot avec, et puis il manquait des phalanges, les vis des articulations ne tenaient plus qu'à un fil, mais papa avait été si heureux ce jour là... Son Emile, c'était un peu son meilleur copain.)
Une voix dit "C'est un solocrâne..." (il aurait pu dire que c'était un monocrâne, de toute façon ça veut dire la même chose : c'est une tête détachée du corps). "Il doit appartenir au flic qui a été balancé à la flotte vendredi dernier."
Que n'y ai-je pas pensé. C'est évident.
Les poulets ne savent pas nager.

Fragments

Cette musique me bouleverse.

La mise en scène est très belle : la lumière dorée sur les instruments met en valeur leurs contours, leur matière ; chaque instrument de musique est un objet d'art, un témoin des civilisations lointaines, un témoin du temps et de la mémoire des peuples. Instruments de rites ou créations fantaisistes, les matières et les sons s’entremêlent, dans leur singularité, leur originalité. Toi, véritable médium reliant l’auditeur au monde et aux cultures du monde, tu animes chaque objet de ton souffle, de ton rythme, tu insuffles à chaque instrument la mélodie et la vie, une âme venue d’ailleurs. Tu invites le spectateur au voyage, de sorte qu’il découvre, au delà des rythmes et des sonorités, différents horizons mais aussi une émotion qui elle, est universelle. Le spectateur en fermant les yeux, peut se détacher de l’esthétique des instruments pour accéder à une émotion pure, dénudée et dénuée de représentation matérielle (mélancolie, force de vie !). Ces fragments de musique « vivante » animent les âmes et ouvrent la voie de l’imaginaire. Platon avait raison : « La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée. »


Comme ça...