Les cloportes

Pas moyen de trouver du boulot dans ce fichu pays ! On a beau être diplômé, avoir trimé pendant des années sur les bancs d'la fac, on se retrouve avec bac +5, comme des cons, avec deux possibilités : ramer parcequ'on trouve pas de boulot, ou ramer parcequ'on se fait exploiter, payer au lance-pierre et, par dessus le marché, traiter comme le dernier des abrutis. Exit la motivation et les projets - personnels et professionnels -. Pour bosser maintenant, faut courber l'échine et fermer sa gueule. Faut être pute, quoi. Esclave. Eh ben moi ça me révolte. Tiens, ce soir nous avions prévu de fêter le premier anniversaire de notre rencontre. Loi de Murphy oblige, mon cher et tendre a été envoyé en mission en province ce matin de bonne heure et pour deux jours, sans qu'on lui demande son avis et sans qu'il puisse refuser.... Bande de rapaces ! Anthropopithèques ! Vermines ! Crier dans le désert n'a jamais apaisé la colère, pourtant aujourd'hui j'ai envie de gueuler ma rage, mon dégoût pour ce pays de cloportes, pour ce système politique bouché, pourri et puant, pour cette société rétrograde qui coupe les ailes du désir et de la liberté.

[Track : Breathe - Telepopmusik]

Erreur fatale

Tiens, Paul, j'ai exhumé ce texte, en écho au tien...

"J'ai défragmenté mes pensées, fait un scandisk de ma carte mère, delete les virus qui rongeaient ma peau, j'ai contrôle alt suppr les erreurs 404, forwardé les syntax error, supprimé mes favoris, nettoyé la mémoire vive, envoyé le voisinage réseau sur les roses, j’ai croqué les disquettes, explosé Explorer, téléchargé ma colère, flingué les plug-in, j'les ai tous mis out ! J'ai pompé les pop-up, arraché les câbles, déchiré le papier-peint, chiffonné le shift, aspiré les spams, hurlé aux oreilles des URL, exit les diagnostics ! J’ai appelé les applets, j’ai emmêlé les liens, rendu flou le Net, écrasé les informations, compressé la mémoire, neutralisé les maux de passe, j’ai égorgé les registres, décimé les cyber, fuck les FAQ, gobé le débogage, j’ai fait la Java avec les niveaux de sécurité, j’ai disjoint les pièces jointes, craqué les hackers, j’ai fermé toutes les fenêtres, j’me suis déconnectée de la couleur, j’ai mordu les gigabits, quitté les contacts j’ai navigué dans les historiques, désinstallé les ports, installé des domaines, déchiré la toile, bouffé tous les cookies, bloqué les octets, j’ai dévalisé la banque de données, supprimé les fichiers qui font chier, j’ai recherché les profils, filtré les tâches, infiltré les réseaux, exécuté les menus, j’ai glissé des icônes dans des boîtes de dialogues, j’ai basculé dans l’écran de veille, j’me suis rongé les onglets, j’ai raccourci la souris et effacé les lecteurs, j’ai désinstallé le gestionnaire, pissé sur les pixels et tapé sur le clavier, j’ai aligné les modems, vidé les extensions, exproprié les priorités, j’ai paramétré les trames et les thèmes, fusionné les langues, j’ai mis du taboulé dans les tabulations, du fromage dans le formatage, de la béchamel dans l’HTML, j’ai saigné les signets, dépucelé les puces, craché sur les bordures, j’ai mis de la menthe dans l’imprimante, du rhum dans le CD-Rom, des biscottes dans les disquettes, des chips dans le chipset, j’ai mis du mou dans le disque dur, mon annulaire dans le formulaire, j’ai inséré des calculs dans les colonnes, j’ai mis en cage la mise en page, annulé l’allumage, surligné les apparences, j’ai mis Mickey dans les maquettes, j’ai masqué tous les effets, émasculé les matricules, j’ai mis ta mère dans le scanner, ta sœur dans le processeur, et puis j’ai pris le chemin d’accès, je suis arrivée sur la plateforme, devant le format paysage, j’ai pris une bonne résolution et j’ai attendu mon bus système."

21/05/2004

De l'inconvénient d'être né


Un oisillon seché, un crâne de chien et un crâne de lapin.
Au moins, ces modèles-là ne bougent pas.

Mémoire

Dans le bureau de ma mère, habillé d'une épaisse moquette rouge - violoncelle de mon père accroché au mur, il y avait une bibliothèque sur laquelle trônait un splendide planisphère éclairé. Souvent je demandais qu'on le descende et qu'on l'allume. Magie des couleurs, découverte de l'espace, des frontières, mes petits doigts parcouraient mers et continents, et ça tournait, tournait... Sous le globe haut-perché se trouvait un livre dont la couverture était visible. Sur cette couverture, Memory, scène d'une tempe ensanglantée sur fond de ciel bleu. Incontestablement mon Magritte préféré, symbole de l'histoire et du temps, de la mémoire et de l'inconscient. Quatre entités qui aujourd'hui nourrissent mon travail, ma réflexion et mes rêves...

Vestiges

Nous avons exhumé des lettres de mes grands-parents d'il y a 30 ans, des vieux cahiers de classe de mon frère, et puis son premier casque de mobylette, tout rayé - nid d'araignées, des revues sur les nouvelles Peugeot clinquantes de l'époque, des livres de jeunesse de ma mère, d'énormes sacs de vêtements mités pourris, ma petite culotte en éponge bleu marine, des quilles en bois peint et puis mon premier tricycle jaune poussin, des rails rouillés de train électrique et des vieux cowboys en plastique fondu, des pages de philo éparpillées, des arachnides affolées, des souvenirs en lambeaux,
Des voiles de poussière comme un linceul sur le passé.