Mémoire

Dans le bureau de ma mère, habillé d'une épaisse moquette rouge - violoncelle de mon père accroché au mur, il y avait une bibliothèque sur laquelle trônait un splendide planisphère éclairé. Souvent je demandais qu'on le descende et qu'on l'allume. Magie des couleurs, découverte de l'espace, des frontières, mes petits doigts parcouraient mers et continents, et ça tournait, tournait... Sous le globe haut-perché se trouvait un livre dont la couverture était visible. Sur cette couverture, Memory, scène d'une tempe ensanglantée sur fond de ciel bleu. Incontestablement mon Magritte préféré, symbole de l'histoire et du temps, de la mémoire et de l'inconscient. Quatre entités qui aujourd'hui nourrissent mon travail, ma réflexion et mes rêves...

Vestiges

Nous avons exhumé des lettres de mes grands-parents d'il y a 30 ans, des vieux cahiers de classe de mon frère, et puis son premier casque de mobylette, tout rayé - nid d'araignées, des revues sur les nouvelles Peugeot clinquantes de l'époque, des livres de jeunesse de ma mère, d'énormes sacs de vêtements mités pourris, ma petite culotte en éponge bleu marine, des quilles en bois peint et puis mon premier tricycle jaune poussin, des rails rouillés de train électrique et des vieux cowboys en plastique fondu, des pages de philo éparpillées, des arachnides affolées, des souvenirs en lambeaux,
Des voiles de poussière comme un linceul sur le passé.

Rien(s) du tout

Il y a des jours comme ça où je repousse le réveil de 15 minutes. Même pas le temps de finir mon rêve. Si seulement les grasses matinées du week-end me permettaient de terminer les rêves inachevés de la semaine ! Il y a des jours comme ça où le paquet de céréales est plein mais il n'y a plus de lait dans le frigo. Et quand je me rabats sur les biscottes je me rends compte que j'ai oublié d'acheter du beurre. Il y a des jours comme ça où les passants me demandent leur chemin et je suis incapable de répondre, alors que je vis ici depuis plus de vingt ans. Il y a des jours comme ça où j'attends le lendemain avec impatience. Le fil de la vie se déploie. Et puis il y a des jours où j'ai envie d'écrire alors que je n'ai rien à dire. Alors je laisse filer les mots sous le sable, ici, là, ailleurs, nulle-part.

Tabula rasa

Faire du passé table rase. Enterrer les vieux démons, les uns après les autres. Leurs silhouettes dans mes rêves ne valsent plus / elles sont envolées dans les nues, collées sur les pages poussiéreuses des albums photo, comme des vieux trophées de pacotille.
Il m'en aura fallu du temps
Pour ouvrir les yeux.

Je me remémore ce déjeuner avec J-M, qui m'avait dit avec la tendresse d'un ami de toujours : "Ma petite Melody, il serait temps que tu choisisses un homme qui te plaît vraiment"
Je l'avais regardé en silence, interdite,
L'esprit rivé sur l'horizon du possible...

Au Magique

Au Magique la devanture est rouge basque
les ampoules sont allumées
et le rideau tiré.
Bas les masques.
Le vieux comptoir est en bois,
on est ici comme chez soi.
Un gros barbu sirote une bière,
ça parle politique, société misère
et chanson.
Ici on est dans un petit bastion
d'art et de guitare,
de pinard et de frometon.
Martine poliment nous sert
une assiette de rillettes.
Elle est gentille, Martine.
'la une bonne tête.
Une fois l'estomac bien rempli
nous descendons
A tâtons
Par l'escalier
étroit.
Ca sent l'humidité
et tout au fond
non pas un piano droit
Non.
Un piano à queue !

Nom de Dieu !
Comment qu'ils ont fait pour l'installer là
Ce piano pas droit !
Comment qu'ils ont fait
Pour le mettre là
Par ce p'tit escalier
Qui mène tout en bas !

Des banquettes en cuir
Trois ou quatre sourires
Et deux tables en bois
Le reste ça rentre pas.

Une salle en sous-sol
Deux guitares
Deux artistes
Et des mots qui s'envolent…
Un piano à queue
Dix spectateurs
Qui ont l'air heureux
Deux verres de bière
Des mots, des regards
Un verre de pinard
Et deux univers…

"Quand le soleil reviendra Bien planqué au fond des draps Et quatre épaisseurs de couette Bien repliées sur nos têtes L'un contre l'autre enlacés Prolongeant sur sa lancée D'un demi-sommeil opaque Une nuit d'amour fantasque"

Francis et Gilles
auteurs compositeurs
interprètes et conteurs
deux artistes poètes
libres et agiles
Deux univers
qui se mêlent
Et nous emmènent
Dans les hautes sphères
Des sentiments
Et des rêves...

Francis Couturier & Gilles Roucaute

Au Magique
Bar, restaurant, cave à chansons, exposition d'artistes
42, Rue de Gergovie
75014 Paris
Tel : 01 45 42 26 10
www.aumagique.com