Babylone

Percée onirique piquée au vif de mes mains encore hésitantes
l'horloge mécanique frappe
la tempe écaillée
fêlure damnée pour que la poudre bleue s'évapore dans les
eaux de l'Euphrate
Elle qui passe son temps
à se cogner le crâne contre les éclaboussures
marécageuses
la main sur la bouche
parce que la signalétique de l'épingle plisse les yeux
moue stridente
fracas frontal je mise sur le 5,
cinquième lobe temporal accroché au
fil de la turpitude
contemplation massive à quelques millimètres de
l'incertitude
elle crie dans l'éphémère
se désarticule pupilles dilatées,
enroulée sur sa peine à la porte d'Ishtar.

I have a dream !

Je rêve d'espace et de liberté.
Exit le parquet qui grince, le claquement des portes, la kitchenette-cage-à-poules, les pas des voisins, leur rire et leurs amis, la litière du chat dans la baignoire, les bouteilles lancées dans le contenaire à verre dans un fracas hérissant, la crasseuse jardinière, fade et fânée, bourrée d'ignobles parasites, les camions Monoprix et ceux des poubelles qui stagnent devant la fenêtre, tôt le matin, les amas de paperasse – pas la place, la tévé de la voisine noctambule et sourde, et l'autre qui dévale les escaliers sur les talons, le ravalement de façade, les ouvriers devant la fenêtre de la kitchenette, Melody qui râle et le chat qui s'ennuie à en gober les mouches.
Je rêve de poser mon cul sur l'herbe, de marcher sur du carrelage, d'entendre les oiseaux et les rires de Samuel et Lou, de dormir dans le silence et l'obscurité, je rêve de voir la couleur du ciel, d'écouter de la musique très fort, de planter du persil et de la ciboulette, d'avoir de la place pour ranger le bordel et préparer des petits plats, je rêve de lire au soleil, de voir courir le chat, d'embrasser la liberté.

Présence silencieuse

Assise comme à son habitude sur le banc du jardin, la canne posée sur le côté, elle contemple les fleurs, les roses, les moineaux sautillant sur la rambarde métallique. Elle est ici sans être là, Léa. Présence silencieuse, douce et angoissée, belle et tragique, elle se dit brebis égarée dans un monde dénué de sens qui n'a pour issue qu'une mort annoncée.
Son visage vieillissant est pur, ses yeux clairs débordent d'amour et d'angoisse.
Elle s'agrippe à mon bras.

- Tu ne m'oublieras pas, hein ?
- Non, je ne vous oublierai pas.

Elle sourit.
Dans deux minutes, c'est elle qui m'aura oubliée
Inexorablement
Comme le sable emporté par le vent
Et tout sera à recommencer.

Par delà les montagnes...



La Corse me manque déjà...

Guerre

Les américains ont déclaré la guerre à tous les pays qui les dérangent. Le Moyen-Orient, mais aussi l'Europe. J'observe une scène de mutinerie, ça pisse le sang ça pue la chair, le philosophe barbu qui se tient à mes côtés me fait part de son inquiétude...

- Ca a commencé avec l'Irak... ça finit en guerre mondiale...

- C'était prévisible en effet. Mais... maintenant que tout est foutu, nous devrions tous au même moment nous suicider, ainsi serions-nous libérés !

- Oui, au moins aurions-nous l'âme sauve...