La mer

J'ai tant d'images en tête, que les mots peinent à fleurir...

Je revois Ulysse, jubilant au départ du bateau et souriant à tous ses passagers, nos empreintes à tous les trois sur le sable mouillé, la découverte du Domaine du Rayol (c'est un jardin extraordinaire rassemblant des espèces d'arbres du monde entier), je nous revois, ébahis, lorsque Ulysse, d'une voix limpide et adorable, a murmuré "Maman... Papa !" - simple coïncidence phonique : il passe son temps à aligner les syllabes pour inventer son propre langage - mais quel bonheur d'entendre ces "presque-mots" !
La Méditerranée ornait tantôt un bleu profond, presque marine, tantôt un bleu léger frisant le turquoise, si pur ! Les paysages étaient somptueux, mais je n'ai pas trouvé la douce mélancolie de l'océan, la poésie de l'Atlantique. Ici tout n'est qu'esthétique, tout est carte postale. Les côtes sauvages sont bien rares, la plupart du temps elles sont délimitées par des barrières, des murets de pierre : comme dans un zoo la nature à l'état pur n'est accessible qu'à condition qu'on en soit éloigné. La Côte d'Azur abonde d'habitations, de gens, de bruit, c'est une fête permanente sans plages de silence ni de rêverie, où règnent le paraître et la sur-consommation. Me reviennent en mémoire notre maisonnette en pierre au coeur d'Oléron, nos promenades en bord de mer, le soir venu, l'horizon, signe d'infini, et la quiétude d'un bonheur simple et discret...