Sur la route

Des champs de blé à perte de vue, ceux-là même que décrivait Cioran lors de ses insomnies - un vaste champs de blé qui ne serait pas balayé par le vent -. Lumière dorée, ciel flamboyant - seule sur la route, je longe ce paysage de feu, délimité par de larges grilles. Glissent sur les blés aérolithes et éléphants, immenses et respectables symboles parentaux - entités, imago. J'admire le lent défilé - ils s'éloignent doucement -, je voudrais m'arrêter, inscrire cet instant à jamais dans ma mémoire, mais je sais combien le chemin est long qui mène à la vie, à la maternité. Plus que mes parents, c'est mon enfance, derrière cette grille, que je vois s'éloigner. Et moi qui vais à contre-courant, échappant au désir d'accompagner le mouvement du passé, je poursuis ma destinée, non pour accéder à la source de mon existence, mais pour en créer une nouvelle : un nouveau commencement, avec l'homme que j'aime, avec notre fils.