Roxane...


Lorsque je suis entrée dans la buanderie plongée dans l'obscurité du soir, j'ai vite senti qu'un animal s'y était réfugié. Notre chat semblait curieux et intrigué, indiquant la présence de quelque créature enfouie dans la penderie. Pigeon déplumé ? Rat estropié ? Je me suis penchée, écartant les vestes et les manteaux, et j'ai vu deux billes lumineuses et apeurées. J'ai approché ma main, délicatement, et son regard s'est plongé dans le mien, débordant immédiatement d'amour et de reconnaissance : nous l'avions tous acceptée, cette maigre chatte venue des toits du quartier, avec ses yeux si doux et si séduisants. Nous la pensions vieille, à l'article de la mort, vieille toupie, éternelle increvable, râleuse et si belle, folledingue et fidèle... Elle ne devait pas être si âgée que ça. Elle nous a suivis dix ans, jusque dans la campagne quercynoise où elle a pu se livrer à de splendides parties de chasse, à des courses folles de jeune chatte délurée... Dix ans. Elle aimait plus que tout la viande bien fraîche, la liberté et les nids douillets sous les draps chauds du soir. Et puis elle est devenue vieille, vraiment, malade, et puis un jour, elle est devenue sourde. Et puis elle devait dormir profondément lorsque la voiture est arrivée. Et puis elle n'a rien entendu. Et puis elle a hurlé.
Ma pauvre vieille toupie,
Ma belle Roxane,
Je ne puis me résoudre à cette horreur qui vient de t'arriver
Puisses-tu retrouver le repos et la quiétude
En cette terre qui t'a nourrie
De nature et de liberté.
Ma belle Roxane,
Ma pauvre vieille toupie,
Tu vas nous manquer...