Le bébé, de Marie Darrieussecq

Un livre tendre, juste et émouvant... un avant-goût de l'après ! Extraits.

Ces petits pieds qui gigotent, ils cognaient dans mon ventre.
Je ne peux pas croire qu'il soit sorti de moi.
Un jour un livreur a sonné à ma porte, j'avais un gros ventre, dans le colis il y avait le bébé, et je n'ai plus eu de gros ventre.

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Le bébé voit les fantômes Ses yeux dérivent dans l'espace, il ignore nos sourires, il n'entend pas nos appels : il suit dans la maison le lent mouvement des spectres.
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De toutes les solutions possibles pour que la vie advienne, c'est la plus insensée qui a été retenue Que les bébés surgissent du sexe des femmes, tout s'organise pour faire au mieux avec ce délire, pour qu'on l'oublie et le contienne, c'est une évidence.
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Il s'efforce, il nous parle, il va nous le dire : d'où il vient, ce qu'il sait Il tente des syllabes, échoue, il s'exaspère, on ne comprend rien, il pleure.
Et quand il saura parler, il aura tout oublié.
Cette lenteur de l'apprentissage, c'est un fait exprès : le temps de l'amnésie. Ainsi s'invente le secret des limbes.
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Le rire du bébé ne fait pas mon bonheur, il me met en joie : j'espère, par la nuance, lui laisser de l'eau pour naviguer.