Qu'est-ce-que t'as dans l'crâne ?

Il fut un temps où les livres accompagnaient quotidiennement mes voyages en métropolitain. Il fut un temps où je m'enfermais quelques minutes dans mon bureau pour terminer mon chapitre, dans l'obscurité du matin. Et quelle joie j'éprouvais quand le soir venu je réalisais que j'allais reprendre le fil de mon histoire ! Quelle bonheur de retrouver le héros que j'avais laissé là, tout penaud, le matin au bureau ! Lui, qui m'avait attendu toute la journée, avait suspendu sa course folle pour s'affaler de tout son être là où je l'avais laissé, comme un pantin désarticulé. Le temps s'était retiré, l'action s'était figée. A 18h15, enfin, je m'installais sur un strapontin en cuir bleu usé, à côté d'une grosse dame ou d'un jeune homme ordinaire. Signal sonore, et puis clac ! les portes. Le métro démarrait. J'ouvrais alors mon livre, et rendait la vie à mon héros, les couleurs aux paysages, le temps à l'histoire.
Aujourd'hui, je colle mes yeux de merlan frit sur le spectacle ennuyeux des gens qui se rendent à leur boulot, je dois avoir l'air aussi insipide qu'eux, mais alors dans ma tête... des images, des mots, mille pensées et questions sans réponses, un vide-grenier rempli de vieux souvenirs et de poils de chats, des histoires sans queue ni tête, des tiroirs, tiens ma grand-mère, qu'est-ce-qu'elle fout là - elle me manque -, dans ma tête "c'est la fête des trompettes, du trampoline, de mon hors-bord, tous les choeurs à tue-tête te souhaitent bienvenue à bord"...