Des ombres

Tension optimale ils n'en peuvent plus se cassent le dos se brisent en petits morceaux les femmes d'entretien les ramassent à la pelle chaque matin au détour d'un couloir brillant et décapé et les p'tits vieux rigolent ils sont bien loin de tout ça ils ont déjà fait le deuil de la vie normale qu'est-ce-que ça peut leur foutre alors les hommes en blanc s'écroulent s'effritent comme le sucre dans le café et plus personne ne se parle ou alors si chacun étale ses douleurs son fardeau tous se pètent le dos y en a même une qui veut se reconvertir elle sait pas encore dans quoi mais pas les p'tits vieux ah non ça elle peut plus les encadrer les pauvres c'est pas d'leur faute ils sont malades mais putain elle peut plus les blairer qu'elle dit pendant que les deux grands échalas sont avachis sur les fauteuils bleus au lieu d'apprendre leur futur métier ça commence bien tiens, que j'me dis, et autour de nous la vie des autres continue la vie normale les trotteuses qui galopent sur les montres des silhouettes accrochées aux barres métalliques des métros un journal collé sur le nez les cheveux encore mouillés costard tailleur pantalon anodin figures sans visage regard creux personne ne se parle ici non plus finalement, chacun avance en portant sur son dos l'illusion d'une identité et d'une utilité, vaste mascarade n'est-ce-pas nous sommes aussi libres que ces vieux déments arimés à leus fauteuils ferrailleux à la merci du Temps et du rythme découpé effréné de la journée finalement rien ne change les silhouettes du métro finissent par tomber dans ces fauteuils à vieux les lits à barrière et les tables des immenses salles à manger communes toujours pas de visages encore moins d'identité et plus aucune utilité, restent les rêves inassouvis le temps à arrêter l'espace à effacer, reste le silence menaçant du Néant à venir.