Paris m'as-tu vu

Aujourd'hui je suis sortie de ma coquille. Envie de prendre l'air par la main, Odéon. Marcher sans destination / moi qui me perds toujours / regarder les silhouettes sans faire le point. Vaguement. Le flou du monde m'effraye et me rassure. Même pas acheté de disque, à côté de moi un type râlait - dans ses mains un CD de Georges Brassens / trop cher / j'aurais voulu lui parler, je n'ai que souri, mollement, bêtement comme une conne et puis j'me suis tirée rien ne me faisait envie, même pas les compils de Jethro Tull, ni même le dernier live du fameux Jérôme Attal.
Un peu plus loin, trouvé un petit livre sur la dépression masquée - concombre masqué pensais-je à la caisse - zygomatique intérieur. 2€50. Le vigile m'a couru après votre ticket de caisse m'a-t-il dit bah il est là j'ai tendu le ticket il a même pas regardé il s'en est retourné, triste gorille. J'ai attrapé le bus comme on gobe un nuage. J'aurais pu rester des heures à regarder par la vitre la vie des autres - auréole de gras de front sur la vitre du bus / colère éphémère. Les passants comme des corps sans âme, pantins. Ou alors non, peut-être que je glisse à côté de la vie / je ne sais pas. Je pense à elle - une vague d'odeurs et de souvenirs m'aggripe et me ligote furieusement. Je me demande de combien de kilomètres j'ai pu tomber maintenant / les images sont encore fraîches et mes sens aiguisés se souviennent de tout comme si c'était hier - elle me manque - elle ou une autre - je ne sais plus - envie de parler à C*, de me rapprocher d'elle, juste parceque je me sens bien à ses côtés. // En parallèle, peur de ne pas savoir maintenir une amitié solide, moi qui laisse toujours le silence du temps étouffer mes amitiés, tout crève toujours, tout crève. Se détacher des autres, petit à petit défaire les liens. Atrophier les sentiments, et puis les oublier. /