L'amour en fuite

Elle me raconte son rêve, péniblement. Essouflée même, essayant de se dépêtrer de cet amas d'images étouffantes, angoissantes.

[Dans son rêve, J'ai changé. A tel point que mon visage même s'est transformé : mon menton qui était si volontaire est devenu "fuyant". J'exposais à ma mère mon nouveau projet : m'installer dans l'appartement - que j'occupe et qui lui appartient - avec une bande de jeunes : la vie en communauté.
- Mais tu es folle, tu es folle...!
Une jeune homme arrive, il fait partie de la communauté "sectaire, satanique ou SM", "maléfique" en somme. Elle lui interdit d'habiter ici. "Je fais ce que je veux", lui rétorque-t-il.
Je lui parle d'un article qui stipule que j'ai le don d'être ici et ailleurs. Je souhaite la convaincre du bien fondé de ma nouvelle vie.
- Et ton mémoire ?
- Abandonné ! J'ai renoncé depuis bien longtemps !
Ma mère lutte contre tous ces gens qui veulent envahir l'appartement, lutte contre mes désirs, mes projets, mon évolution. Atmosphère digne de celle de Rosemary's baby. Découragée, ele demande de l'aide à mon père, qui arrive un tournevis à la main pour réparer la télé, il parle avec ma grand-mère, il se fout de tout ; en somme, il est impuissant et ne comprend rien, il ne sait que parler...]

Finalement, me dit-elle, tu croyais avoir trouvé la Vérité, la Vraie Vie... mais tu étais bien naïve...

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L'amour en fuite, ou plutôt la fuite de l'amour.
Le menton fuyant, la vie en communauté...
Je fais des efforts considérables pour me dégager d'elle, elle parvient toujours à me retenir, à me replonger dans cette diade dépassée. Sortir du chemin tracé, dérailler, prendre ses jambes à son cou et courir, s'envoler, vivre pour soi, construire ses envies. Ne plus jamais penser "j'aimerais qu'elle soit à l'intérieur de moi pour qu'elle vive tout ce que je vis"... jamais... Je ne fuis pas je m'éloigne, je ne la suis plus, je n'ai plus besoin de ça, l'osmose l'harmonie je n'en veux plus, je n'en peux plus. Je coupe les ponts, le cordon et mes cheveux. Elle souffre ma fuite, elle souffre ma fuite...

C'est pas ça la vraie vie, la vraie vie c'est celle que j'ai rêvée pour toi, c'est celle avec moi, mais pas ça, c'est pas ce que tu crois. Suis moi, tiens-moi la main, je vais t'aider, viens...

Quand va-t-elle arrêter de penser si fort, quand va-t-elle cesser de dire-à-tout-prix, de vouloir être transparente avec moi ?

- On se dit tout, non ?
- Non, plus maintenant, maman.

Elle me raconte son rêve, elle se décharge sur moi, je l'ai laissée faire, pas la force de lui expliquer que je ne suis pas la bonne oreille, je ne suis pas apte à recevoir tout ces paquets d'angoisse, j'en ai plein le dos.

Pas de psy jusqu'en septembre, j'en aurai des choses à dire, en attendant l'écriture, l'écriture, et encore l'écriture...


Et surtout : vivre ma Vraie Vie...