Fête de quartier

Petit tour rue des Thermopyles où se déroule la fête estivale annuelle. Le quartier rassemblé sur la rue pavée, les marmots qui courent et sautent dans les flaques d'eau, un petit chien blanc qui trottine ça et là, un marionnettiste qu'on écoute attentivement, le regard crédule des enfants : la magie fait son nid chez les tout-petits. Une jolie petite fille, cheveux longs frange courte, danse et lance des étoles multicolores qui volent au rythme de la musique, pendant que les grands contemplent sérieusement les oeuvres des riverains, peintures, photographies, sculptures - pas toujours réussies -. Fanfare au bout du couloir, éclats de sourires. Assis sur le trottoir on enseigne aux enfants l'art de l'origami - faisons un bateau japonais ! -, ouvrons notre curiosité et découvrons le chant des guitares, ici au fond de la cour, on entend applaudir. Un gamin de cinq ans, boucles blondes, yeux froncés, se promène, armé de son épée de bois et de son bouclier. Guerrier des Thermopyles, tu es las, viens t'asseoir sur ce petit coin d'herbe, ici dans le jardin. Il se repose quelques instant, gonfle ses poumons d'air et se relève pour rejoindre son père occupé à réparer son petit vélo bleu au stand réparation, là où les enfants-guerriers laissent leurs bécanes cassées, leurs fidèles destriers aux roues tordues par les trop nombreux cailloux... Concours de diabolo sur la pelouse bien verte, des nuées de bambins batifolent sous le regard bienveillant de leurs parents. Quelques poussettes, bébés émerveillés par tous ces bruits, la musique, les rires d'enfants, les discussions d'adultes - Moi j'ai fait une thèse sur la contribution à la modélisation numérique thermomécanique tridimensionnelle du forgeage - Ah, ça a l'air chiant. - Mais non, tu sais, la forge c'est passionnant, c'est un des plus vieux métiers du monde ! - Ah ouais... - Improvisation théâtrale dans la grande cour où les arbres percent le bitume. Quatre comédiens vêtus de noir et de rouge, s'égosillent et gesticulent pour donner du sens aux mots proposés par les enfants du premier rang - bagarre, kamikaze...- Rires. La buvette petit à petit attise les assoiffés, on redoute la pluie et les gros nuages lourds, quelques gouttes sur le front mais ce n'est rien, le vent balaye le mauvais temps et le soleil s'impose pour de bon. Rencontres furtives, R. avec sa grande chevelure noire et ses yeux hypnotiques - pas de bise, j'ai une conjonctivite -, E. qui supervise le stand vélos, toujours aussi frétillant, ce type a l'air simplement heureux, c'est déconcertant. C. et G., toujours aussi sympathiques et actifs dans la préparation de la fête. Moi je me suis retirée, je ne m'occupe plus de l'expo photo - cependant j'en garde d'excellents souvenirs, pendant 10 jours, des inconnus venaient chez moi m'apporter leurs photos, c'était plutôt palpitant comme boulot, rare moment dans ma vie où l'organisation ne me faisait pas peur...- Aujourd'hui je laisse mon esprit vagabonder au coeur de la fête, le long de la rue des Thermopyles, mon regard s'arrête sur des anecdotes, des instantanés de la vie, des mouvement, des émotions qui se dessinent ça et là, cette joie qui émane du rire des enfants, ce bonheur éclatant qu'on attrape pour un moment, qu'on ne veut plus quitter. Je cristallise tout cela, je le mets en boîte, je l'ingère, le fais mien, et je m'en délecte encore maintenant : je retrouve mon esprit d'enfant, je retrouve mon insouciance, et l'empreinte de l'ange semble s'effacer dans le reflet de mon image, sentiment d'harmonie et de savoir, enfin, sourire salvateur...